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lundi 23 août 2021

Et c'était qui le plus cul cul* R, hein ?


Je n’ai rien écrit encore sur le triste débat qui fait rage dans notre pays gaulois et réfractaire. L’été a sur moi des effets soporifiques pour ne pas dire anesthésiants. Je lis mollement la presse et j’évite la télé. Je m’arrange pour qu’internet et les réseaux sociaux ne soient que des pourvoyeurs de cartes postales et de bonnes nouvelles. 

Depuis quelques jours, cependant, j’ai un chien, ce qui me permet de reconnecter avec les gens qui m’entourent donc avec une certaine réalité. Je découvre qu’un chien est le parfait médiateur pour causer avec les voisins et avec les propriétaires de yorkshire, de carlin, de chihuahua, de shih tzu et autres races exotiques des environs. Et évidemment, le sujet du moment, c’est le vaccin, le covid, le pass sanitaire. Entre deux histoires de chien, donc, gentiment, on fait le tour des arguments contradictoires, à peu près comme sur le plateau de C8, mais en plus vivant...

Entre deux cacas plus ou moins mous, donc, entre deux sacs à crotte “C’est bien, le Youki*, bravo mon toutou !”, nous échangeons donc avec Bernard, maître de Pablo, un yorkshire au regard plus vif que son maître, sur la pertinence d’un génocide global orchestré par Bill Gates lui-même. Oui, selon Bernard, ça ne fait pas de doute, le vaccin tue. Quand on a le malheur d’avancer que le vaccin ne tue pas très fort, puisqu’après les millions d’injections à travers le monde, nous sommes toujours aussi nombreux dans les supermarchés le samedi après-midi, il rétorque, tranquille, que l’on a rien vu encore et que c’est la troisième injection qui aura notre peau. Il ajoute : “Vous verrez, la vérité ne peut pas rester cachée bien longtemps.” Et quand on lui dit que s’il a raison, on ne verra pas, puisqu’on sera mort, il ne comprend pas et son chien tire sur sa laisse pour lui éviter de se ridiculiser plus longtemps. Là, évidemment, on a à faire à du lourd. A du complotiste de premier ordre. A celui qui ne loupe aucune manif du samedi et qui serait capable de croire à la théorie des chemtrails. 

Il y a plus modéré. 

Yvette - et son shih tzu - est juste inquiète. Elle n’aime pas tellement les piqûres. D’ailleurs, chaque année, elle opte pour le vaccin homéopathique contre la grippe. Elle prend un cocktail de petites pastilles en sucre pour lutter contre le virus. Jusque là, touchons du bois, elle n’a pas été vraiment malade. Enfin, si, en 2019, elle a quand même passé 4 jours au lit avec une fièvre de cheval, mais bon, voilà, l’hiver, on chope la crève et c’est comme ça, avec ou sans vaccin. En tout cas, elle n’ose pas imaginer ce qui se serait passé sans l’homéopathie. Yvette, finalement, s'est laissée convaincre par sa coiffeuse qui lui a dit : “ Vous savez, si vous n’avez pas votre pass sanitaire, à la rentrée, vous ne pourrez pas aller au club pour faire votre partie de scrabble.” Et le scrabble du mercredi après-midi, c’est sacré. Yvette est raisonnable, dans le fond. 

Il y en a de plus coriaces. 

Par exemple, William “appelez-moi Will”. Un grand gars en jogging, qui sort son chien à 6h du matin, avant de partir au boulot en trottinette. Il est ingé. Pour lui, ce qui se passe met gravement en cause sa liberté individuelle. Il estime qu’il a le droit de choisir de ne pas se faire vacciner, au nom de sa liberté. Le samedi, il retrouve Bernard à la manif, mais lui ne croit pas au complot. Il pense juste que l’Etat est maternant, infantilisant et qu’il a le droit de choisir de tomber malade s’il juge que cela lui permet d’être libre. Quand on lui rappelle que la sécurité sociale (et donc la solidarité de la société entière) rembourse ses frais médicaux depuis qu’il est gosse, que la politique de prévention qui consiste à prévenir plutôt que guérir n’est pas totalement délirante, qu’on a déjà toute une batterie de vaccins obligatoires depuis très longtemps, il réplique qu’il est prêt à larguer tout, le bébé, l’eau du bain et le canard en plastique jaune pour sa liberté, que - petit 1 - il n’est jamais malade (il a trente ans, il mange bio, il fait du sport) que - petit 2 - c’est lui qui paye déjà pour tous les autres puisque lui, il bosse et que - petit 3 - il faut être capable d’assumer les conséquences de la liberté. C’est ça la vie. La liberté d’aller au resto ou à Disneyland contre les frais occasionnés par son futur cancer (ou la future leucémie de son fils, mais je ne souhaite cela à personne, même pas à Will...), donc...C’est ça la vie en société. Mais Will n’est pas toujours causant, le matin, et entre deux saillies contre la société de contrôle mise en place par la graine de dictateur qui nous dirige, il a des tomates à cueillir dans Farmville sur son portable, il a des notifs sur Instagram, il a une publication de la photo de son berger australien à poster sur Facebook. 

Ce ne sont que quelques portraits (fictifs, je ne veux pas me fâcher avec mes voisins). Il y a aussi toute une foule de gens raisonnables qui se sont fait vacciner. Parce que les faits sont têtus. Parce que la très grande majorité des gens qui sont en réa en ce moment ne sont pas vaccinés. Parce qu’on a vécu des moments traumatisants, surtout dans notre région, peut-être. Parce qu’on connaît tous des gens qui sont morts du COVID. Parce que les théories du complot n'ont pas de prise sur tout le monde. Parce qu’on regarde ailleurs dans le monde, parce qu’on voit bien que les pays du tiers-monde crèvent de ne pas avoir accès au vaccin. Parce qu’on constate qu’il y a déjà eu des épidémies et des grandes maladies dans le passé, qu’elles ont été combattues grâce à la science. Parce que la poliomyélite, la tuberculose, la rage, le tétanos et bien d’autres maladies n’ont pas disparu par magie...Parce que ces mêmes maladies tuent encore dans les pays qui ne peuvent pas vacciner. Parce que les effets secondaires du vaccin sont inévitables et minimes alors que les effets secondaires du virus sont dévastateurs, qu’il y a des COVID longs...Pour des millions de raisons qui rendent le pass sanitaire dérisoire, le QR code bien léger à porter et la petite piqûre dans le bras de votre choix, presque agréable...

* En titre, un hommage à Richard Gotainer.