vendredi 30 octobre 2015

J'adore les jeux de mots laids

Aujourd'hui, j'ai fait des photos d'un peuplier qui n'est même pas un peu plié.


Bonsoir !

CC

jeudi 29 octobre 2015

Les différents visages de la France - "Les gens et c'est tout".

On voit rarement les différents visages de la France. On ne voit bien, généralement, que ce qu'on connaît, notre réalité quotidienne. Et on met les gens dans des petites cases mentales...

Je vois la France, durant mes périodes ouvrées, au travers des tours moyennement hautes d'une banlieue dite sensible. Plus précisément, au travers des enfants vivants dans ces tours. C'est le panel de population le plus large que je fréquente.

Je vois donc de la pauvreté sociale et culturelle. Je vois aussi des enfants entre deux cultures, ayant du mal à assumer et tout simplement à comprendre leur identité. Des enfants un peu perdus, reflétant un vrai malaise.

J'ai parfois le malheur de généraliser. Je dis, en rentrant du travail : "Quelle misère ! J'ai des enfants qui n'ont pas autre chose à se mettre qu'un pauvre jogging alors qu'il commence à faire franchement frais le matin ! Sans compter que les trois quarts sont partis de chez eux sans prendre de petit-déjeuner...Si tu voyais l'état de leurs dents...Et 75% d'entre eux sont issus de la très grande pauvreté...Où va-t-on ?"

Je ne dramatise pas. Il y a dans ce quartier où je travaille une vraie misère. Malgré cela, il y a des aides, il y a l'école, il y a des élèves qui reviennent me voir pour me dire qu'ils ont réussi (j'ai fait ma 11e rentrée cette année). Il y a des élèves qui bénéficient des bourses, qui progressent, qui trouvent leur voie. Il y a aussi des gens qui roulent avec des voitures que je ne pourrais pas me payer, des gens qui travaillent en Suisse et qui gagnent bien leur vie, qui font grandir leurs enfants dans un environnement stimulant intellectuellement, profitant des structures culturelles riches du quartier et des villes voisines.

Bref, on peut décrire cette situation longtemps. On peut parler de communautarisme, on peut parler de religion, on peut évoquer le chômage dans l'industrie, les aides de la CAF, celles versées par l'Etat aux entreprises du CAC 40 sans contreparties, on peut se demander si le voile est une mode, si le halal est une menace pour les boucheries traditionnelles...

J'aurais tendance à répondre, un peu étroite d'esprit : "Dans mon quartier...mes élèves..."

Pendant les vacances, cependant, je change de point de vue, je m'expatrie.

Décor champêtre : petit village de moyenne montagne. Taux de chômage inférieur au taux de retraités et petites écoles qui ferment ou qui se jumellent entre elles. Economie du luxe florissante : 3 étoiles au Michelin avec vue sur la belle vallée vallonée du Rhône qui ne désemplit pas, gîtes trois épis avec piscine qui voient défiler les Mercedes...Retraités heureux qui sont toujours entre deux voyages, entre deux repas, entre deux activités récréatives. Pas de grandes richesses, hein, entendons nous. Des petits retraités, classe moyenne, classiques. Mais entre le jardin, la maison construite et payée depuis longtemps, le confort sans les crédits, la vie est douce. Mais il y a aussi une autre misère : il y a ces anciennes camarades de classe qu'on croise à la caisse de la supérette, côté caissière, divorcées, trois enfants, du mal à remplir le frigo et puis les petits vieux, vêtements râpés, vélos hors d'âge, vivant dans des masures infâmes...

On pourrait faire une thèse de sociologie, se demander pourquoi la consommation de produits bio est plus forte ici qu'ailleurs, ainsi que le vote FN, on pourrait analyser l'impact sur la dette de la Sécurité Sociale des check-up réguliers chez les cardiologues, les rhumatologues, les cancérologues, de cette population vieillissante...

Je ne sais pas vraiment où mène ce texte.

Peut-être n'est-il que le reflet de mes réflexions suite à la lecture de ce petit coup de gueule de l'artiste Joan Sfar :

"Cette idée saute aux yeux en ce moment : tous nos politiques, quel que soit leur camp, ont intérêt au communautarisme. L'objectif, quand on est journaliste et qu'on veut ratisser large, quand on se présente à une élection, quand on veut gouverner, l'objectif est le même: on voudrait des citoyens assez prévisibles, avec des "représentants de communautés" plutôt dociles. S'ils sont intégristes, s'ils terrorisent leur famille et leur quartier, ça n'a aucune importance. L'objectif est simple, vendre ses articles au plus grand nombre, faire des voix, régner. ca me saute aux yeux ce matin à la vue de la vidéo où Plenel a du mal à comprendre que certaines françaises de religion musulmane refusent de considérer le voile comme un outil émancipatoire. Je ne veux pas parler à la place des gens mais ça me frappe comme une évidence: aucun citoyen n'a intéret à ce découpage en communautés "prévisibles". je n'ai pas envie qu'on me raconte une France où chaque citoyen de religion musulmane sera a priori considéré comme croyant, pas plus que je n'accepte l'idée qu'un français de religion juive devrait être forcément inconditionnel de la politique israélienne. J'ai passé dix ans à expliquer que les gens qui parlaient au nom des musulmans, au nom des juifs, au nom de tel ou tel groupe, ne faisaient que créer des clans et empoisonnaient notre pays. pendant longtemps je me suis dit "il faut trouver des gens moins cons que les représentants actuels". Je vrille, en ce moment, j'en viens à refuser l'idée même de cette représentation. Dans la France dont je rêve chaque citoyen ne doit demander qu'une chose: qu'on le traite comme les autres et SANS A PRIORI. Les conseils représentatifs des différentes religions ne devraient se préoccuper de RIEN D AUTRE que des temples, du culte, et de ce qu'on y raconte, c'est TOUT. Les politiques devraient s'interdire absolument de spéculer sur la pratique ou l'idéologie de tel ou tel groupe. Il n'y a pas de "grands électeurs" en France et c'est tant mieux. Les gens qui parlent "au nom des musulmans" ou "au nom des juifs" vont finir par mettre ce pays à feu et à sang. Je ne sais pas quoi faire pour qu'en fin on apprenne à dire "les gens" et c'est tout."

CC

mercredi 28 octobre 2015

Un jour...

Un jour, un jour qui n'est peut-être pas si lointain, je sais que je prendrai la décision de m'asseoir devant mon clavier pendant quatre ou cinq heures par jour, pour écrire un roman. Ou une romance. Ou un récit. Avez-vous remarqué qu'aujourd'hui, on ne publie presque plus que des romans ? Mais je parle déjà de publication alors que...

Ecrire, déjà, c'est le but.

J'en finirai avec ces ébauches, avec ces quelques mots avortés en nouvelles, avec ces textes creux qui ne mènent pas loin.

J'écrirai vraiment comme on court un marathon, je tiendrai sur la longueur et je raconterai une vraie histoire, avec de vrais personnages, avec de vraies descriptions.

Mais ce n'est pas encore tout à fait mûr et je ne m'en sens pas la force et le courage. Je prends des notes, j'esquisse, je trace le croquis.

Et je publie parfois quelques uns de ces morceaux de rien, pour me rassurer...ou pas !

CC

mardi 27 octobre 2015

Meeting

C’est une salle de province qui sert habituellement aux bals du samedi soir, aux thés dansant du dimanche après-midi et aux galas de gym du club des Joyeuses du bâton de twirling.

C’est une salle qu’on a plongé dans une pénombre intime pour mieux mettre en valeur la scène repeinte de lumière républicaine. Sur chaque chaise, couleurs assorties, un petit drapeau : bleu, blanc, rouge.

Petit à petit, la salle se remplit : la moyenne d’âge est la même que d’habitude pour les thés dansant. Il y a quelques jeunes, ça et là. Peut-on encore dire jeune quand on a trente cinq ans et qu’on fait de la politique ? Il y a des cravates, il y a des écharpes et des bonnets. La salle n’est pas encore chaude, on se serre la main, on se fait la bise, mais on garde une petite distance avec l’événement et avec le lieu. On n’en parle pas encore. Dans le fond, on vient pour observer, pour se renseigner, mais on ne sait pas à quoi on s’attend…et puis, la politique, les politiques…On garde ce petit cynisme prudent : « Bah ! qu’est-ce qu’on va bien nous raconter, encore… » Faire mine de ne pas y croire, garder son manteau, attendre de voir.

Quand la salle est pleine - elle est toujours pleine, on prévoit des paravents à tirer si on attend moins de monde, mais il y a toujours des gens debout, et s’il y a vraiment peu de monde, on fera des photos serrées…- quand la salle commence à bourdonner, à s’accorder comme un orchestre, on note comme une légère modification de l’ambiance. On n’attend pas le Messie, non, on n’attend même pas Johnny à Bercy. Mais on attend quand même un type qui passe à la télé. Un type qui fait partie du gouvernement. Un de ceux qui ont le pouvoir. Un pouvoir. Une parcelle de pouvoir. En tout cas, plus de pouvoir que nous, que vous, que moi.

Et puis la musique passe du style ascenseur à la musique d’entraînement de Stallone. La politique n’est pas forcément un lieu de finesse musicale. Mais le signe est fort : les lions vont rentrer sur le ring, les boxeurs arrivent dans l’arène. C’est quand le signe est fort, en politique, que tout se joue. Mais trêve de cynisme : quand la salle, unanime, tombe le manteau, se lève de sa chaise, se saisit du drapeau et se met à applaudir comme un seul homme, on est saisi, même si l’on y croit guère.

Et puis les discours commencent. C’est un rituel, c’est une organisation bien réglée : tout d’abord, c’est le joueur local qui parle : le maire ou le conseiller général. Sur son terrain, devant son public d’administrés. Il les connaît presque tous par leur nom. Mais quand même, il est un peu plus suant que d’habitude, un peu plus tendu : il faut assurer la première partie de la star. Vient ensuite le mec au-dessus. Le député, le sénateur. Encore un type d’ici, auquel on serre la main de temps en temps. On l’a entendu cent fois, on connaît déjà un peu ses répliques, on peut dire, au fil des intonations, au gré du rythme et du phrasé, s’il est en forme ou pas, s’il a forcé un peu sur le Pomerol durant le dîner. Enfin, quand la Madame Loyale d’un soir - une dame, forcément, pour introduire tous ces messieurs - annonce le ministre, c’est l’apothéose. On se lève pour l’accueillir. On crie dans les rangs, on est bouillant, ça y est, on a tombé la veste et desserré la cravate, comme entre le digeo et l’orgasme.

Celui qui n’a jamais assisté à un meeting politique ne peut pas comprendre ces instants d’adhésion collective. Peut-être ceux qui vont à la messe. Quand le curé s’entend dire « Et avec votre esprit », peut-être cela se rapproche-t-il du vibrant cri de la foule assemblée autour du ministre qui termine son discours par un glorieux « Vive la République, vive la France ! ». Mais il n’y a plus guère de catholiques, le dimanche dans les églises. Il y a encore quelques citoyens qui croient à la politique…comme en Dieu ? Non. Comme en l’Homme.