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dimanche 24 mai 2020

Ces chansons du bon vieux temps

Êtes-vous partis, vous, pour ce long week-end de l'Ascension ? On rêve d'Italie, on rêve d'un petit voyage à l'impromptu, un voyage sur le pouce, trois jours de rêve pour se faire des souvenirs à n'en plus finir...

"Viens, fais tes bagages.
On part en voyage.
J'te donne rendez-vous
A la gare de Lyon,
Sous la grand horloge,
Près du portillon.
Nous prendrons le train
Pour Capri la belle,
Pour Capri la belle,
Avant la saison."


J'espère qu'il reviendra le temps des escapades, des départs au petit matin, pour un ailleurs qui fait du bien, pour un petit hôtel et pour les flâneries dans les villages touristiques, pour les bords de Saône, pour les bords de mer, pour les villes médiévales et les vignobles et les caves de dégustations...

"On partira de nuit, l’heure où l’on doute
Que demain revienne encore
Loin des villes soumises, on suivra l’autoroute
Ensuite on perdra tous les nords"


Les petits moments piqués en fraude, la route qui fait partie de l'aventure, les longues discussions amoureuses et les restos romantiques, dans des lieux que l'on découvre, rien qu'à deux, anonymes, et où l'on ne rencontre des gens que l'on connaît que par hasard...

"Week-end à Rome 
Afin de coincer la bulle dans ta bulle 
D'poser mon cœur bancal dans ton bocal"




samedi 23 mai 2020

Samedi 23 mai : rien.

(Pour le titre, référence à Louis XVI qui aurait écrit dans son journal, le 14 juillet 1789 "Rien". Aujourd'hui, "rien" pour la chloroquine, qui ne marche pas, finalement, paraît-il. Cela ne soignerait que les biens portants, à condition qu'ils ne meurent pas des effets secondaires.)

Un peu de fatigue, une soirée bien arrosée avec des gens biens, un moment de décompression. Une réunion ce matin, la préparation d’un conseil municipal qui aurait dû se tenir il y a deux mois. Un film, un très beau film. De la musique, beaucoup de musique.

Je suis tellement fatiguée, comme miaulent les Beatles. I’m so tiiiiired…



Comme dans la chanson, voilà des semaines que mon cerveau ne s’arrête pas.

Sept mails reçus de mes collègues, il faut penser à la reprise. Je n’en ai pas l’énergie aujourd’hui, mais l’objectif est là, obsédant, il faudra bien que je m’y mette. C’est une petite inquiétude qui va m’empêcher, encore de dormir.

Une inquiétude de moins, le conseil municipal d'installation qui va enfin se tenir lundi soir ? Pas vraiment, car ensuite les choses vont s’enchaîner. Mais nous entrerons dans une phase de perspectives et de projets, ce qui sera plus intéressant, au moins que cette gestion de crise - qui sera là quand même - qui n’en finit pas.

Passons aux doux moments de cette journée pluvieuse : la grisaille, la fraîcheur et la pluie nous donnent l’occasion de rester sans regret dans nos pénates. Alors nous avons regardé le film très sensible de Céline Sciamma, Le Portrait de la jeune fille en feu. C’est délicat, c’est esthétique, c’est romantique. C’est beau. Les actrices sont belles et bien filmées. Les paysages, les lumières et les ambiances sont magnifiques. Les références picturales, la manière de parler des femmes, de la condition des femmes, au XVIIIe siècle, l’amour, la rencontre entre deux âmes, entre deux corps, tout est parfaitement et subtilement raconté.

 De la musique. La douce voix de Damien Rice…



Bonne soirée

vendredi 22 mai 2020

Vol au-dessus d'un nid de confiné

Confinement, a-t-on dit. Confinement strict a-t-il compris. La veille du jour fatidique, il a fait partie de ceux qui firent des stocks. Il a compris quarantaine, il a compté quarante jours et il a pris plus : plus de papier toilette, plus de boîtes de conserve, de la viande congelée, des pâtes, de toutes les formes, de toutes les couleurs, du riz, 10 kilos de pommes de terre, 5 de carottes, autant de farine, 5 douzaines d’oeufs, 3 kilos de sucre, du café, beaucoup de café. Et de la bière, de la bière, de la bière. Il a fait trois allers-retours le coffre plein. Il a stocké tout ça dans son trois pièces. Des boîtes partout, jusque dans la salle de bains.

Et il a décidé de ne plus sortir du tout. Au début, il avait pris l’habitude de laisser BFM TV en permanence, en bruit de fond, histoire de se tenir informé. Mais très vite, il a trouvé cela angoissant. Il a alors passé ses journées à zapper d’un épisode de Colombo à une rediffusion de Louis de Funès. Le temps ne lui sembla pas si long. Il était tranquille, il somnolait les trois quarts du temps, il ne bougeait que pour aller à la cuisine, s’ouvrir une boîte, faire un petit frichti, manger frugalement sur un coin de table...Très vite la vaisselle s’était empilée dans l’évier. Il a donc décidé de remédier à cela en mangeant directement dans la casserole.

Il a perdu la notion du temps. Il n'aurait pas su dire quand. Mais le jour et la nuit se sont soudain enchaînés sans que cela ait désormais la moindre importance. Seul le retour régulier de la batterie déchargée de son téléphone semblait rythmer sa vie. Il faut dire qu’il jouait beaucoup, à Candy Crush, à Pet machin, à Farm truc. Il alternait les parties et puis ces applications avaient offert du temps de jeu, spécialement pour le confinement. Il pouvait y passer des heures sans même s’en rendre compte. Il finit par trouver une rallonge et laissa son portable branché en permanence.

Rapidement, il ne prit plus la peine de se laver et de s’habiller. Depuis combien de temps portait-il le même caleçon ? Cela n’avait aucune importance : personne d’autre que lui pouvait être gêné par l’odeur ou la couleur suspecte. Il dormait autant qu’il le pouvait, ne se levait que quand son estomac ou sa vessie se rappelait à lui. Il lui semblait que depuis l’adolescence, il n’avait jamais été aussi heureux. Une fois ou deux, sa fille, la quarantaine et qui habitait à l’autre bout de la France, l’appela. Elle s’inquiétait, elle semblait nerveuse. Il ne comprit pas vraiment pourquoi : il la rassura. Je vais bien, j’ai tout ce qu’il faut.

Il perdait pied, mais il ne s’en rendait pas compte.

Plus rien de rationnel dans son comportement : plus d’horaire, ni pour dormir, ni pour manger. Plus de petit-déjeuner, plus de déjeuner, plus de dîner. Non, juste des boîtes de raviolis entamées, juste des pommes de terre sautées à n’importe quelle heure du jour et de la nuit. Il mangeait selon ses lubies du moment : il passa une semaine à ne faire que du riz, si bien que ses intestins se détraquèrent, eux aussi, tout à fait.

Un mois passa. Le soir, parfois, désormais, à 20h, il était alerté par les applaudissements aux balcons et aux fenêtres. Alors, une fois de temps en temps, quand il ne dormait pas, quand il n’était pas complètement abruti par une partie interminable de Tetris ou de Solitaire, quand il n’était pas absorbé par les circonvolutions verbales d’un inspecteur à imperméable crado, il sortait la tête à la fenêtre pour voir les gens. Il était ravi par ces acclamations. Le premier soir, timidement, il s’autorisa quelques clap clap. Il ne se fit pas remarquer et referma bien vite la fenêtre. Puis il s’enhardit. Il cria des bravos, des hourras, des youyous. Il était enthousiaste et cela le défoulait de ses longues journées sur son canapé. Il n’avait pas fait usage de sa voix depuis des semaines, il faut se rendre compte ! Et soudain, il criait à la fenêtre, chaque soir, pendant 5 bonnes minutes. Il se mit carrément à attendre avec impatience ces moments-là. Pour ne pas les manquer, il installa une alarme sur son téléphone. Il se mit à chercher des moyens de faire plus de bruit, pour se faire remarquer, parmi ses voisins. Une gamelle, une cuillère en bois. L’ampli de sa chaîne hi-fi, pour diffuser une chanson. Un matin, il se leva avec la ferme intention de vérifier l’état de sa vieille guitare électrique pour tenter un petit solo au balcon. Le soir même, il tentait une sorte de grincement sinistre. Cela ne donna rien de très mélodique. Cela fit du bruit. Les voisins exultèrent. Il rentra heureux au bout d’un bon quart d’heure d’applaudissements.

C’est à ce moment-là que tout bascula. Il se mit à penser, du soir au matin et tout le jour que les applaudissements de 20h étaient pour lui. Que les gens l’attendaient. Il régla alors l’alarme de son téléphone une minute plus tôt pour sortir, pour se préparer. Il sortait sur le balcon dans des accoutrements improbables. La journée lui servait à trouver de vieux chapeaux à les agrémenter de ce qu’il trouvait, du papier d’alu, des couvercles ou des fourchettes. Il dégota un boubou dans le fond de son armoire, des guirlandes de Noël, des fleurs en plastique...Il passait son temps à confectionner ces costumes ridicules, il était persuadé d’être David Bowie, Elton John, Lady Gaga. Son public l’attendait, chaque soir, au balcon. Il fallait qu’il soit à la hauteur. Il fit alors des vocalises une demi-heure avant pour échauffer sa voix. A court d’idée, un matin, il se mit en tête d’apprendre une chorégraphie. Le soir, les gens riaient, criaient, applaudissaient à tout rompre. Et il saluait, il faisait de grands signes. Il était Johnny au stade de France.

Puis vint la fin du confinement. Les cloches ne sonnèrent plus à 20h. Les gens ayant repris le cours de leur vie, oublièrent subitement ce moment convivial. C'était le soir d'après et il n’avait pas réalisé. Il avait pourtant fait fort : il était en caleçon, un joli caleçon rose avec de gros coeurs rouges, un caleçon qu’on lui avait offert pour son départ en retraite, une blague de ses collègues, un accessoire de farces et attrapes, qu’il n’avait même jamais sorti de son emballage, jusqu’à ce soir. Et il était là, seul à son balcon, avec ses kilos en trop, avec son ventre de buveur de bière et avec son caleçon rose. La blague, ce qui était pour lui le clou du spectacle, c’était son masque. Il était en caleçon et en masque.

Mais personne n’était là pour le regarder. Décontenancé, démuni, soudain se sentant plus nu qu’un enfant à sa naissance, ridicule, il se jeta de son balcon.

jeudi 21 mai 2020

En suspens

Le déconfinement est achevé, j’ai l’impression, la vie a repris son cours. Hier soir, nous étions chez des amis, une soirée d’été, autour d’un feu, une belle soirée à rire, à chanter, à se raconter le confinement, le télétravail, les projets en suspens. Une soirée normale, même si on a failli se faire la bise dix fois, en arrivant, en repartant et que c’était difficile de ne pas céder à ce plaisir simple, à ce geste si naturel.

On aura peut-être un retour de bâton. En attendant, les projets sont en suspens et c’est cela qui nous rappelle que tout n’est pas absolument normal.

Pour la mairie, les travaux, les projets, l’urbanisme, toutes les belles idées de la campagne électorale sont comme gelés, confinés, pour l’instant. Ce qui signifie aussi que pour les entreprises, la reprise n’est pas encore là. Une chose est certaine, au moins, jusqu’au prochain aléa, le conseil municipal d’installation va enfin avoir lieu. Ce sera lundi prochain. De ce côté-là au moins, nous allons enfin pouvoir retrouver une certaine tranquillité.

Pour le collège, nous avons eu une réunion virtuelle hier, avec les collègues, pour préparer le retour en classe, début juin, progressivement. Ce sera frustrant, là aussi : nous n’aurons que quelques élèves présents physiquement, nous devrons les regrouper par niveau, nous ne retrouverons évidemment pas nos classes, nos élèves. Nous allons finir l’année de manière bâtarde, en laissant en suspens les séquences commencées virtuellement. Nous ne reverrons probablement pas une dernière fois tous les 3e que nous avons quittés précipitamment en mars et qui seront au lycée en septembre. Tout aura un goût d’inachevé. Nous avons tenté d’envisager la rentrée de septembre, aussi, mais là encore nous sommes dans l’incertitude la plus complète : les conditions sanitaires seront-elles encore les mêmes ? Devrons-nous maintenir des groupes de 15 élèves ? Faire des roulements, avoir des élèves en classe virtuelle et d’autres au collège ? Comment seront gérés les déplacements dans ce collège déjà trop petit en temps normal ? Et les toilettes ? Et les récrés ? Rien ne sera simple. Tout est flou.

Pour la vie, les vacances, la famille, c’est tout aussi frustrant : les réservations sont annulées pour certains. Les voyages, mêmes prévus de longue date ne pourront probablement pas se concrétiser. Je n’ai toujours pas vraiment pris la décision d’aller voir ma mère. J’ai toujours le sentiment d’être un risque pour elle. Me faire tester est une option. Avec le risque d’être positive et de contraindre les gens avec qui je vis et je travaille à une quarantaine.

Mais prenons les problèmes les uns après les autres. Si cette crise nous apprend à être un peu moins dans le contrôle et la planification, ce sera peut-être un bien pour notre santé mentale, non ? Alors ce midi, j’ai fait de la truite au four, avec du citron, du thym, de l’huile d’olive. Un beau filet de truite rose du Sundgau. Avec des tagliatelles, des tomates, des courgettes. On a mangé sur la terrasse, le temps est radieux.

Tout va bien.


mardi 19 mai 2020

Positive attitude

Est-ce que j’ai la négative attitude ? Je ne suis jamais vraiment positive, en vérité. On va tous mourir et le monde court à sa perte. Mais malgré tout, je cultive une certaine joie de vivre. Je sais voir la beauté des choses. J’adore les vanités, ces tableaux en vogue au XVIIe siècle. Une rose qui se fane, posée à côté d’un crâne, une plume, un encrier, une belle ambiance boisée d’un riche intérieur. La nature, l’art. J’aime la vie. J’aime les femmes, j’aime la beauté. Le vin et les mets raffinés. Cela suffit au bonheur. Mais peut-on être pour autant béat d’optimisme ? La tête de mort est toujours là et la rose se fane. En ce moment particulièrement, et tout au long de l’histoire, évidemment. Les hommes se foutent sur la gueule pour des motifs futiles, la société est un bordel joyeux de viols et de meurtres, de génocides, d’horreurs en tout genre. Nous vivons sans doute une des périodes les plus sereines de l’histoire, pourtant. Les plus prospères, les plus évoluées. Sérieusement. L’épidémie, c’est une chose que l’histoire a déjà vue. On s’en sortira, ce n’est qu’un aléa. Je sais que c’est un aléa malheureux, dramatique, pour beaucoup d’entre nous. Mais nous n’avons pas la guerre, la faim, nous n’avons pas les horreurs de la Seconde Guerre mondiale. Même si le système de santé est loin d’être parfait, nous n’avons pas les conditions sanitaires déplorables des Poilus pendant la Première Guerre Mondiale.

En réalité, nous vivons dans une société de l’abondance sans même nous en rendre compte. Nous nous plaignons toujours comme des enfants, alors que nous aurions tout pour être heureux, si seulement cette abondance était mieux partagée.

Pour ce qui est du monde tel que nous le connaissons, oui, il va devoir évoluer, il va devoir s’adapter. C’est toujours le cas. Après une guerre, le monde doit se reconstruire. La Seconde Guerre Mondiale a causé la destruction des villes sous les bombardements, une société divisée, le retour des prisonniers traumatisés à vie. Et il en est sorti la Sécurité Sociale. Un État plus protecteur, une société plus prospère et un (tout petit peu) plus juste. Rien ne s’est fait en un jour, pourtant. La reconstruction a duré des années. Il ne faut pas oublier qu’après la guerre il y a eu des tickets de rationnements plusieurs années encore, une lente reconstruction, des vies bouleversées, un exode rural massif…

Le changement le plus caractéristique, le plus “révolutionnaire”, quand on y pense, c’est l'agriculture, entre 1945 et nos jours. Nous sommes passés très vite (à l’échelle d’une vie humaine) d’une France rurale et paysanne à une France industrielle et tertiaire. 6 millions d’agriculteurs en 1940, moins de 500 000 aujourd’hui. Etait-ce une révolution qui allait dans le bon sens ? Je suis personnellement persuadée que non, parce que ce fut le début des intrants chimiques, la fin des haies, le labour qui détruit la terre, la fin de l’agriculture vivrière et locale et le début de l’agrochimie alimentaire de masse, en un mot de la malbouffe. Mais cela prouve une chose : on peut changer de modèle de société en une trentaine d’années. Si c’est possible pour le pire, ce devrait l’être pour le meilleur. 

Dans cette petite crise du corona virus, la France n’a pas vu ses infrastructures détruites, sa population décimée, et nous avons du ressort.

Si nous étions un peu malins, nous tenterions de réinventer une société plus en adéquation avec nos besoins réels. Peut-être sommes-nous allés trop loin dans cette société de consommation. Peut-être est-il temps de faire une sorte de diète collective. Nous ne serions pas moins heureux si nous allions en Ardèche en vacances plutôt qu’en Thaïlande. Plus facile à dire pour moi qui suis déjà allée en Thaïlande que pour ceux qui n’y sont encore jamais allés. C’est l’apprentissage d’une petite frustration. Et il y a tant de pays que je n’ai pas encore visités...Mais je peux y aller quand je veux avec Google Earth, finalement. Et puis le tourisme a ses limites. Que voyons-nous vraiment du monde dans nos courses folles ? Et le raisonnement doit être le même pour les technologies, les voitures qui se garent toutes seules, les téléphones qui font tout, sauf la vaisselle, mais cela ne saurait tarder...Ce qu’on prend, ce qu’on jette, c’est la question à se poser. Cela ne se fera pas en un seul jour. Il faudra du temps, de la volonté politique. Pour l’agriculture, après la guerre, il y a eu les traités européens, le Plan Marshall.

Pour nous, pour l’instant, c’est mal parti, parce que nous avons peur (et nous avons des dirigeants politiques qui ont peur). Parce qu’il est toujours plus confortable d’être conservateur : c’est-à-dire vouloir faire durer les choses telles que nous les avons toujours connues. C’est un réflexe humain, cette recherche du confort. Mais je suis une progressiste. Il faut aller de l’avant. Il faut proposer, inventer, créer des solutions nouvelles, pour que chacun puisse profiter du progrès pour vivre une vie confortable, sans nuire aux autres et à la planète. L’industrie était déjà en train d’évoluer, bien avant le COVID, le travail sera différent, la société doit donc trouver d’autres moyens pour avancer. Je crois à l’idée de revenu universel, je crois que chacun doit pouvoir trouver une place dans la société, la place qui est la sienne, la place de l’artiste, celle du créateur, celle de l’artisan, celle de l’intellectuel, celle de celui qui veut être utile aux autres, l’agriculteur, l’ouvrier, le “soignant”, l’aidant... grâce à l’assurance de pouvoir se nourrir, se loger, se soigner sans souci. Cela ressemblait à une utopie (toujours un peu, non ?), il y a à peine trois ans encore, lorsque Benoît Hamon a présenté cela dans son programme. Je crois qu’aujourd’hui, on devrait pouvoir reconsidérer la question. Sérieusement, à l’aune de cette période que nous venons de vivre. Durant le confinement, des artistes ont joué des concerts gratuitement, pourquoi ne seraient-ils par rémunérés par un revenu universel ? On a redécouvert toute l’utilité des éboueurs, des caissières, des agents d’entretien des villes et des entreprises, des professeurs, des personnels soignants, des aides à la personne de tout poil, des agents des services publics en général, des agents d’EDF qui ont continué de produire de l’électricité pour que les gens puissent continuer de vivre dans le même confort… Et j’en passe. Tout le monde a son utilité. Tout le monde devrait pouvoir s’assurer le minimum vital pour le rôle qu’il joue dans la société. Même si certains ne peuvent pas, alors, c’est la solidarité de la société entière qui doit prendre le relais, dans une société qui ne donne plus vraiment de place aux plus fragiles, aux plus vieux, aux plus malades, aux plus handicapés, aux moins chanceux à la roulette de l’intelligence ou des capacités physiques.

Et l’agriculture, dans tout ça...pourquoi y a-t-il aujourd’hui moins de 500 000 paysans pour nourrir 70 millions de Français ? C’est une aberration...vous ne trouvez pas ? On mérite de la qualité, des produits locaux, des exploitations de plus petite taille qui vivent vraiment de leur travail et respectueuses de l’environnement...

Utopie ?


lundi 18 mai 2020

Où il est question de ma boulangère, de Bioman et de dématérialisation

Au fait, je n’ai toujours pas de fièvre.

La boulangère me disait tout à l’heure que le matin, il y avait un peu plus de monde, mais que l’après-midi était encore un peu mou. Que les gens avaient gardé l’habitude de sortir moins et de faire des stocks plus importants.

Les usines n’ont pas encore repris. Les écoles ont repris en mode tout doux. Quand les élèves se rendent compte qu’ils ne sont pas avec beaucoup de copains et que ce n’est pas leur maître habituel, ils ne veulent plus y retourner. Et pas sûre que ce soit bien marrant, pour des enfants, de “respecter les gestes barrières et la distanciation physique”. Ces expressions...Je m'imagine toujours en train de prendre des poses à la Bioman, quand je les entends.



Les gens continuent de faire des stocks et leur pain à la maison. Je crois que beaucoup pensent qu’on sera reconfinés. Encore un mot nouveau. Après le déconfinement, le reconfinement. Les correcteurs orthographiques s’arrachent les cheveux.

On apprend à l’instant que la Chine va reconfiner 108 millions de personnes, après l’apparition de 34 nouveaux cas de COVID-19 dans le Nord-Est du pays. Cela me paraît complètement disproportionné, mais je ne suis pas infectiologue et encore moins Chinoise. Hier, en France, on a compté 483 morts de cette maladie. On a passé les 28 000 morts.

Le bilan repart à la hausse, mais il faut aussi que l’économie reparte à la hausse. Le commerce souffre, même des enseignes nationales comme André ou Alinéa. On peut se demander si la crise n’a pas bon dos, mais il est incontestable que ça n’arrange pas les choses. Au niveau local, la boulangère n’a jamais arrêté de travailler, mais elle a divisé par deux le nombre de clients. Qui peut-être achetaient le double...Mais beaucoup ont complètement fermé boutique. On dit beaucoup que les coiffeurs vont se faire des ciseaux en or, mais une fois les cheveux coupés, ils ne repousseront pas plus vite ensuite, ce qui veut dire qu’après une grosse semaine qui ne compensera pas 2 mois sans recette, le rythme classique va reprendre. Beaucoup ont encore des réticences à aller essayer des vêtements, beaucoup se demandent comment aller dans les grandes surfaces en toute sécurité. C’est encore les commerçants en ligne qui vont continuer de s’en mettre plein les poches. Et c’est peut-être là le vrai changement de société. On va continuer de tout dématérialiser : les achats, les réunions, le boulot, les apéros, les rapports humains.

 Est-ce un mal, un bien ? On verra bien...

dimanche 17 mai 2020

Je ne veux plus parler des masques

Nous avons marché un peu, sur la véloroute et dans les bois. La nature est belle. La pluie de ces derniers jours a fait pousser l’herbe et nous nous croirions presque en été : les grillons chantent, les trèfles sont fleuris, les lilas et les pivoines ont achevé leur courte saison et laissent déjà place aux glaïeuls dans les jardins. Il a foutu le camp, le temps du lilas, le temps de la rose offerte…

Nous avons croisé beaucoup de promeneurs, beaucoup de vélocyclistes, de familles en goguette. Pas plus, pas moins qu’un mois de mai ordinaire. Personne avec un masque.

Je ne veux plus parler des masques.

Le sujet est tellement sensible que dans le XVIIIe arrondissement de Paris, une distribution gratuite a dû se faire avec un encadrement de soldats en armes. Je comprends bien cela, parce que même à Audincourt, les gens sont tendus comme des strings sur le sujet. On a l’impression de distribuer des billets de 500 € tant les gens sont prêts à tout pour en obtenir. En plus, certains ont l’impression que c’est un dû. Sans doute parce que Macron a dit que les villes allaient en distribuer. C’est nullement une obligation pour les collectivités, cependant. Nous n’avons pas eu de subvention pour cela et c’était une belle galère pour trouver des masques dignes d’être distribués. Comme quand le monde entier veut la même chose en même temps. Et ne parlons pas des arnaques, des vols, des grèves des transporteurs. Les couacs se multiplient. Ici, ce sont des masques trop petits, là ce sont de vieux torchons ou des sortes de couches (oui, je sais, il paraît que ce sont ceux-là les plus performants), là-bas, c’est un masque FFP1 qui peut donc servir 4h et doit être jeté. Bref, quoi qu’on fasse, les mécontents sont légions. On aurait pu faire le choix de n’en donner qu’aux plus démunis, on a fait le choix d’en distribuer deux par foyer. Ce choix est contesté. On a choisi de les distribuer en boîte à lettres, certains découvrent que les facteurs ont bien du mérite pour trouver toutes toutes les boîtes. D’autres villes ont mis en place un système de drive. Difficile de contrôler ceux qui sont venus plusieurs fois et comment s’assurer que ceux qui n’ont pas de voiture en ont eu un ?

Bref, c’est un casse-tête, pour un bout de tissu. Ceux qui râlent le plus sont peut-être ceux qui ont de quoi se payer un masque tout seul. Mais c’est le lot des élus que de faire face aux “haters” de tout poil. Ceux qui croient savoir. Ceux qui pensent que tout est un immense complot contre leur petite personne. Ceux qui pense que tout leur est dû parce qu’ils payent des impôts. Ceux qui pensent qu’on sert en premier ceux qui ont voté pour nous, parce qu’on sait exactement qui a voté pour nous dans une ville de 15 000 habitants…

Tout cela n’a pas d’importance et sera vite oublié.

Aujourd’hui, c’est aussi la journée de lutte contre l’homophobie et contre la transphobie. C’est plus important que cette histoire de masques. Dans le monde entier, il y a encore 70 pays qui pénalisent l’homosexualité, parfois jusqu’à la peine de mort. En France, on risque les agressions, les insultes et la violence intra-familiale. Durant le confinement, ce fut pour certains un enfer que d’être enfermés avec leurs bourreaux. L’association le Refuge fait un travail colossal pour permettre aux jeunes victimes de s’extraire d’un milieu familial hostile. Pour avoir moi-même vécu un coming-out difficile, je sais combien cela laisse des traces pour la vie. Le rapport au corps, au désir, à l’autre, la crainte qui est toujours là, le manque de confiance en soi. Et parfois, ce sont les coups, les humiliations, la violence physique qui s’ajoutent à la violence psychologique. Simplement parce qu’on veut être soi-même et qu’on n’a pas le choix. La lutte contre l’homophobie commence en chacun de nous, au plus intime. C’est tout d’abord poser la question de la norme et surtout la capacité d’interroger ses propres désirs.

Qui, parmi vous, a décidé de quoi que ce soit par rapport à ses désirs et à ses sentiments ?

Bonne soirée !