samedi 8 décembre 2012

Comme des attaques personnelles

Ce matin, au petit déjeuner, la radio me disait déjà qu'il y aurait des manifestations contre moi. Je prends le dossier trop à cœur. Je personnalise, je suis égoïste. On me dit pourtant que c'est pour le bien de l'humanité qu'on me refuse le droit d'être comme tout le monde. De l'humanité toute entière que je mets en péril si jamais je me mettais à avoir les mêmes droits que tout le monde.

Il y a des gens très bien, d'ailleurs qui émettent des réticences face à mon mariage. Des gens que j'estime par ailleurs et qui partagent les mêmes valeurs que moi : celle du socialisme. Par exemple, il y a la député-maire de Chambéry, Bernadette Laclais. Je l'estime, parce qu'elle a écrit de jolies choses pour l'enterrement de mon père et que je sais qu'elle est une femme de convictions et qu'elle fait du bon travail sur le terrain. Il n'empêche qu'elle émet des réticences. Elle en a le droit, bien sûr. Même si je ne comprends pas, au nom de ces valeurs que nous partageons par ailleurs.

Je ne me sens pas moins légitime qu'un couple hétérosexuel pour être protégé par la loi et j'espère qu'on ne juge pas ma relation de couple de moins bonne qualité que celle d'un couple hétérosexuel.

Je ne pense pas que ma compagne mérite de se voir sans droit sur mon héritage, si je meurs. Je ne pense pas qu'elle mérite de se voir rayée de ma vie.

Si la vie le veut, j'aurais des enfants, moi aussi. Et nous serons des parents comme les autres : aussi aimants et aussi démunis devant leurs larmes, au début. Aussi soucieux de la réussite de leurs études, aussi désarmés devant leur crise d'adolescence, sans doute. Mais pourquoi, si je n'ai pas porté ces enfants mais que je les ai élevés, ils me seraient arrachés si ma compagne meurt.

Si la loi me protège, d'autres seront-ils lésés ? 

CC

vendredi 7 décembre 2012

Les Chroniques Mauves

En ce moment, comme j'ai énormément de travail et que j'ai l'impression que je ne m'en sortirai jamais, je m'évertue à chercher des dérivatifs. Et je trouve.

Cette après-midi, je suis tombée sur une BD qui s'intitule "Les Chroniques Mauves". Cela raconte l'histoire de trois générations de lesbiennes qui se croisent et se recroisent à l'occasion des moments marquant de l'histoire lesbienne entre les années 1960 et nos jours.

C'est une BD à plusieurs mains, donc un peu inégale, tant graphiquement que pour la narration. C'est aussi plusieurs partis pris, plusieurs angles qui se mêlent, mais c'est ce qui fait la richesse de ce travail.

J'ai appris des choses, j'ai souri et j'ai même été émue. C'est à lire...

CC

jeudi 6 décembre 2012

Aller de l'avant

J'ai découvert aujourd'hui que je suis quelqu'un qui va de l'avant.

La vie me pousse ou me tire, je ne sais pas. Mais je ne suis pas du genre à m'apitoyer tellement sur mon sort. Mon père est mort, voilà plus de deux mois maintenant. C'est un vide immense, c'est une douleur terrible. Mais la vie continue. Je continue même de rire. Au début, je me demandais si je pouvais. Je crois que je culpabilisais.

Dès mon retour au travail, j'ai détesté qu'on me demande si ça allait, avec un regard triste. J'ai déjà dit que je répondais oui. Finalement, c'était peut-être pour m'empêcher de penser le contraire, je ne sais pas. Pour aller de l'avant, justement.

On me demande aussi "Et ta mère, ça va ?"

Quand j'ai ma mère au téléphone, je suis un peu rassurée, elle est entourée, elle est occupée, elle aussi. Et puis en même temps, les soirées sont longues et tristes. Il fait nuit tôt. Elle ne croit pas encore tout à fait à la mort de mon père. Ma mère ne va pas mal. Mais elle ne va pas très bien. Et à chaque fois que je parle avec elle, même si je suis quelqu'un qui va de l'avant, moi non plus, je ne vais pas très bien.

Je sais bien que c'est normal. Et demain, j'irai au travail, la vie me poussera, elle me tirera, je ne sais pas. Je serai avec mes élèves, je les ferai rire, peut-être, nous corrigerons les exercices de grammaire et j'irai de l'avant.

Je ne suis pas dépressive, de nature. 

CC


mercredi 5 décembre 2012

De l'horrible danger de la lecture...

...comme disait Voltaire...

Un lien un peu leste, je le reconnais, mais parfois, c'est bon et c'est beau...

Bonne soirée !

CC

mardi 4 décembre 2012

Pensées hétéronormées

C'est pas parce que tu es hétérosexuel que j'ai envie de te parler de ta sexualité dès que je le sais.

Ce n'est pas parce que j'aurai le droit de me marier que tu le perdras.

Ce n'est pas parce que tu crois que le mariage est un privilège sacré et divin que c'est vrai.

Ce n'est pas parce que tu voudrais que les homosexuels ne soient pas parents qu'ils ne le sont pas.

Ce n'est pas parce que tu penses qu'être hétérosexuel est un privilège que c'est la réalité. C'est juste quelque chose que tu ne contrôles pas. Une preuve ? Tu as déjà essayé de "devenir" gay, juste pour voir ?

Ce n'est pas parce que tu penses que les gays sont justes des serial fucker que c'est vrai. Les hétéros ont aussi leur lot de Casanova...

CC

lundi 3 décembre 2012

L'homophobie n'existe pas...

L'homophobie n'existe pas. C'est vrai. Je suis capable, moi qui suis homosexuelle, de passer des semaines entières sans la rencontrer, l'homophobie.

- Je le redis, au cas où : je n'aime pas le terme "homophobie", ce n'est pas de la peur qu'éprouvent ces gens. C'est de la haine. Ou, le plus souvent, c'est juste de la connerie. Parfois, ils ont peur, remarquez...Par exemple, ils ont peur de perdre leurs droits en en donnant plus à d'autres. Mais c'est juste de la connerie, en fait. -

Mais revenons au sujet principal. Donc, l'homophobie n'existe pas. Par exemple, si je ne traverse pas la cour de récré plusieurs jours de suite, pendant les vacances, par exemple, eh bien, je n'entends jamais des mots comme "pédé", "tapette", "sale gouine"...Bah ! Un prof n'a rien à faire dans une cour de récré...

Par exemple, si je ne regarde pas l'émission "Complément d'enquête", je ne prends pas conscience qu'il y a des cathos réactionnaires qui me jugent déviante et pécheresse. Je ne vois rien des crimes commis en Afrique du Sud et des viols correctifs de lesbiennes. Je me rends pas compte, si je ne regarde pas ça, qu'il y a un gay qui fait une tournée dans toutes les sacristies de France, pour me représenter, moi et tous les homosexuels, pour parler en mon nom, pour dire que les homos sont incapables d'avoir une relation stable. C'est vrai, ça je n'ai qu'à pas regarder ce genre d'émissions. Il doit bien y avoir une redif de La Cage aux Folles sur une chaîne de la TNT.
Non, l'image n'a pas de rapport. C'est mon blog !

Si je ne me balade pas la nuit avec ma compagne dans un quartier qui ne serait pas le Marais (c'est à dire partout ailleurs en France), je n'ai aucune chance qu'on me crie des trucs genre "Eh ! Les lesbiennes, ça vous dit, un truc à trois !". C'est à ça que ça sert, le couvre-feu...Et puis finalement, c'est de l'amour, hein, pas de la haine...

Si je considère pas les propos de certains évêques de France, je ne peux pas me rendre compte qu'on assimile ma sexualité à celle des zoophiles et que j'ouvre la porte à l'inceste...D'ailleurs, ils ne sont pas homophobes, ils ont des amis homo. Mais ils essayent de les remettre dans le droit chemin en prônant l'abstinence. C'est vrai ça, si tu as une sexualité de malade mental, la seule solution, c'est de n'avoir plus de sexualité du tout.

Non, vraiment, l'homophobie n'existe pas. Surtout si les gays restent dans les placards, en fait. C'est vrai, ça...Pourquoi est-ce qu'ils viennent nous mettre leur sexualité sous le nez, ceux-là...? C'est pas les hétéros qui feraient ça, non ! Ce n'est pas eux qui nous imposent la sexualité sur les unes des magazines, dans les pubs pour parfums, dans leurs salons d'auto à la porte de Versailles, hein !

Et quand on dit qu'on est homo, ce ne sont pas eux qui s'imaginent tout de suite les trucs les plus torrides...Ce ne sont pas eux qui s'imaginent entrain de tourner un porno avec deux bombes refaites comme il y en a des tonnes dans les pornos...hétéros...

Bon, j'arrête là, je vais m'énerver...

CC

samedi 1 décembre 2012

Le silence des sentiments

Quand j'étais enfant et pendant mon adolescence, j'écrivais un journal.

Ce n'était pas un journal intime, même si j'avais écrit en énorme, de mon écriture maladroite, sur la couverture : "Journal intime de CC". Sur ce simple cahier, pas de cadenas. Je le laissais bien en vue sur mon lit. Ma mère respectait mon intimité pourtant je ne souhaitais que le contraire. Je voulais que ce truc soit lu.

Ecrire pour soi, je trouvais cela idiot. Ce que je voulais garder pour moi et pour moi seule, je le laissais dans un coin de mon cerveau. Ma mémoire était là pour cela.

Un jour, j'avais laissé mon journal ouvert sur le lit. Tout juste si je ne soulignais pas les passages qu'il fallait lire en priorité. Ce jour-là, j'avais décidé de faire comprendre à mes parents mon homosexualité. Ce fut un moment violent, même si l'écrit n'avait pas suffit et qu'il a fallu, quelques années plus tard que je confirme cela par oral, avec preuve à l'appui.

J'aurais pu parler, dire simplement les choses avec la voix, les yeux dans les yeux. Mais je ne savais pas. Je n'avais pas d'exemple, d'ailleurs, autour de moi. Dans la famille, nous ne parlions que du concret et du factuel. Jamais un mot sur les sentiments. D'ailleurs, quand j'allais passer des vacances chez mon oncle et ma tante, j'étais toujours épatée par ce que j'entendais. On disait "J'aime, je n'aime pas". On expliquait pourquoi. On disait "J'ai peur" ou "Je suis bien..." C'était nouveau. J'en étais un peu gênée, je crois, parce que j'avais contractée une grande pudeur, à force de côtoyer le silence des sentiments.

Cette pudeur ne n'a pas tout à fait quittée, mais je crois que la vie me soigne. Quand on perd trop tôt ceux qu'on aime, on se rend compte qu'on ne leur a pas dit assez "Je t'aime."

CC