vendredi 31 juillet 2026

Ecoanxiété


Il faudrait que l'on retrouve l'innocence, 
Qu'on soit capable de donner un sens. 

Il y a eu des bidons d'essence, 
Des cigarettes et des moments d'absence, 

On a dit pardonnez-nous nos offenses...

L'étincelle, puis l'apocalypse
Le monde brûle et on se crispe.

On appelle cela écoanxiété et ça nous a saisi, au cœur de l'été.

L'été s'éternisait, au bord de la rivière, et en rentrant d'un séjour à la campagne, ce qui me sauta à la gorge, immédiatement, ce fut le parfum triste de la nature urbaine. 

Comme une angoisse profonde, l'odeur surette de la chaleur mêlée aux hydrocarbures planta son éperon pointu au fond de ma gorge. Un air chargé des miasmes de la journée, du goudrons qui laisse s'envoler des particules dans des vapeurs qui tremblent au-dessus des routes. Tout était lourd, vicié.  L'eau de la rivière était immobile et glauque, et les algues qui remontaient à sa surface étaient comme les symptômes d'une maladie de peau : elles formaient des cloques vertes, purulentes, pestilentielles. L'herbe était râpée, desséchée, au pied des arbres dont les feuilles déjà roussies par les canicules, végétaient. Même les plus beaux chênes, les saules les plus imposants du parc se demandaient ce qu'ils faisaient là. Ils regrettaient les forêts, les rives sauvages de leurs aïeux.

Ils avaient tort de regretter. Les forêts qui couraient sur la montagne subissaient aussi les grandes sécheresses. Leur répétition, été après été, les épuisaient, et en cette fin juillet, ils avaient déjà des allures d'automne. Des grandes parcelles de sapins étaient sclérosées par les scolytes, les hêtres faisaient de larges traînées jaunâtres sur les flancs exposés au soleil. Les ruisseaux, au fond des vallées, étaient réduits à des serpents de boue et la flore devaient plonger de plus en plus loin pour que ses feuillages ne prennent pas cet air triste de chien aux oreilles basses.

 A la télé, durant tout le mois qui venait de s'écouler, le monde s'était écroulé.

On ne voyait que les grands feux, partout. Aucune région ne semblait épargnée. Partout les scientifiques nous expliquaient que tout était prévu de longue date. Aucune surprise : on savait qu'en augmentant les émissions de CO2 dans l'atmosphère, on créait inévitablement des dômes de chaleurs, des canicules, des dérèglements climatiques, à cause de la hausse de la température globale. C'est même assez simple à comprendre. C'était mécanique, physique. Mais les politiques ont délibérément pris le parti de ne rien comprendre. Parce qu'il fallait prendre des décisions qui auraient ressemblé à des punitions, parce qu'il aurait fallu limiter drastiquement l'utilisation des énergies fossiles. Notre société entière était basée sur le pétrole, depuis le premier bus du matin, jusqu'au Tupperware dans lequel on met les restes de pâtes du dîner. Notre brosse à dents, nos tee-shirts, nos matelas, nos voitures, nos routes, nos cahiers, nos stylos...Tous les recoins de notre vie : les manches des marteaux, les couvertures des livres, les paillassons...Tout, absolument tout ce qui nous entoure est lié à l'économie du pétrole. Et nous devrions tout remettre en question. Tout changer. Ce n'est pas un programme politique possible. 

 


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