mardi 30 octobre 2012

Le soleil des lièvres

Il y a de la menthe, des vignes et des bois de sapins, rien de bien malin. Il y a des chemins aux odeurs d'automne dans les sous-bois, une jolie petite église, nichée dans la verdure, entourée de vaches paisibles qui font tinter leur cloches doucement.

Il y a une petite école où je n'ai presque rien appris. Il y de belles amitiés, nouées autour de parties de pétanque et d'apéritif animés, il y a le vin de la vigne, les diots des cochons bio de la ferme, il y a les tomates et les figues. Il y a une nature abondante qui donne autant que les habitants.

Je suis un peu aveuglée, sans doute, par mon absence, par le fait que je ne reviens que pour les vacances. Je ne vois que le beau côté.

Il y a aussi des querelles de voisinage, parfois, il y a le maire qui décrète des âneries et les routes qui sont mal déneigées en hiver. Il y a aussi des ennemis de toujours, les corbeaux occasionnels, les lettres anonymes rigolotes qui nous tiennent bien en haleine tout un été.

Mais il y a surtout ce paysage superbe, grandiose, époustouflant. Justement parce que je ne reviens pas souvent, je reste à chaque fois émerveillée par ces montagnes aux couleurs variant selon les saisons.

Aujourd'hui, les arbres ont pris de belles couleurs. Ce soir, quand on est arrivées, il y avait le soleil couchant qui chauffait les falaises calcaires, leur donnant une belle couleur rose. Ici, on appelle ça le "soleil des lièvres". Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais c'est beau.

lundi 29 octobre 2012

Il y a toujours un coin qui me rappelle...

Il y avait cette chanson des années soixante, je crois, qui faisait "Il y a toujours un coin qui me rappelle..."

Je pensais que c'était une chanson d'amour. C'était peut-être une chanson sur le deuil et sur la mort. Peut-être. Il ne faut pas prêter des intentions à Eddy Mitchell. Mais tout de même. Alors que ma mère passe du temps avec nous, à 350 km de notre terre natale, il y a toujours un coin qui nous rappelle mon père. Toujours un resto, une odeur, un mot qui évoque un moment passé, une ambiance particulière, une conversation...Tout nous revient en mémoire, sans cesse.

Et c'est douloureux.

CC

dimanche 28 octobre 2012

Etapes

Choc.

Refus.

Colère.

Tristesse.

Résignation.

Compréhension.

Reconstruction.

Je ne sais pas tellement où j'en suis. Cela dépend un peu des jours, je crois.

Ce week-end, ma mère est là. Il neige. La vie continue, entre tristesse et résignation.

Les vieux souvenirs des quelques cours de psycho que j'ai suivis à la fac me reviennent. Est-ce que je dois absolument vivre mon deuil comme tout le monde ?

CC


jeudi 25 octobre 2012

Tout ce qui restait à partager

Voilà ce qui est difficile. C'est ce qui restait à partager.

Tout n'a pas toujours été simple avec mon père. Il n'était pas un grand bavard. Il parlait rarement de ses sentiments. Il n'était pas non plus démonstratif, en baisers ou en câlins...

Quand je lui ai annoncé mon homosexualité, cela a été difficile. Il a eu du mal à l'accepter, ce qui est normal, pour un père. Il y a forcément plusieurs sentiments qui se mêlent : la déception, la peur de ne pas avoir de petits-enfants, la peur que sa fille soit malheureuse...La peur du qu'en dira t-on...

Je suis la fille de mon père : dans le genre obstinée. Pas question de faire des concessions là-dessus, c'était une évidence...Nos relations ont été un peu tendues quelques temps et puis il a fait connaissance avec ma compagne et il a accepté la situation.

Ces derniers temps, il était beaucoup plus émotif et il osait le montrer. Je crois qu'il était passé outre les considérations de peur ou de jugement. Il aimait beaucoup mon amie et il était fier de moi, je crois.

Il lisait chaque matin mon blog, il discutait souvent avec moi. Je crois que j'allais enfin pouvoir parler avec lui de choses profondes.

Cette mort subite est un gâchis.

CC

Toutes mes confuses

Comme je le disais en préambule de ce blog, je n'aime pas tellement parler de moi. C'est prétentieux, égoïste. Ma petite personne n'intéresse pas grand monde et je n'ai pas l'habitude de m'épancher. Si j'essaie, c'est parce qu'on me dit de parler, de m'exprimer. Que si je reste muette, je finirai par exploser, comme une vieille cocotte minute.

En ce moment, je vis un moment particulier de mon existence. Le besoin de m'exprimer est encore plus pressant, mais je ne suis pas tellement douée avec la parole. Je n'ai pas le verbe facile. Je suis comme ce Rousseau qui n'avait jamais la bonne réplique au bon moment, j'ai peur de dire des âneries, de ne pas parvenir à structurer ma pensée. D'ailleurs, je bégaye, pire qu'un Modiano en interview.

Cependant, si je ne parle pas maintenant, si je ne cherche pas, d'une manière ou d'une autre à me sortir les pensées de la tête, j'ai bien conscience que je vais aller très mal. C'est une question de survie.

Il reste quand même une sensation de culpabilité, à tant parler de moi, de mes soucis d'identité, de mon manque de sommeil, alors que mon père est mort. Elle est bête, cette phrase. Mais le sentiment de culpabilité est là quand même.

Après tout, pourquoi est-ce que je ne parlerais pas de moi ?

Souvent, alors que je passe du temps à écouter d'autres personnes, Amandine me pose la question "Et qui t'écoute, toi ?"

Elle a raison, c'est à mon tour, et il y a des gens prêts à m'écouter...Mais je suis tellement confuse...

CC


mercredi 24 octobre 2012

Tant que j'écris

J'ai commencé à prendre du Sédatif PC. Je ne sais pas si ça me fera du bien, mais ça ne pourra pas me faire de mal.

J'ai toujours le cœur qui s'emballe. Mais tant que j'écris ici, pas de problème. Je m'exprime, je réfléchis, j'expulse. Je suis plus forte que je le pensais moi-même. Même si je suis toujours fatiguée.

Je m'interroge toujours sur mon rôle et ma place au sein de la famille maintenant que Papa n'est plus là. Il occupait une place telle...Le Pater Familias, quoi.

Je suis l'aînée. Je ne suis pas le garçon. Mais peut-être que je suis maintenant, un peu, quoi ? La Mater Familias ? Peut-être.

Je suis bien entourée, merci pour tous les commentaires et les témoignages de sympathie que je reçois, ici et ailleurs. Je suis soutenue, aussi, à la maison. Merci Amandine.

Il faut juste continuer de réfléchir, de chercher un sens à tout ça, trouver la voie, comprendre. C'est ce que je fais : tant que le cerveau mouline, rien n'est perdu. Tant que j'écris...

CC

mardi 23 octobre 2012

La photo qui fait du bien

C'était à une manifestation organisée par Christine Boutin. Une manifestation étrange, pour la légalisation des drogues dures, visiblement, vu les agissements des participants, même pas appréhendés par la police...


Bref, il n'y a plus de vieillesse...

Heureusement, il y a une belle jeunesse. C'est beau, l'amour, non ?

OoOoooOh !



CC

Fatigue

D'épuisement, j'arrive à dormir environ une nuit sur deux. C'est déjà pas mal.

Le reste du temps, j'ai le coeur qui s'emballe et les idées noires qui commencent leur défilé.

Mais il a quand même fallu reprendre le travail et la période commence à se faire longue. Les élèves sont électriques, fatigués, eux aussi.

L'énergie que me demande chaque heure de cours est un bien : pendant ce temps-là, je ne pense pas à autre chose. Je suis obligée d'avancer. Il faut tenir, pas le choix.

J'ai cette chance. Ma mère se retrouve seule, à la retraite. Les journées sont longues et les soirées, encore plus...

J'ai une chance, aussi. Enfin, je ne sais pas si c'est une chance. Mais j'arrive à me créer des obsessions qui me détournent des idées noires. D'où mes articles de la semaine dernière sur l'homosexualité. C'est un dérivatif. Mais il ne faut pas non plus que ces idées annexes viennent prendre le dessus et m'empoisonnent.

Le débat était intéressant, en tout cas. Et Annabel m'a envoyé une belle réponse par mail. Il faudra que je vous en reparle...

CC

lundi 22 octobre 2012

Femme forte ?

C'est étonnant, je crois que je passe pour une femme forte. Le genre qui n'a peur de rien, qui est solide. La tête bien faite, les épaules carrées. Pourtant, à moi, il me semble que je suis fragile, faible, friable, facilement influençable. Et pas seulement pour l'allitération en F.

Depuis que je suis petite, on me dit : "Tiens, descends à la cave, toi, tu n'as pas peur du noir." On me donne des responsabilités. On pense que je vais assurer. On me dit : "Soutiens ta mère. Tu es un roc pour elle."

Je ne sais pas si je suis un roc. Et une avalanche est toujours possible.

Bien rares sont ceux qui me disent : "Et toi ? ça va ?"

Il faut dire que je réponds toujours oui. C'est mon père qui me disait ça : "Si on te demande comment ça va, réponds oui. Cela fait plaisir à tes amis et contrarie tes ennemis."

Alors ça va. J'ai le sourire facile. 

Mais en dedans je suis une petite flamme vacillante. Et c'est pour cela que je remplis ce blog en ce moment.

Désolée.

CC

dimanche 21 octobre 2012

Au Paradis

Celui qui croyait au ciel, celui qui n'y croyait pas...
Je ne sais pas si je suis particulièrement Montébourgeoise, mais j'aime ce poème d'Aragon.
Je ne sais pas non plus si je crois vraiment au paradis, mais il se trouve que dans ma petite commune, le cimetière se trouve dans un hameau qui s'appelle ainsi. Quoi que l'on fasse, quoi que l'on ait fait, donc, quand on est enterré ici, on est au Paradis.

J'aime mon petit village. Quand j'y retourne, il me vient toujours ces fameux vers de Du Bellay...
C'est mon petit Liré à moi.

Si j'y retourne un jour, malheureusement, pour vivre le reste de mon âge, ce ne sera pas entre mes parents. Ma mère est seule, désormais et c'est à moi de l'épauler.

Mais je suis loin. Je ne vis plus dans ce pays de cocagne depuis plus de 10 ans, maintenant. Je suis heureuse d'être loin, j'aime ma ville, je m'y implique, je vis où je suis. Mais j'ai toujours un sentiment étrange quand je retourne au bercail. Je suis viscéralement de là-bas. La famille est toujours plus forte. Le sang, la terre.

CC

samedi 20 octobre 2012

Le berceau et la tombe

Une fois, en quittant l'amour de ma vie au petit matin, dans le froid du nord de la France, je me souviens avoir admiré le lever du soleil, par la vitre sale du train, triste. Mais pour des tas de raisons qui se mêlaient dans mon esprit si compliqué. Je quittais mon amour pour une longue période, je rejoignais mes parents qui ne savaient même pas d'où je venais. Le lever du soleil m'apparaissait alors comme un crépuscule. La fin d'une belle parenthèse, d'une journée si remplie, tellement intense. J'allais vers le vide et la nuit. Ce que j'avais de plus beau et de plus fort en moi devait retourner au noir et au silence. Au mensonge.

Aujourd'hui, je retourne encore auprès de mes parents, dans un train, avec l'aube pour paysage. Mes parents, dis-je. Mais mon père n'est plus. La famille se rappelle à moi et j'ai laissé mon amour sur le quai pour un jour seulement. Le soleil qui pointe à l'horizon, où que l'on soit, dans un TGV roulant à toute allure et en marche arrière, niant l'est et l'ouest, désorienté, ne sachant où l'on va, la naissance du jour, c'est toujours un peu un commencement et une fin.

Tout est toujours un peu l'aube et le crépuscule...le berceau et la tombe.

CC

vendredi 19 octobre 2012

De la lesbienne invisible et de la nécessité de créer des référents

Suite à mon dernier billet, il me semble nécessaire de préciser quelques petites choses. De problématiser un peu tout ça, en quelque sorte.

Il faut que je précise que mon article portait plus sur les référents lesbiens qu'on peut trouver dans la société, pour s'identifier, que sur d'éventuelles cases dans lesquelles je pourrais éventuellement me glisser.

Pour revenir un instant à mon expérience personnelle, je sais aujourd'hui que je ne suis pas une extra terrestre, mais ça n'a pas toujours été une évidence...Et toutes ces réflexions n'arrivent pas là par hasard. Elles surgissent à un moment bien particulier de ma vie personnelle : la mort de mon père.

Si les parents sont des référents pour la construction de soi, alors cela n'a rien d'étonnant. Mon père m'a notamment transmis la notion d'engagement et de courage. Si on pense qu'une idée est juste, il faut la défendre, coûte que coûte. Alors à l'adolescence, quand j'ai affirmé mon homosexualité, j'ai suivi ce principe. Évidemment, ça n'a pas été simple pour mon père, mais avec les années, les choses se sont très bien arrangées.

Mais voilà, les circonstances ont fait remonter, par le biais d'une lettre, ces heures délicates de ma vie. Et l'importance du "référent" m'est apparue dans toute sa clarté.

Et c'est autour de cela que les questions se posent : doit-on affirmer une identité lesbienne, rentrer dans des cases, être moins invisibles, histoire de créer des référents ? Pour les ado, c'est un drame, le manque de référents : c'est parmi les homosexuels qu'il y a le plus de suicides à l'adolescence.

Alors, oui, les sites comme Têtue ou Yagg sont caricaturaux, on est bien d'accord, mais je crois qu'à l'adolescence, il est bon d'avoir de fortes représentations auxquelles s'identifier : cela permet de s'affirmer, pour ensuite dépasser ces notions tranchées. Savoir qu'il existe des gens comme soi, vivant sans complexe, même dans l'outrance, cela permet de trouver sa propre place...

Et si le concept de lesbienne invisible est un bien, pour protéger sa vie privée - et j'en sais quelque chose, moi qui suis professeur -, c'est aussi un mal car cela empêche la reconnaissance sociale, cela nie l'existence de cette possibilité. C'est vrai, deux femmes à la terrasse d'un café, ce sont deux copines, deux filles qui font du shopping, ça peut être deux sœurs, etc.

C'est pour cela que la question : "Est-ce qu'on peut me reconnaître en tant que lesbienne ?" me semble importante...

C'est la limite entre vivre sa vie et militer, je pense.

Bref, ce sont de grandes questions complexes...



CC

mercredi 17 octobre 2012

Lesbianité

Souvent, je me pose des questions idiotes et parfois même, j'y réponds, pour moi-même via un billet de blog.

Je me demande par exemple comme je vis ma lesbianité. Aussitôt, le correcteur orthographique m'indique que ce mot n'existe pas. Tant pis.

Je me demande donc comment je perçois ce drôle de truc qui m'a été fourni avec le reste, clés en main, en plus de la cloison nasale un peu de travers, d'une légère cyphose et d'une tignasse frisée et touffue. Je ne sais pas comment j'ai "découvert" ma lesbianité. A vrai dire, je crois que "découvert" n'est pas le mot, d'où les guillemets. Je ne me suis jamais dit, au coin d'un détour de ma vie "Mais bon sang, mais c'est bien sûr, je suis lesbienne !" Jamais. A la rigueur de la limite, il se peut qu'un jour, je me sois dit "Mais bon sang, mais c'est bien sûr, pas la peine d'insister, jamais Robert me fera autant d'effet que Ginette..."

Mais en fait, même pas. C'est plutôt quand on m'a dit que les petites filles ne devaient pas faire des bisous et des câlins aux autres petites filles que je fus fort surprise. L'idée ne m'avait pas effleurée, tant il me semblait normal de mettre les carottes avec les carottes et les...euh...bref...Les filles avec les filles, les gars avec les gars et le monde sera bien rangé. Parfois, je me demande si je ne suis pas juste psychorigide, façon Monk.

Question identité, j'oscille entre plusieurs modèles que les sites spécialisés ont l'habitude de nommer "butch", "fem", "lesbienne invisible". Entre autres. C'est la perception que j'ai de moi-même : cela dépend de l'heure de la journée, du jean que je porte, de la façon dont mes cheveux se rassemblent en chignon, ou pas. Bref, cela n'est pas totalement conscient, mais il me semble que je ne sais pas où je navigue. Peut-être bien que le problème ne vient pas de moi, mais de ces sites internet spécialisés qui veulent tout expliquer et mettre dans des cases. Les choses étaient peut-être bien plus simples, il y a 50 ans, quand le mot "lesbienne" n'existait même pas pour la plupart des gens. Enfin, je me comprends...Aujourd'hui, nous avons des problèmes de riches.

Depuis l'adolescence, je cherche des référents, tout de même. Dans les médias, dans la chanson. Histoire de me dire que je ne suis pas un extra-terrestre. Je cherche autour de moi, aussi. Dans mon village, pas beaucoup de modèle. Un seul, en fait. Pas de moquerie, mais de la souffrance, il me semble. Quelqu'un dont on ne parle pas, mais qui m'inspire de l'admiration. Plus tard, on me comparera vaguement à elle, faute d'autres référents, probablement. Il n'empêche que ça ne me déplait pas : il fallait un sacré courage pour affirmer sa lesbianité dans un petit village, dans les années 60, 70.

Ensuite, à la télé, à la radio, quelques chanteuses féministes ou développant un charisme particulier, activant mon "gaydar". Mon radar gay. Encore une expression de site spécialisé. Donc, Anne Sylvestre, pour commencer : j'ai tanné ma mère pour qu'elle m'achète une cassette d'Anne Sylvestre, à 7 ou 8 ans. Si c'est pas un signe de folie avancée, ça...Et puis Barbara, Joan Baez, Juliette...Mais pour moi, bien sûr, la plus belle gouine à mèche du monde, c'est Elvis Presley, jeune. Je suis irrécupérable, avant même l'adolescence.

Et puis il y a eu The L Word. Une série entièrement consacrée aux lesbiennes. Cela change la vie de millions de lesbiennes à travers le monde. Notamment à cause de ça :

Shane. Une sorte de butchette, ni trop féminine, ni trop masculine. Butch, ça veut dire "camionneuse". Là, c'est plutôt une camionnette. Et la coolitude absolue. C'est décomplexant et c'est important quand on est une lesbienne de campagne.

Aujourd'hui, j'ai grandi et je ne sais pas tellement me ranger dans des cases et ce n'est pas tellement grave.

Par contre, ce qui m'intéresse, c'est la façon dont les autres voient ma lesbianité. Égocentrisme normal pour une tenancière de blog. Est-ce qu'on me voit comme sur la photo ? Oh ! J'aimerais bien ! Sans doute, la plupart du temps, on ne me voit pas : lesbienne invisible. Mais est-ce que j'allume le gaydar de quelques unes ?

Que de questions sans réponse...

CC


lundi 15 octobre 2012

Cafard et idées noires...

Quand ça ne va pas, quand je n'ai pas la tête à ça, la tête à quoi ? à rire et à chanter, quand je n'ai pas le coeur à danser, alors je me replie sur moi. Quand le ciel est gris, je ferme les volets, je ne sors pas dehors.

Je n'entends plus les mots et les discussions me font bailler, j'ai l'impression de devoir être ailleurs, de m'ennuyer. J'expédie les gens au téléphone, mon esprit s'égare quand ils me parlent, je ne suis plus là.

Je ne pleure pas devant les autres. On croit peut-être que je suis sèche et sans âme. On croit peut-être que je n'ai pas de peine. Je me suis juste endurcie pour ne pas faire chier les gens avec ma douleur. La nuit, je pleure à gros bouillons dans mon oreiller.

C'est peut-être le signe d'une dépression. Je ne sais pas. Ma thérapie passe aussi parce que j'écris ici ou ailleurs. Et puis, avec le temps, comme dit Léo...Avec le temps...je ne crois pas qu'on oublie, je ne crois pas que tout s'en aille...Mais on apprend à vivre avec les souvenirs, qui deviennent comme une présence apaisante et un guide.

Mais pour l'instant, je ne suis pas encore pleinement consciente de la mort de mon père. Je retournerai en Savoie ce week-end et il me semble qu'il sera là. Evidemment, il y a ce poème de Péguy, celui qui explique que la mort n'est rien et qu'on ne fait que passer dans la pièce d'à côté. Mais il y a aussi les mots de Sully Prud'Homme :

C'est aux premiers regards portés,
En famille, autour de la table,
Sur les sièges plus écartés,
Que se fait l'adieu véritable.


Je redoute ce moment-là...

CC

mercredi 3 octobre 2012

Papa



Notre Papa est un héros, un homme de conviction, un homme d’action. Notre Papa est un battant et un grand sensible. On n’a qu’un seul Papa. Nous voulons parler de lui au présent.

Notre Papa est un héros. C’est comme cela qu’on le voyait, quand on était petits. Il est Ulysse bravant les éléments, il a tant de cicatrices, comme les chevaliers anciens, il est Roland à Roncevaux et, bien plus fort que le Musclor de la télé de notre enfance, il soulève les bottes de foin comme des fétus, et d’une seule main, nous prenait dans ses bras puissants.

Notre Papa est un homme de conviction. Il est fort de belles valeurs : le partage, la générosité, le souci de ne jamais laisser quelqu’un sur le bord du chemin. Il croit qu’on est plus fort quand on est uni, il croit en la collectivité. Il est aussi un homme d’utopie et de projets. C’est un visionnaire. C’est un homme de gauche, la Confédération Paysanne fait de lui un syndicaliste, il s’engage. C’est un homme de partage : il donne de son temps pour l’agriculture : la CBS, l’UPRA, la Fédération des Races de l’Arc Alpin, la COPELSA, l’UCEAR...des présidences dont il est fier et il le peut : il a fait avancer l’agriculture savoyarde, il l’a promue en France et dans le monde entier.

Notre Père est un homme d’action. Les convictions ne sont rien, si elles ne se concrétisent pas : il a toujours mis en pratique les valeurs auxquelles il croyait. A la création du GAEC, on lui dit que ça ne marchera jamais, que les kolkhozes n’existent plus, que les communautés du Larzac, ce n’est pas pour chez nous. Il insiste, il fonce, il croit en son projet. Grâce à cela, aujourd’hui, plusieurs familles vivent et travaillent à Saint Pierre et les terres sont entretenues. Quand il a décidé de passer en bio, on lui a dit que ça ne marcherait jamais. Que c’était un truc de bobo, ou un truc de baba. C’était en 1993. Aujourd’hui, personne ne remet en cause le bien fondé de l’arrêt des pesticides et des désherbants. Quand il a décidé de faire des colis de viande, on lui dit qu’il n’est pas boucher, on ne comprend pas l’intérêt d’une production de qualité et de proximité. C’est maintenant plus que jamais dans l’air du temps.

Notre Papa est un grand sensible et un battant. Il aime plus que tout les fêtes de famille, il aime avoir du monde autour de lui. Il aime retrouver les amis autour d’un verre, d’une pétanque, d’un bon repas. Il met l’humain en premier et au cœur de toute chose. Papa, ce que tu nous a appris, ce que tu nous a transmis, c’est cela et c’est tellement plus encore. Le respect, l’ouverture d’esprit, l’humour, se réveiller chaque jour avec un rêve, avec un projet et puis parler de ceux qu’on aime avec des larmes dans les yeux :
-   Les associés du GAEC, tous différents, si complémentaires, Dédé, le co-fondateur, avec qui l’aventure a commencé, Christian qui a dû arrêter bien trop tôt, Maurice, Pierrot et Jean-Noël, son fils, là depuis le début, Jacky et Thierry, lui aussi parti bien trop tôt...mais aussi les petits nouveaux, et tous ceux qui sont passés sans forcément rester, mais en laissant toujours un souvenir précis.
-   Les associés de la vie professionnelle, Alain, Nicole, les copains de la Conf, les éleveurs de Tarine de partout en France et d’ailleurs, 
-   Les associés de la vie à Saint Pierre, les amis de toujours et les amis plus récents, avec qui il jouait à la pétanque et tous ceux pour qui il cuisinait, une fois par mois.
-   Et puis la famille, bien sûr, Jo’ l’amour de sa vie, nouant une complicité et une union sans faille et dont il est si fier. Laurent, son digne successeur, qu’il a sans cesse conseillé et soutenu et Florence qu’il a accueilli comme une fille. Céline, avec qui il partageait les discussions de politiques, enflammées, passionnées. Merci à lui d’avoir accueilli son amie. Avec ses frères, il adorait aussi débattre et parler fort...Et ses belles-sœurs tempéraient tout ça...Et puis les neveux et les nièces, qu’il aime comme ses enfants, fier de la réussite de chacun.

Tu nous aimais tous.

Tes beaux yeux bleus si volontaires et déterminés vont nous manquer : tu voyais si loin et tu avais toujours un temps d’avance. Tu occupais une place tellement grande que le vide va être immense. Mais tu continueras de nous guider car tu nous as donné une philosophie et tu as tracé le sillon qu’il faut continuer de creuser...