mercredi 10 avril 2013

Staïve

Mode chacal fatigué...
J'ai besoin de vacances, de soleil, de terrasses de café au soleil, même. J'ai besoin de pâquerettes et d'herbe verte. Cette année, l'hiver a commencé en septembre, quand mon père est mort et j'ai l’impression qu'on n'en sortira plus jamais.

L'hiver, c'est aussi quand on doit dépenser une énergie folle pour faire cours à des gremlins. C'est quand on se trompe de jour et d'heure et qu'on a tous ces petits symptômes de la fatigue : les boutons, la peau qui tire, les courbatures, le léger mais persistant mal de tête, qui est là en sous main, qui vous prend d'abord derrière la nuque puis qui se glisse à vos tempes.

C'est aussi cette envie de dormir aussitôt que l'effort de faire cours est terminé alors qu'il faut passer encore plus de temps à préparer des cours solides, encore plus solides que d'habitude, pour tenir.

Trois heures ce matin, dont deux ont été un effort terrible pour maintenir le calme, entre manque d'attention et tracasserie permanente entre élèves qui s'insultent, qui s'invectivent, qui s'envoient des "Staïve" dans la tête à longueur de temps.

Au début, j'étais comme toi, je ne savais pas ce que voulait dire "Staïve". Et puis j'ai compris, grâce à mes notions avancées de linguistique de rue, que cela signifiait "C'est ta ïve (verlan mixé à l'anglais life)"...C'est ta vie, en français. On l'envoie donc à chaque fois qu'un copain ouvre la bouche pour répondre à une question. Comme ça, en douce, parfois, nous, les professeurs, un peu sourds à cause de l'âge, on ne l'entend même pas. Mais c'est blessant, énervant. "On n'a rien à foutre de ce que tu racontes, c'est ta vie !".

Et les choses dérapent, forcément.

Bref. Quand on ne veut rien lâcher, on passe sa vie à faire des pauses, à punir, à prendre les carnets. Et cela n'a pas tellement d'effet. Mais on perd le fil du cours, on est moins performant, on se voit entrain de s'embourber, on sent son agacement monter, doucement...Un jour, sans doute, je perdrais vraiment mon sang froid. C'est le lot de tous les profs...Un accident est si vite arrivé !

CC


vendredi 5 avril 2013

Sans queue ni tête...

Week-end ! Ce matin, en partant du collège après mon dernier cours de la semaine et quelques discussions productives en salle des profs, je me suis sentie coupable de n'avoir plus rien à faire.

En fait, j'ai encore des copies à corriger, des tas de cours à préparer, des projets élaborer. Mais j'ai passé beaucoup d'heures au collège cette semaine et j'avais soudain l'impression de déserter.

En plus, mon collègue de SVT nous avait dit, à la récré qu'il allait entamer un chapitre délicat avec les 4ème d'Enfer : celui sur la reproduction. Il avait notamment prévu d'observer des spermatozoïdes au microscope, ce qui est au programme, mais qui peut être bien compliqué avec des adolescents mal dégrossis.

J'étais donc solidaire !

Cela tombe bien, tout de même, en cette journée spéciale "sidaction"... C'est justement le thème qu'aborde Elooooody aujourd'hui.

Elle a raison : oui, les ados ont une sexualité, même si leurs parents ne veulent ou ne peuvent pas le voir. Les ados ne sont pas tellement sensibilisés sur le sujet. En quatrième, les cours de SVT ne sont sans doute pas suffisants. Il se peut aussi que le public soit réticent ou que les parents protestent. Tout cela renforce les tabous et empêche d'aborder le sujet de manière apaisée et constructive...

Mettre des préservatifs en accès libre, c'est à réfléchir : les 6èmes sont encore des enfants, les 5èmes et les 4èmes sont complétement immatures et les 3èmes sont tout embarrassés de complexes. Il faut aussi compter sur le travail des infirmières scolaires qui sont souvent les confidentes et les conseillères des élèves, dans un cadre neutre, sans les parents, sans les profs et sans les copains...

Bref, le constat que je fais souvent, c'est que la sexualité est partout, pour ces ados : sur internet, à la télé, sur les affiches...mais qu'elle reste un tabou monstrueux. Je suis toujours étonnée par la réaction effarouchée des ados devant une reproduction de la Vénus de Botticelli ou celle de Cabanel...et pourtant, ils voient cent fois pire à la télé et sur le net...

Voilà un billet sans queue ni tête, hein !
Hi ! Hi !

CC