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mercredi 30 septembre 2026

Et si je continuais ?

 


C’est la poésie qui sauve le monde, c’est le verbe. 

 Dans la Bible, dans la Genèse, Dieu dit « Que la lumière soit ! » et la lumière fut. 

Les premiers temps, dans ce monde à recréer, Umberta m’a dit « écris…tout, tout ce dont tu te souviens, le moindre mot, la moindre émotion, tout ce qui fit de toi une femme, tout ce qui te fonde, tout ce qui passe en toi et qui forme ta matière…Écris jusqu’à épuiser tes forces et ta sève. Tu as survécu 90 ans, dans un monde en tourment. Raconte…Ce sera la matière première. Et puis quand tu auras la sensation de ne plus avoir rien à offrir, alors tu rempliras le vide avec les mots des autres. Tu liras…Tu commenceras par la Bible, par Homère, par Gilgamesh, par les écrits anciens. Tu puiseras à la source et tu traverseras l’histoire des mots, pour ajouter à ta propre matière. Et je te donnerai ma propre matière… » 

Elle avait commencé ce travail. Elle avait commencé d’écrire, écrire à n’en plus finir. La sémiologie, l’enfance, les tourments adolescents, la mort, la tristesse, l’amour et la joie, elle avait entrepris cette œuvre titanesque d’autobiographie. 

Par le verbe. 

Son but était de réécrire un dictionnaire. « Va. Puise au fond de toi, cherche le synonyme, l’antonyme, cultive la paronomase, explore l’érudition que ton cerveau planque dans les coins… » 

La consigne peut sembler simple. Mais par où commencer ? Comment s’y prendre…

Elle m’a dit « Pratique l’écriture automatique, laisse-toi guider par l’intuition, plonge dans les mots par les mots… » 

 Elle est cinglée, elle est folle, elle délire. Elle ne sait pas ce qu’elle raconte, elle décartonne, elle déblatère, elle exagère, elle bidonne, elle… 

Elle me dit « tu as tout compris… » 

Et j’enchaîne. Le but est de lister les mots, de faire des listes interminables de recréer le dictionnaire, les mots oubliés. De les classer, de les étiqueter, de les catégoriser… 

Quand j’étais professeur en collège, je faisais apprendre à mes élèves les natures des mots. Je disais, c’est leur fiche d’identité, c’est ce qu’ils sont, c’est ce qui est dans le dictionnaire. C’était au début de ma carrière. J’adorais leur faire apprendre par cœur les prépositions, à dans par pour en vers avec de sans sous et les conjonctions de coordination mais ou et donc or ni car. Ils récitaient, certains sans comprendre vraiment ce que c’était, sans capter la nuance de chacune de ces petites syllabes. 

On aime juste le son qu’elles produisent parfois, juste la chanson qu’elles nous font. Tu te souviens, les interjections, les Oh ! Les Ah ! 

Et les qui que quoi dont où ? 

Combien de mots as-tu ? Combien tu en possèdes ? Est-ce que ce ne sont pas les mots, plutôt, qui te possèdent ? 

J’ai tenté l’ordre alphabétique, j’ai voulu écrire un texte avec des a, plein de mot en a. J’ai repensé aux abares de Candide. Je ne savais plus si ce peuple existait vraiment où s’il était sorti tout droit de l’imagination de Voltaire. Les abats, ABBA, abracadabra. J’ai trouvé cela vain, j’ai eu peur de m’ennuyer. 

J’ai tenté d’épuiser une description. Je me suis posée devant le lac et j’ai cherché, la plume au vent à tout capturer : les nuances du ciel, les reflets de l’eau, les couleurs, les bleus légers, les verts d’eau, les gris pommelés. J’ai vu au vent, les roseaux danser, j’ai cherché à expliquer la forme délicate d’un jonc, la tige et le fuseau, j’ai douté, j’ai voulu chercher sur internet, comme on le faisait alors, mais internet n’est plus là pour répondre, maintenant que nous avons basculé dans un monde déstructuré, déglingué, dirigé par une intelligence artificielle sans âme. 

J’ai abandonné la description. 

J’ai tenté la narration. 

Je voulais écrire un roman. On en utilise des mots, dans un roman. Des vocables, des expressions, des termes. C’est devenu un réflexe, je suis un dictionnaire de synonymes… 

Le roman commençait ainsi « Il n’y a rien… » La page blanche. Un défi à relever. J’ai voulu me raconter un peu, me romancer et la triste réalité m’a rattrapée. 

Oui, pour bien faire, il fallait que je choisisse la fiction, l’imagination, que j’invente un monde nouveau avec les mots anciens. Que je recombine, que je réinstalle, que je manipule les mots d’autrefois pour écrire le futur. 

Il était une fois…Souvenez-vous, quand vous étiez enfant. Il suffisait qu’on prononce ces quatre petits mots pour faire rêver à poings fermés. 

Il était une fois…Un homme, sous un arbre – c’était un plaqueminier –, écrivait des poèmes. Des sonnets, des ballades, des rondeaux. Il aimait les ritournelles, les refrains, les airs entêtants. Il aimait que les mots sonnent. Il savait qu’un enfant, un jour, apprendrait par cœur, ad nauseam, ces petits vers tressés et qu’il les ânonnerait devant un tableau noir pour une maîtresse blasée. Il espérait que l’enseignante ne se lasserai jamais, pourtant, de ces phrases mille fois rabâchées, hachées, déchiquetées. « Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne… » 

Et les enfants, un jour grandiraient. 

Ils iraient en enfer, dans leur vie de misère, ils iraient à la guerre, peut-être, et le sage poète savait que tout ce qu’il leur resterait d’humanité, alors, ce serait « Demain, dès l’aube… » Parce que ce serait l’espoir, l’enfance retrouvée, la douceur d’un cahier et le sourire d’une institutrice bienveillante. 

« Il était une fois », toujours l’histoire des mots, toujours les écrivains qui sauvent le monde. Toujours ce dieu qui ne crée qu’avec la parole « Que la lumière soit… » La lumière des mots. Que les ténèbres cessent et que l’on illumine le monde, qu’on l’enlumine, qu’on le sublime. 

Umberta m’a dit « Commence un roman, c’est une bonne idée, raconte ton voyage, raconte-le au présent. » 

Je l’ai fait. Vous l’avez lu. Maintenant, il faut que je continue l’histoire.

samedi 25 juillet 2026

Il n'y a rien - Le roman !


Vous n'avez pas eu le courage de lire tous les épisodes ? Pas d'inquiétude : le roman vient de sortir ! 

Vous pourrez le lire, le relire, le poser à l'envers pendant votre sieste, le reprendre juste après, le lire dans votre lit, au bord d'une piscine ou dans un train ! Vous pourrez l'emporter à la montagne et à la mer ou l'offrir à quelqu'un que vous aimez ! 

 Il n'y a rien est pour l'instant disponible en exclusivité sur le site lulu.com ! 

Un clic, un paiement sécurité et vous le retrouverez bientôt dans votre boîte à lettres ! N'hésitez pas !

 

samedi 16 août 2025

Téléchargez Étrangeté urbaine

 




En cliquant sur ce lien, vous pouvez télécharger le fichier PDF de la nouvelle 

Étrangeté urbaine !

 

vendredi 15 août 2025

Étrangeté urbaine : épisode 15

 


Un petit comité s'était donné rendez-vous pour être à 9h pétantes devant la mairie. Nous n'avions pas de rendez-vous, mais nous ferions le forcing, quoi qu'il se passe. 

Les tenants de la municipalité n'étaient pas des amis. 

En 2026, une campagne agressive sur le thème de la sécurité et sur les économies drastiques à faire sur les services publics. Quelques événements tragiques en janvier, à quelques mois des élections firent monter la pression : un SDF avait poignardé un commerçant et quelques faits divers liés aux trafics de drogue avaient émaillés l'hiver, montés en épingle par une presse avide de polémiques. 

L'extrême droite en avait évidemment profité pour fustiger le laxisme de la gauche, pour faire valoir ses idées de rejet et de haine de l'autre. Les coupables étaient toujours les mêmes : les assistés, les profiteurs, ceux qui prenaient l'argent des bons Français et mettaient le bazar partout. 

Une conjoncture nationale et internationale favorable à ces idées, une multiplication de listes électorales divisant les voix des plus modérés et à 2 ou 3 pourcents près, le RN passa au second tour. Ce fut une déception sans précédent pour une ville historiquement de gauche depuis la fin de la 2e guerre mondiale.

Durant la première année de mandat, les nouveaux élus n'avaient pas fait de miracle, découvrant qu'on ne fait pas vraiment ce qu'on veut avec la sécurité. Cependant, des choix politiques radicalement différents des précédents furent fait : la suppression de beaucoup de services du centre communal d'actions sociales, notamment, permirent beaucoup d'économie. Le service culturel fut quasiment complètement sacrifié : plus de festival de musique du monde, plus de manifestation prônant l'agriculture locale et biologique, plus de musée, une médiathèque à l'agonie. Là encore, les caisses se remplirent. Mais on ne voyait pas bien à quoi cela servait de supprimer pour supprimer. 

On a compris quand la ville fut rachetée : l'iA allait remplacer le centre de santé, les actions sociales et la culture. Quand tu as Sardou pour meilleur copain, pas besoin de festival !

Mais les conséquences étaient telles qu'il faudrait maintenant rendre des comptes à la population. Et nous étions là pour ça. 

Dès que les portes s'ouvrirent, nous nous adressâmes à l'accueil, en exigeant de voir madame le maire. On nous rétorqua que l'on n'avait pas rendez-vous. Nous sortîmes donc les banderoles, les cornes de brumes et les fumigènes. Quelques supporters du FCSM nous avaient fourni tout ça.

Grâce à ce tapage, plusieurs élus déboulèrent dans le hall. Ils nous reçurent. Froidement. Sans même nous regarder dans les yeux. Nous étions là pour leur reprocher d'avoir vendu la ville que nous leur avions confié par les urnes à une multinationale. Pour les mettre devant leurs responsabilités. 

Ils bredouillèrent que l'iA était l'avenir, qu'il fallait se rendre compte de notre chance. Ils n'y croyaient pas, mais ils récitèrent les éléments de langage fournis en échange de leur signature. Eux, ils avaient sans doute eu un rabais sur l'abonnement. Ils tentèrent de nous parler de culture pour tous, d'accès aux nouvelles technologies, du manque de médecin qu'on pouvait pallier grâce à l'iA. Mais 15 jours d'essai avaient permis à tous de se rendre compte que c'était n'importe quoi. 

Nous avons promis que nous n'en resterions pas là.  

 

jeudi 14 août 2025

Étrangeté urbaine : épisode 14


Réunion à minuit sur la place du marché : permettre à 500 personnes de s'exprimer et de s'entendre, de manière totalement improvisée, ce n'est pas une mince affaire. 

Ceux qui veulent parler montent à tour de rôle sur une grosse poubelle qu'on a placé au centre d'un cercle compact d'habitants en colère. 

J'ai commencé en expliquant que pour les propriétaires comme pour les locataires, tout cela était inadmissible. Qu'il était hors de question de partir et que nous allions résister. Pour cela, il faudrait nous organiser et réfléchir à des idées pour retarder l'échéance, tout d'abord. Pour faire valoir nos droits, il faudrait faire preuve de persévérance : la bataille contre une multinationale de cet acabit ne serait pas une partie de plaisir.   

Les idées fusèrent : déjà, il fallait couper internet...La fibre, les antennes relais...Débat : si les réseaux ne marchaient plus, nous non plus nous ne pourrions pas communiquer...Or, il fallait bien qu'on avertisse les médias, qu'on fasse du bruit...Surtout si on voulait que les 11 autres villes appartenant à You-TOP-iA nous rejoignent...Débat vite clos : on savait communiquer avant internet. On reprendrait les vieilles méthodes : presse écrite, réseaux téléphonique filaire, manifs...

Ensuite, il fallait aller demander des comptes aux élus qui avaient accepté que la ville soit vendue. 

Et puis, il fallait convaincre encore plus de monde. Il fallait organiser des sit-in, des manifs, des piquets de grève, partout dans la ville, il fallait convaincre, expliquer, faire valoir notre cause. Des tracts, des banderoles. Tous ensemble. Avec nos moyens : on a encore accès à nos logements, avec nos imprimantes, nos stylos, notre papier, de vieux draps, on va vite fabriquer tout ça. On a avec nous le collectif des retraités de la CGT, ils sont maîtres en la matière. D'ailleurs, au milieu de la réunion, ils débarquèrent avec une sono. C'était déjà mieux. 

On eut aussi la troupe du théâtre de l'Unité. Ils étaient très forts pour les improvisations, pour les interventions dans les lieux publics, pour les coups d'éclat choc ! Jacques Livchine avait son petit livre rouge, qu'il brandissait comme un bréviaire. 

Ce qui nous inquiétait, c'est qu'on avait une armée de drones qui nous tournaient autour. C'est sûr que nos idées ne resteraient pas confidentielles longtemps.

Pour contrer ça, on finit la réunion très vite en braillant "Ah ça ira, ça ira, ça ira, l'iA on n'en veut pas !" avec pour cheffe de chœur, Hérvée de Lafond. On a cassé les oreilles aux drones...

On s'est éparpillés, plein d'espoir, gonflé à bloc pour faire la peau au système. 

Un petit comité qui avait quelques connaissances des points d'accès de la fibre s'est tout de suite chargé d'aller déconnecter tout. 

Dans la foulée, les armoires à fibre furent ouvertes, les fils arrachés. Les antennes, dans les clochers et sur les châteaux d'eau, détruites. 

Dans le silence de la nuit, on a entendu les hurlements des plus accros à l'iA hurler, comme des loups blessés, parce qu'ils avaient perdu leur hologramme préféré, parce qu'ils se retrouvaient désespérément seuls. Avec la sono de la CGT, on est passé dans les rues en incitant les gens à nous rejoindre. 

Dans un premier temps, les autorités, étrangement, furent prises de court. La police municipale, évidemment, à cette heure-là, n'était pas opérationnelle. Mais surtout, les responsables de You-TOP-iA avaient misé sur l'addiction provoquée par leur joujou pour contrôler les gens. Et ils n'avaient pas du tout prévu de système de sécurité. 

Cependant, nous savions bien que cela ne durerait pas.  

mercredi 13 août 2025

Étrangeté urbaine : épisode 13

 


J'ai tourné les choses dans ma tête. J'avais très peu de temps pour me retourner. Je ne me faisais pas d'illusions : une multinationale comme You-TOP-iA avait bien évidemment verrouillé toutes les possibilités juridiques. 

J'aurais pu commencer mes cartons, prospecter pour trouver une location dans une ville voisine et laisser tomber. Mais l'idée me restait coincée dans la gorge. Je n'avais pas envie de céder. 

Je savais bien que si je restais dans mon logement, je serai délogée manu militari et que je ne sauverai même pas mes affaires. Il fallait que je trouve autre chose. 

Je me suis dit, très vite, que je n'étais sûrement pas la seule. Pas la seule à refuser, pas la seule divergente. Il fallait que je trouve des alliés dans la bataille. 

Je repensais, un peu triste, à tous les zombies que j'avais croisés ces derniers temps : ces voisins, c'est amis complétement intoxiqués par l'iA et pendant un instant, j'étais tenté par le découragement. Et puis, je repris espoir. Il y avait Éliane, Natacha, Florent, Patrick, Michelle, Noëlle, Christine, Christiane, Kamel, Adina, Odile...Il y avait tous ceux qui refuseraient sûrement le racket imposé par cette entreprise.

J'ai décidé de m'organiser : j'allais contacter toutes les personnes dont j'avais le numéro de téléphone, pour commencer, puis tous les gens de mon immeuble, ceux de ma rue...Le plus de monde possible. Quitte à être une divergente, autant entraîner le maximum de monde avec moi. 

J'ai essuyé quelques réponses timorées, il faut bien le reconnaître : "Non, on va prendre le forfait à 99,90€, finalement, qu'est-ce que c'est, hein, pour avoir la tranquillité...On verra bien si on prend quelqu'un à la maison..." 

J'ai eu des réponses beaucoup plus passionnelles : "Non, j'adore trop ma nouvelle vie, je ne peux plus m'en passer ! Figure-toi que...Michel Sardou...Patrick Sébastien...Brigitte Bardot...Marine Le Pen...(rayez les mentions inutiles) est mon (ma) meilleur(e) ami(e), maintenant ! C'est le kif !" 

Bon...pas de regret...

D'autres étaient encore plus enthousiastes, pour des raisons encore plus scabreuses et étaient prêts à payer le forfait Premium...Allez comprendre ! 

J'ai continué ma tournée et j'ai commencé à rencontrer la détresse de beaucoup : "J'ai passé ma vie à travailler pour posséder ma maison, pour avoir un toit sur la tête, et aujourd'hui, un contrat signé en mon nom m'en dépossède ? C'est injuste ! C'est épouvantable ! Tout ça pour quoi ? Pour un gadget débile, pour un truc qui te conseille de faire une quiche quand il te reste des œufs et du jambon dans le frigo ? Comme si je n'étais pas capable de penser par moi-même !"

J'avoue que je n'avais pas tellement de plan, juste une vague idée derrière la tête...Un mot d'ordre : "Révolution !", comme disait Éliane...

Mais je partis seule au matin, et le soir venu, nous étions 500...

Nous n'avions plus que 24h ! 

mardi 12 août 2025

Épisode 12 : Étrangeté urbaine


 J'ai encore eu l'honneur d'avoir à faire à un avatar du grand patron. Mark Zuckermusk en personne qui ne prit même pas la peine d'adopter un accent franco-américain. Non. Le moment était grave et empreint d'une sévérité qui me glaça.

"Bonjour Céline, matricule 312-518, 

Allons droit au but : vous êtes divergente. Non seulement, vous n'avez presque pas utilisé l'iA pour vous assister ou pour vos loisirs, mais en plus, vous avez posé des questions stupides dans le but de faire échouer l'intelligence artificielle ! C'est inadmissible. Rendez-vous compte : les ordres combinés "Sauve le monde!" et "Arrête l'iA !" on faillit faire buguer complétement le système. 

Cependant, nous avons le devoir contractuel de vous proposer une. Car vous avez un problème. Vous savez que nous avons racheté la ville. Nous sommes donc votre propriétaire. Nous proposons en général aux clients normaux deux contrats : 

- Vous gardez gratuitement votre logement, vous payez un forfait pour l'utilisation de l'iA (en général, 99,90€ en version Bêta et 299,90€ en version Premium, avec évidemment des aménagements, des options supplémentaires possibles si vous le désirez. (Tarifs révisables chaque mois, un dossier complet de 632 pages détaillant les conditions vous sera envoyé) Mais en contrepartie de votre logement gratuit, nous vous demandons d'accueillir (selon le nombre de mètres carrés que vous avez) un ou plusieurs usagers de l'iA : vous n'êtes pas sans avoir remarqué que les volontaires sont nombreux.

- Si vous ne voulez pas de l'iA, vous nous devez un loyer, que nous calculerons selon les tarifs parisiens en vigueur. Votre ville a désormais un fort pouvoir d'attraction et le prix au m2 a un peu augmenté, vous le comprendrez. Vous pourrez bénéficier d'un tarif dégressif si vous accueillez quelqu'un. 

- Si vous refusez les deux options sus-citées, nous vous prierons de quitter la ville. 

Mais vous êtes une divergente. Cela change tout. Vous êtes un problème pour le système. Un danger. 

Nous vous intimons donc d'accepter la troisième solution, sans contrepartie. 

Nous vous laissons la chance de partir, puisque vous n'êtes pas intéressée par l'iA. Votre logement sera réquisitionné pour accueillir des volontaires. 

Les conditions signées par les élus de la ville stipulent que vous avez 48h pour libérer les lieux. La chape électrique bloquant les issues de ville se déverrouillera pour vous à ce moment là. Vous ne pourrez plus vivre ici par la suite. 

Nous sommes désolés que notre collaboration prenne fin et nous vous souhaitons bonne chance, en dehors de notre belle ville You-TOP-iA. 

Cordialement"

Et l'image du grand patron disparut dans une vibration.

Je n'étais pas sûre d'avoir bien compris. Je venais d'être expropriée et je devais quitter la ville dans 48h. 

Que se passerait-il si je ne le faisais pas ?  

 

 

mercredi 6 août 2025

Etrangeté urbaine : épisode 6


Le bas de la page était barré du logo you-TOP-iA. Je n'avais jamais vu ce logo nulle part. Une petite recherche me permit de découvrir que c'était une filiale d'un des GAFA les plus importants, sur laquelle l'homme le plus riche du monde avait parié, après l'échec de ses voitures électriques et autonomes. 

Il y avait un lien vers un formulaire d'adhésion : "Laissez vos coordonnées, nous vous rappellerons dans les plus brefs délais pour vous détailler nos propositions. Nous vous proposons un panel de 12 villes, désormais propriété de you-TOP-iA. Vous pourrez choisir celle qui correspond le mieux à vos désirs les plus profonds. Vous pourrez devenir partenaire premium avec un forfait personnalisé." 

Et puis, en tout petit, quand j'eus terminer de dérouler la page entière, il y avait un texte minuscule. C'était comme une note de bas de page sur une publicité pour une chaîne de hamburger : ça ne présageait rien de bon. La voix synthétique se mettait à parler très vite, en ne détachant plus du tout les syllabes : "Sivotrevilleaétéselectionnéevousbénéficiezd'unepérioded'essaidedeuxsemaines;
passécedélai,vousaurezlechoixentrelasouscriptiond'uncontrataveclasociétéyou-TOP-iA."

Étrange :  "Vous aurez le choix entre la souscription d'un contrat avec la société."

Point. 

"Vous n'aurez pas le choix", me dis-je soudain. C'était peut-être une erreur, mais j'avoue que j'avais un sale pressentiment.  

 J'ai cliqué sur le bouton "Contact". La voix iA a repris : "Bonjour. Merci de m'indiquer le motif de votre demande : parlez clairement après que le micro de votre support numérique se sera déclenché. Dites par exemple "Je veux souscrire à une offre de contrat" ou "J'habite dans une ville propriété de you-TOP-iA." Merci"

Et le micro de mon ordinateur s'est enclenché, sans mon autorisation. Je retrouvais le même sentiment de peur qui m'avait saisi en me promenant dans les rues de la ville un peu plus tôt. 

J'ai bredouillé "J'habite...dans une de ces villes". 

L'iA a repris, mécanique et souriante : "Vous bénéficiez d'une période d'essai de 15 jours ! Profitez des avantages de vivre dans notre cité idéale ! Allez discuter avec vos stars préférées, faites vous des nouveaux amis et enrichissez votre vie ! Nous reviendrons vers vous dans une semaine pour vous présenter notre catalogue d'offres. Belle découverte !"

J'étais stupéfaite. Évidemment, j'ai tout de suite pensé à Elvis Presley. Depuis que je suis toute petite, je suis fan de ce chanteur. C'est presque une obsession. Alors pouvoir parler avec lui...Cela me laissait rêveuse. 

J'ai sursauté quand la voix a repris : "Vous êtes fan d'Elvis Presley ? Vous pourrez le croiser dès demain matin à la boulangerie et commencer à lier une véritable amitié avec lui ! Faites de beaux rêves !"

J'ai refermé brusquement l'ordinateur ! Comment était-ce possible ? Je n'avais pas exprimé à voix haute mon admiration pour le King ! Le cauchemar continuait. 

J'eus du mal à m'endormir : partagée entre l'inquiétude, coincée dans cette situation surréaliste et l'impatience de rencontrer Elvis Presley, le lendemain matin, à la boulangerie... 

lundi 4 août 2025

Episode 4 : Etrangeté urbaine


On a dû se frayer un passage parmi les gens, pour rentrer dans notre quartier. 

Tout était surprenant : les gens continuaient d'arriver, mais la circulation était empêchée par tant de monde. Et personne ne semblait trouver ça anormal. Pas d'altercation, pas de violence, pas de discussion vive. Rien qu'un grand silence, une respiration collective. 

Et puis il m'est venu l'idée de scruter d'un peu plus près ces visages, ces figures. Je m'étais attardée sur les silhouettes et sur la sociologie du peuple rassemblé là. Je n'avais pas cherché à les reconnaître. Le premier doute que j'ai eu, ce fut à propos de ce hipster barbu qui s'était appuyé nonchalamment contre la façade du temple. Tout à coup, en y repensant, sa barbe un peu hirsute, ses habits militaires du surplus américain, ses cheveux dans le vent, et sa vapoteuse qui faisait comme un gros cigare...Dans le milieu de l'après-midi, quand le soleil cognait un peu plus fort, il avait même enfilé un béret...Il ressemblait quand même beaucoup au Che Guevara !

Mais non, je délirais ! Ce n'était pas possible ! Et puis dans le noir, comme ça, je n'étais sûre de rien.

Pourtant en revenant vers la place, je n'ai pas pu m'empêcher de continuer mon petit jeu des ressemblances. Ce gars, corpulent, en costume trois pièces, avec son collier de barbe blanche, semblant cultiver l'art d'être grand-père, c'est fou ce qu'il me faisait penser à...Victor Hugo ? 

Mais enfin, c'est idiot ! Ils sont morts, ces deux là...A moins que ce soit un rassemblement de sosies ?

Et cette jeune femme voilée, tout en beige, au visage rayonnant, malgré sa cicatrice. On aurait juré Malala Yousafzai, la prix Nobel de la paix, militante pour le droit des femmes. Mais comment une telle personnalité (vivante, cette fois) aurait pu se retrouver là ? C'était invraisemblable, comme toute cette histoire. 

D'autant plus que je me persuadais maintenant que la dame en rose assise à côté de la jeune femme voilée était Amanda Lear : même cheveux blonds peroxydés, même élégance excentrique...Et les trois garçons ! Malgré leur téléphone portable, leur allure d'éternel ado, surtout celui-là, avec ses cheveux filasses et son jean déchiré : c'est sûr, c'était le groupe Nirvana ! 

Plus il me semblait reconnaître toutes ces personnalités, vivantes ou mortes, plus je me disais que je nageais dans un univers parallèle. Je me demandais si je ne faisais pas une sorte de coma, si je ne manquais pas de sucre ou si je n'avais pas ingéré des psychotropes à l'insu de mon plein gré. 

J'ai cherché mes clés et j'ai bousculé à nouveau la petite femme brune, nerveuse, qui se rongeait les ongles devant l'entrée de mon immeuble. J'ai failli lui demander si elle était bien Florence Foresti et puis je me suis ravisée. C'était trop bizarre, trop absurde. Je suis rentrée bien décidée à poursuivre autrement mon enquête.  

vendredi 1 août 2025

Un début d'histoire...


Au cours de la journée, la petite place du centre ville s'était progressivement remplie. 

C'était étonnant, puisque cette place, d'ordinaire, cernée de platanes centenaires, longée par la rivière, encadrée par le temple protestant et quelques commerces était surtout un lieu de passage, où flânaient les promeneurs de chiens, les retraités oisifs. Il y avait aussi ceux qui ne faisaient que passer, tête baissée, pressés par la vie, attendus à un rendez-vous. Et puis la cohorte des gens qui se rendent quelque part, le nez sur leur téléphone portable, perdu dans les nuages ou dans le cloud, ici mais déjà ailleurs.

C'était très différent, ce jour-là. Depuis le matin, alors que le soleil de juillet était doux, des hommes et des femmes, tous très différents, étaient venus et s'étaient assis sur les bancs, sur les marches du temple, sur les pelouses et même sur le sol. 

C'était une foule. Vers midi, ils étaient déjà une bonne centaine. Il n'avait ni tract, ni banderole. Ils ne semblaient aucunement avoir une revendication. Ils étaient paisibles. 

J'observais cela du haut de ma fenêtre. En me levant, comme chaque jour, j'ai jeté un œil au ciel, pour constater qu'il n'était ni bon, ni mauvais. Une petite clarté perçait un voile nuageux. Je pris mon café sur le balcon : la température le permettait. Chaque jour, je contemple le ballet de mes contemporains. Ce couple, par exemple, dont la dame toujours élégante tire son caddie, suivie de son mari un peu las, les mains dans le dos. Ou encore cette mamie portant la même blouse que celle de ma grand-mère et rentrant d'un pas vif, chaque matin, avec une baguette et son journal sous le bras. Rien qu'en observant la vigueur du pas, je pouvais savoir si elle avait bien dormi ou pas. Il y avait aussi Chantal, été comme hiver en sabots sans chaussette, tirant sur la laisse de son gros chien noir mal réveillé. Et puis cet homme attendant le bus, régulier comme un coucou, tirant fort sur sa cigarette électronique et propulsant dans l'air du matin de longs panaches. 

Mais ce matin-là, en plus de mes clients habituels, j'observais déjà des gens assis ça et là, des gens que je voyais pour la première fois. 

Il y avait un barbu, baraqué, le dos contre la façade du temple, les mains dans les poches. Lui, je l'avais vu arriver. Il conduisait une Twingo noire, une vieille bagnole, mais rénovée. Je me suis dit, tiens, un hipster, c'est quelque chose qui ne court pas les rues, chez nous. Et en sortant de sa voiture, au lieu de se diriger vers la boulangerie, il s'est posé là et il n'a plus bougé. Je n'y ai pas prêté plus attention. Il prenait le soleil, attendait quelqu'un, était peut-être en avance pour un enterrement qui aurait lieu plus tard au temple...Qui sait ? Je pensais déjà à autre chose, en rentrant avec ma tasse vide. 

Plus tard dans la matinée, j'ai sorti mon chien. Comme chaque matin, durant mes vacances, je savais que je rencontrerai Pierre, Paul ou Jacques, les voisins, les amis, les connaissances. Avoir un chien permet de créer des liens uniques : une caresse pour l'animal, un mot pour la patronne, on parle de la pluie, du beau temps, de l'actualité ou des travaux en ville. Mais en sortant, ce qui m'a frappé, c'est que le hipster était encore là. Toujours planté comme un flamand rose, sur une jambe, l'autre repliée contre le mur du temple. 

Et tout autour, une dame voilée, toute de beige vêtue et une femme en tailleur rose, les jambes croisées, élégamment, partageant le même banc. Un peu plus loin, un papi appuyé sur sa canne, trois ados à scolioses, recroquevillés sur leur portable, un jeune homme unijambiste dans un fauteuil roulant. Un punk à chien, une bonne sœur, un ouvrier, entre deux âges, mal rasé, avec des chaussures de sécurité...

Toute une population que je ne connaissais pas et qui ne se ressemblait pas. 

J'ai croisé un de ces gars qui passent leur vie à sillonner le quartier, un de ceux qui naviguent entre le PMU et le bureau de tabac et qui connaissent par cœur les rues, les cours, les squares et les habitants. J'adore ces types, ils incarnent souvent l'âme d'une ville. Celui-là me salue toujours vigoureusement avec un commentaire sur le temps qu'il fait, et un grand sourire. "Vous savez ce qui se passe ?" lui ai-je demandé, en désignant d'un coup de menton l'attroupement qui commençait à drôlement grossir devant le temple. Il m'a confirmé : "Jamais vu ces gens-là...un enterrement au temple ?" Et puis on a conclu qu'ils n'avaient pas l'air de se connaître les uns les autres, ne communiquant pas entre eux. S'ils étaient venus au même enterrement, ils parleraient, non ?

Je suis rentrée fissa, vers midi moins cinq, parce que le temps s'était gâté : il s'est mis à pleuvoir de grosses gouttes, une belle radée d'été, qui fit remonter du bitume chaud cette odeur nostalgique de pétrichor.  

Je n'ai pas déjeuner sur le balcon. J'ai même refermé la fenêtre, parce que la fraîcheur me faisait frissonner. 

Plus tard, c'est à nouveau avec un café à la main, que je me suis mise devant la fenêtre. J'eus du mal à le croire : le hipster était toujours là, avec une foule encore plus grande. Ceux qui étaient là avant l'averse n'avaient pas bougé : leurs cheveux, leurs vêtements, tout dégoulinait encore. La pluie avait cessé et d'autres inconnus avait rejoint le lieu : les nouveaux étaient secs. Ils adoptaient la même attitude impassibles, muets, immobiles, les yeux dans le vague. 

Je commençais à trouver cela très perturbant. Je me demandais même si je n'allais pas appeler la police. Peut-être la police municipale, d'abord, pour qu'ils se renseignent, pour qu'ils me rassurent. J'aurais pu aller demander, c'est vrai. J'aurais pu tenter de communiquer avec ces gens. Mais j'avais peur. Je me disais que de toute façon, les caméras de vidéosurveillance avaient sans doute repéré ce drôle de manège.

Pourquoi restaient-ils là, sans rien faire ? Il y avait ce grand au look et au physique de basketteur, cette femme avec son tout petit chien dans les bras, il y avait cette mère de famille avec une jupe plissée qui faisait lentement rouler sa poussette dans un va et vient régulier et interminable. Ils avaient l'air de robots, de zombies...Leurs visages n'exprimaient rien. 

Quand vint le soir, il me sembla qu'ils étaient encore beaucoup plus nombreux : des gens qui avaient l'air si "normaux", si banals, et qui pourtant inspiraient la crainte, par leur nombre, par leur présence immobile. 

Je devais ressortir mon chien : tout l'après-midi, j'avais repoussé ce moment, postée à ma fenêtre, incapable de détacher mon regard de cette foule qui grossissait sans cesse. Les gens arrivaient en voiture, ils étaient déposés là par un automobiliste qui repartait en faisant un signe de la main. Toujours des voitures différentes, là encore rien que de très "normal". Certains venaient en bus. Toutes les places de parking du secteur étaient désormais occupées. 

Mon chien réclamait et grognait pour sortir. Je n'avais plus le choix. 

En poussant la porte de mon immeuble, je me rendis compte qu'il y avait du monde jusque là, sous mon porche. Un type bedonnant, 70 ans, avec un beau collier de barbe blanche et une petite femme nerveuse d''une cinquantaine d'année, coupe au carré se rongeant les ongles. J'ai bredouillé un "Bonjour...euh...bonsoir...pardon...Je...vous voulez entrer dans..." Leurs regards sont passé au travers de moi, comme si j'avais été transparente et ils ne m'ont pas répondu autrement que par un petit non de la tête. 

J'ai tiré mon chien qui reniflait ces malpolis. On a continué, doucement, se frayant un passage parmi la foule amassée. J'avais l'impression de traverser le public d'un festival ou la foule des grands jours d'un marché animé, ou encore la cohorte des anonymes célébrant la nouvelle année sur les Champs Élysées. Sauf qu'ici, la foule n'avait pas la ferveur et l'ivresse des festivaliers. Ils n'avaient pas la joie tranquille des famille faisant le marché. Ils n'étaient pas mus par l'exaltation d'un grand soir. Non. Ils étaient silencieux, distants, froids comme la glace. Presque menaçants. Mon chien semblait le seul être véritablement vivant au milieu de ces piliers. Et je n'en menais pas large. 

(Demain, la suite...) 

   

mercredi 30 juillet 2025

Conseil lecture : Jean Hegland, Dans la forêt et Le Temps d'après


Étrangeté de l'édition française, un livre qui me semble être un véritable chef d’œuvre littéraire, n'a été traduit et publié en France 21 ans après sa publication aux USA. Il s'agit de Dans la forêt de Jean Hegland. 

L'avantage de cette publication tardive est justement que l'on peut apprécier sa résistance au temps : plus de 20 ans après son écriture, ce roman est cruellement d'actualité. C'est pourtant un roman d'anticipation et parfois, cela ne tient pas tellement après la date de péremption. 

Mais l'auteur a su éviter quelques écueils : ne pas insister trop sur l'aspect technologique de la société, ce qui ne "date" pas le roman, ce qui ne le fige pas à une époque en particulier, et surtout, évoquer un désastre d'ordre politico-écolo-économo-sociologique, sans en dire beaucoup plus. L'essentiel n'est pas là, même si c'est le point de départ nécessaire pour découvrir la vie de deux jeunes femmes isolées au cœur d'une forêt à la fois hostile et protectrice. 

Ce texte est formidable. Mais je le découvre très tardivement. 

Heureusement, Jean Hegland a écrit une suite plus récemment. Le Temps d'après. Ce titre peut faire penser à ce monde d'après que nous espérions durant la période sombre du Covid. Il s'agit bien d'un monde qui a subi son lot de catastrophes, d'épidémies et de changements climatiques. Nous retrouvons les personnages du précédent roman : deux sœurs, Eva et Nell, qu'on avait laissé avec le petit Burl, né dans la forêt sans jamais avoir connu le monde d'avant. 

Il a grandi : il a 16 ans au début du Temps d'après. Le monde ne va pas mieux, mais Burl l'ignore puisqu'il vit dans un huis-clos heureux avec ses deux mères et la forêt. Evidemment, il y a un côté survivaliste là dedans, mais j'ai aimé les descriptions de la nature, très poétiques et la langue très inventive. J'aime beaucoup l'idée que la langue puisse continuer de vivre et d'inventer le monde, naître ou renaître et vivre. La langue, mais aussi la vie. Et on interroge à travers la fiction, à travers les contes de fée, la littérature, nos modes de vie en société. 

Je ne veux pas dévoiler ici l'intrigue et les ressorts de la narration. Je veux seulement souligner la beauté littéraire de cet ouvrage, même si je regrette de ne pas suffisamment maîtriser l'anglais pour le lire dans sa version originale, qui doit perdre un peu de sa force dans la traduction. Notamment le travail sur le genre qui est difficilement traduisible en français, pour des raisons purement grammaticales. Mais cela dit des choses sur notre façon de penser et c'est intéressant ! 

Découvrez Dans la forêt si vous ne l'avez pas encore fait ! Mais ne passez pas à côté de la suite : Le Temps d'après qui est un récit puissant aussi.  

mercredi 4 juin 2025

La musique des mots


Ecrire, c'est souvent être obsédé par une musique, par un rythme et par une mélodie. On a dans la tête des ritournelles sans parole, d'abord. Des alexandrins pompeux ou de petits octosyllabes si vifs qu'on a presque envie de danser. 

Les mots viennent parfois comme une évidence sur ces petites rengaines. Selon ce qu'on veut écrire, on sait si la musique sera lente et solennelle, ou enjouée, nerveuse, sautillante. On sait si ce sera une valse ou un blues, une symphonie ou un tango. Et les mots s'invitent. Ils se glissent sous les doigts, comme sur les touches d'un piano. 

Je ne sais pas encore quelle sera la tonalité du prochain roman que je veux écrire. Il sera plus sombre, je crois, mais il y a toujours plusieurs mouvements dans une symphonie. 

J'ai quelques pages, un début. Je crois que ça commence un peu comme la Gnossienne n°1 de Satie. Ou comme Pyramid Song de Radio Head. C'est mystérieux et surréaliste. Des accords mineurs. On ne sait pas où on est, ni avec qui. La réalité se dévoile lentement, mais on accroche à la mélodie, on a envie de l'entendre encore. De la chantonner. 

Je voudrais que la suite se développe avec le soutien d'un orchestre à mille cordes. J'aimerais que ce texte prenne son envol et me dépasse, me déborde. J'ai envie d'écrire quelque chose d'épique et de plus grand que moi. Et quelque chose qui ressemble à une chanson pop.

Je ne sais pas encore ce que ce sera. Au début, il n'y aura rien. Rien que quelques notes de piano, entêtantes. Et puis cela grandira. Et au bout, il y aura du bleu, l'immensité du ciel. 





dimanche 13 avril 2025

Des avis sur Déracinés


Les premiers avis sur mon livre reviennent à moi et ils sont plutôt positifs. Cela me surprend. Et me ravit, aussi, évidemment.

Il faut que je vous avoue que j'ai écrit ce roman, Déracinés, il y a quelques années déjà. Je ne l'avais pas publié parce que je l'avais fait relire à une amie qui ne l'avait pas aimé. 

Je sais combien j'ai tort de me fier à ce point à l'avis de quelqu'un d'autre. Ce n'est que le reflet de mon manque de confiance en moi. J'avais aussi d'autres doutes sur ce roman. Avant de le publier, je l'ai relu, je l'ai remanié et je l'ai fait relire à une autre amie. 

J'ai corrigé des incohérences, des maladresses. Mais globalement, c'est tout de même le roman que j'avais écrit il y a quelques années en arrière. Je l'ai relu avec l'impression que j'étais toujours prisonnière des mêmes démons, des mêmes obsessions qu'aujourd'hui, d'ailleurs. Publier cette histoire n'est donc pas anodin. Cela me permet de poser ces choses là, de les tenir à distance. 

Noëlle, une de mes fidèles lectrices m'a dit que c'était son préféré après La Graine. C'est un sacré compliment. Mais elle m'a dit aussi que ce livre là, comme tous les autres, était empreint de noirceur. 

Elle me l'avait déjà dit les fois précédentes et j'avais eu du mal à le comprendre et même à l'accepter. Mais cette fois, je comprends mieux ce qu'elle veut dire. Oui, il y a la mort, la solitude, les tourments de la vie, dans mes histoires. Mais je crois que c'est partie intégrante de notre existence et que nous devons composer avec, même si entre vie et trépas, nous espérons, nous avançons, nous créons, nous donnons la vie, nous aimons...

Publier un roman, c'est s'exposer, c'est donner à voir beaucoup de soi. Cela ne fait rien pour calmer mes angoisses existentielles, mais cela me permet quand même d'avancer...