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samedi 25 juillet 2026

Il n'y a rien - Le roman !


Vous n'avez pas eu le courage de lire tous les épisodes ? Pas d'inquiétude : le roman vient de sortir ! 

Vous pourrez le lire, le relire, le poser à l'envers pendant votre sieste, le reprendre juste après, le lire dans votre lit, au bord d'une piscine ou dans un train ! Vous pourrez l'emporter à la montagne et à la mer ou l'offrir à quelqu'un que vous aimez ! 

 Il n'y a rien est pour l'instant disponible en exclusivité sur le site lulu.com

Un clic, un paiement sécurité et vous le retrouverez bientôt dans votre boîte à lettres ! N'hésitez pas !

 

samedi 16 août 2025

Téléchargez Étrangeté urbaine

 




En cliquant sur ce lien, vous pouvez télécharger le fichier PDF de la nouvelle 

Étrangeté urbaine !

 

vendredi 15 août 2025

Étrangeté urbaine : épisode 15

 


Un petit comité s'était donné rendez-vous pour être à 9h pétantes devant la mairie. Nous n'avions pas de rendez-vous, mais nous ferions le forcing, quoi qu'il se passe. 

Les tenants de la municipalité n'étaient pas des amis. 

En 2026, une campagne agressive sur le thème de la sécurité et sur les économies drastiques à faire sur les services publics. Quelques événements tragiques en janvier, à quelques mois des élections firent monter la pression : un SDF avait poignardé un commerçant et quelques faits divers liés aux trafics de drogue avaient émaillés l'hiver, montés en épingle par une presse avide de polémiques. 

L'extrême droite en avait évidemment profité pour fustiger le laxisme de la gauche, pour faire valoir ses idées de rejet et de haine de l'autre. Les coupables étaient toujours les mêmes : les assistés, les profiteurs, ceux qui prenaient l'argent des bons Français et mettaient le bazar partout. 

Une conjoncture nationale et internationale favorable à ces idées, une multiplication de listes électorales divisant les voix des plus modérés et à 2 ou 3 pourcents près, le RN passa au second tour. Ce fut une déception sans précédent pour une ville historiquement de gauche depuis la fin de la 2e guerre mondiale.

Durant la première année de mandat, les nouveaux élus n'avaient pas fait de miracle, découvrant qu'on ne fait pas vraiment ce qu'on veut avec la sécurité. Cependant, des choix politiques radicalement différents des précédents furent fait : la suppression de beaucoup de services du centre communal d'actions sociales, notamment, permirent beaucoup d'économie. Le service culturel fut quasiment complètement sacrifié : plus de festival de musique du monde, plus de manifestation prônant l'agriculture locale et biologique, plus de musée, une médiathèque à l'agonie. Là encore, les caisses se remplirent. Mais on ne voyait pas bien à quoi cela servait de supprimer pour supprimer. 

On a compris quand la ville fut rachetée : l'iA allait remplacer le centre de santé, les actions sociales et la culture. Quand tu as Sardou pour meilleur copain, pas besoin de festival !

Mais les conséquences étaient telles qu'il faudrait maintenant rendre des comptes à la population. Et nous étions là pour ça. 

Dès que les portes s'ouvrirent, nous nous adressâmes à l'accueil, en exigeant de voir madame le maire. On nous rétorqua que l'on n'avait pas rendez-vous. Nous sortîmes donc les banderoles, les cornes de brumes et les fumigènes. Quelques supporters du FCSM nous avaient fourni tout ça.

Grâce à ce tapage, plusieurs élus déboulèrent dans le hall. Ils nous reçurent. Froidement. Sans même nous regarder dans les yeux. Nous étions là pour leur reprocher d'avoir vendu la ville que nous leur avions confié par les urnes à une multinationale. Pour les mettre devant leurs responsabilités. 

Ils bredouillèrent que l'iA était l'avenir, qu'il fallait se rendre compte de notre chance. Ils n'y croyaient pas, mais ils récitèrent les éléments de langage fournis en échange de leur signature. Eux, ils avaient sans doute eu un rabais sur l'abonnement. Ils tentèrent de nous parler de culture pour tous, d'accès aux nouvelles technologies, du manque de médecin qu'on pouvait pallier grâce à l'iA. Mais 15 jours d'essai avaient permis à tous de se rendre compte que c'était n'importe quoi. 

Nous avons promis que nous n'en resterions pas là.  

 

mercredi 13 août 2025

Étrangeté urbaine : épisode 13

 


J'ai tourné les choses dans ma tête. J'avais très peu de temps pour me retourner. Je ne me faisais pas d'illusions : une multinationale comme You-TOP-iA avait bien évidemment verrouillé toutes les possibilités juridiques. 

J'aurais pu commencer mes cartons, prospecter pour trouver une location dans une ville voisine et laisser tomber. Mais l'idée me restait coincée dans la gorge. Je n'avais pas envie de céder. 

Je savais bien que si je restais dans mon logement, je serai délogée manu militari et que je ne sauverai même pas mes affaires. Il fallait que je trouve autre chose. 

Je me suis dit, très vite, que je n'étais sûrement pas la seule. Pas la seule à refuser, pas la seule divergente. Il fallait que je trouve des alliés dans la bataille. 

Je repensais, un peu triste, à tous les zombies que j'avais croisés ces derniers temps : ces voisins, c'est amis complétement intoxiqués par l'iA et pendant un instant, j'étais tenté par le découragement. Et puis, je repris espoir. Il y avait Éliane, Natacha, Florent, Patrick, Michelle, Noëlle, Christine, Christiane, Kamel, Adina, Odile...Il y avait tous ceux qui refuseraient sûrement le racket imposé par cette entreprise.

J'ai décidé de m'organiser : j'allais contacter toutes les personnes dont j'avais le numéro de téléphone, pour commencer, puis tous les gens de mon immeuble, ceux de ma rue...Le plus de monde possible. Quitte à être une divergente, autant entraîner le maximum de monde avec moi. 

J'ai essuyé quelques réponses timorées, il faut bien le reconnaître : "Non, on va prendre le forfait à 99,90€, finalement, qu'est-ce que c'est, hein, pour avoir la tranquillité...On verra bien si on prend quelqu'un à la maison..." 

J'ai eu des réponses beaucoup plus passionnelles : "Non, j'adore trop ma nouvelle vie, je ne peux plus m'en passer ! Figure-toi que...Michel Sardou...Patrick Sébastien...Brigitte Bardot...Marine Le Pen...(rayez les mentions inutiles) est mon (ma) meilleur(e) ami(e), maintenant ! C'est le kif !" 

Bon...pas de regret...

D'autres étaient encore plus enthousiastes, pour des raisons encore plus scabreuses et étaient prêts à payer le forfait Premium...Allez comprendre ! 

J'ai continué ma tournée et j'ai commencé à rencontrer la détresse de beaucoup : "J'ai passé ma vie à travailler pour posséder ma maison, pour avoir un toit sur la tête, et aujourd'hui, un contrat signé en mon nom m'en dépossède ? C'est injuste ! C'est épouvantable ! Tout ça pour quoi ? Pour un gadget débile, pour un truc qui te conseille de faire une quiche quand il te reste des œufs et du jambon dans le frigo ? Comme si je n'étais pas capable de penser par moi-même !"

J'avoue que je n'avais pas tellement de plan, juste une vague idée derrière la tête...Un mot d'ordre : "Révolution !", comme disait Éliane...

Mais je partis seule au matin, et le soir venu, nous étions 500...

Nous n'avions plus que 24h ! 

dimanche 10 août 2025

Étrangeté urbaine : épisode 10


À l'issue de cette première semaine, au soir du dimanche précédent la seconde, je décidai de faire le point. Il m'apparut évident que je m'étais laissée aller à la paresse, que j'avais profité de cet outil merveilleux qu'était l'iA pour n'importe quoi !

Soyons honnêtes, tout cela n'était que du gadget : sans l'iA, j'aurais mis cinq minutes à remplir mon formulaire CAF et à l'envoyer, tout au plus. J'aurais très bien pu me faire à manger en regardant le contenu de mon frigo et en réfléchissant un peu. J'aurais pris rendez-vous en cherchant un dermato sur Doctissimo et j'aurai sans doute eu un créneau, en visio ou pas. J'aurais fait mes courses toute seule, comme je l'avais toujours fait. Et j'aurais sans doute été encore plus créative que la machine pour occuper les enfants. 

C'est un luxe, que de claquer des doigts et d'être assister comme cela. 

Mais le luxe n'est pas désagréable. 

Il me restait une semaine pour éprouver un peu plus ces innovations : est-ce que toutes ces technologies, toute cette énergie, toute cette véritable intelligence - humaine - mise en œuvre pour inventer cela ne méritait pas mieux qu'un vague dialogue avec des stars mortes, ou qu'une liste de courses, qu'une fonction agenda sur son téléphone portable ?

Au soir de cette première semaine, j'ai fait le compte, aussi, du nombre d'emplois que cela allait faire disparaître : tout le secteur de l'aide à domicile, tous les travaux de secrétariat, d'écriture, de logistiques...

Vivre dans une ville assistée par l'iA, c'était vivre dans une ville avec 80% de chômeurs, non ? Dès lors, il y aurait des laissés-pour-compte. Il y aurait ceux qui restent au bord du chemin...

Comment renverser la machine ? Comment se servir de cela à bon escient ? C'était une question large : une question d'économie, de philosophie, de morale. D'humanisme.

Durant ma seconde semaine, je me le promis : il faudrait que je renverse la machine, que je me serve de l'intelligence artificielle intelligemment...Si cette intelligence l'est vraiment, pourquoi ne nous en servons-nous pas pour sauver le monde, les Palestiniens ou les Ukrainiens ?

J'en étais là de mes réflexions quand mon téléphone, mon bon vieux téléphone a sonné : c'était le dermatologue de Joinville-le-Pont qui me rappelait, affolé. L'intelligence artificielle, c'est bien, mais ce n'est pas toujours suffisant. Pris d'un affreux doute sur ce qu'il avait diagnostiqué, il m'avait pris en urgence un rendez-vous chez un collègue près de chez moi. Il valait quand même bien mieux vérifier avec une biopsie ce vilain grain de beauté...Sans s'affoler outre mesure, naturellement. 

En même temps ou presque, j'ai reçu un mail de la CAF m'indiquant qu'il manquait des documents à ma déclaration...

L'iA, parfois.. 

 

samedi 9 août 2025

Épisode 9 : Étrangeté urbaine

 


J'ai trouvé cela incroyable, de cuisiner avec Anne-Sophie Pic. Mon frigo était presque vide, mais elle avait quand même réussi à me faire un gaspacho merveilleux avec quelques tomates et un vieux concombre, un tataki de bœuf avec un morceaux de viande qui traînait au fond du congélateur, et une sorte de cheese cake aux pommes avec un yaourt et quelques fruits flétris. 

Je n'en revenais pas. 

J'ai passé toute la première semaine d'essai à apprécier ces avantages qui me semblèrent soudain indispensables. Comment avais-je fait pour vivre sans, auparavant ? On avait tous déjà eu cette sensation, vous le savez bien : comment avait-on fait avant le GPS ? avant le téléphone portable ? avant la machine à laver ? 

Les jeunes nés après les années 1990 ne pouvaient pas même imaginer une vie sans téléphone portable. 

Pour l'iA, l'histoire ne faisait que se répéter : pendant la semaine, j'eus un papier à remplir pour la CAF, un rendez-vous à prendre chez un dermatologue, des courses à faire, des activités à planifier pour les vacances avec mes petits neveux (6 et 11 ans), une expertise à réaliser dans la vieille maison de ma mère...Il me suffisait de demander et j'étais exaucée. C'était d'une simplicité enfantine : je disais et l'iA faisait. 

"Dis, iA, remplis-moi ce formulaire et envoie-le à la bonne personne !" La simplicité même : mes coordonnées pré-renseignées, le mail partit dans la seconde. 

"Dis, iA, trouve-moi un rendez-vous rapidement chez un dermatologue !" Je croyais lui poser une colle : la pénurie médicale était une plaie de notre temps. Mais non ! L'après-midi même, en réalité virtuelle, je consultait un spécialiste exerçant habituellement à Joinville-le-Pont. Mon grain de beauté ne présente aucun risque !

"Dis, iA, on n'a plus rien à manger et le stock de papier toilette est à un niveau critique !" Hop, j'étais livrée avant même d'arriver au bout de l'antépénultième rouleau !

"Dis, iA, comment occuper Rémy et Enora, cet été ?". Des idées incroyables ont été trouvées, validées, réservées. On a fait de l'accrobranche, pêché des truites, visité des grottes, pris des petits trains. 

"Dis, iA, il me faut une expertise pour la maison de ma mère" Un scan plus tard, je savais que la vieille bâtisse était classée F et qu'il fallait que j'engage un électricien pour refaire tout le réseau qui datait de 1982 et qui était complétement obsolète. 

Je n'en revenais pas. A chaque fois, je restais dans mon canapé, et une armée virtuelle de larbins était à mon service. 

Comment avais-je pu m'en passer ? Et pourrai-je m'en passer à nouveau ?  

vendredi 8 août 2025

Episode 8 : Etrangeté urbaine


 "Bonjour Céline !"

L'hologramme du PDG de You-TOP-iA parlait d'une voix grave et un peu saccadée. 

"Je me permets de me présenter : je suis Mark Zuckermusk, l'EternalPresidentGénéral de You-TOP-iA. Céline, dans notre base de données, vous êtes le matricule 312-518. Si je viens vous parler personnellement aujourd'hui..."

J'ai ronchonné : "Personnellement, mais oui, c'est ça ! C'est tellement pas crédible, tout ça ! Sans une once d'accent américain !"

L'hologramme a un peu tremblé, s'est réinitialisé et à repris, avec l'accent américain très précieux de la côte est. 

"Sorry, matricule 312-518, je prenais mon meilleur accent français grâce à l'assistance vocale de You-TOP-iA. Mais si vous préférez ce léger accent, no problem. 

Cher matricule 312-518, chère Céline, 
Si je suis devant vous today, c'est parce que je suis very inquiet de votre attitude face au programme You-TOP-iA2050 for France auquel vous avez l'amazing chance de participer. En effet, votre ville fait partie de la sélection de 12 villes françaises à avoir été sélectionnée pour participer à cette expérimentation unique. Si nous avons racheté ces 12 villes, c'est pour faire bénéficier à ses habitants et à tous les volontaires, des avantages incroyables que peut apporter l'iA ! Vous n'avez pas de friend ? l'iA est là ? Vous avez besoin d'un plombier au milieu de la night ? L'iA est là ! Vous n'avez pas de médecin traitant, l'iA est là ! You need conseils pour vos placements de cryptomonnaie, l'iA est à vos côtés, encore et toujours. La liste de ce que peut vous apporter You-TOP-iA est incredible ! 

Pour l'instant, cela peut vous sembler étrange, de parler à une star like Elvis, alors qu'il est dead depuis si longtemps, mais cela est une habitude à prendre : bientôt, vous verrez l'avantage d'avoir des amis virtuels qui ne vous contredisent jamais, qui vous love d'un love inconditionnel, qui vous permettent de vous sentir vous-même ! Et si cela vous perturbe, nous mettons à votre disposition un service de prise en charge psychologique personnalisé, via l'iA pour vous aider !

Pour l'instant, matricule 312-518,  vous bénéficiez d'une période d'essai de 15 jours : profitez-en au maximum ! 

Je vous souhaite le meilleur ! A bientôt !"

Et dans une étincelle, Mark Zuckermusk disparut de ma vue. 

J'étais peut-être une idiote. Il fallait que j'en profite, il avait raison. Et au bout des quinze jours, on verrait bien. 

Mais tout de même, être enfermée dans la ville, avoir un matricule et ne pas trop savoir ce qui nous attendait après cette période d'essai...J'avais un pressentiment désagréable. 

Je m'en débarrassais bien vite en me demandant ce que je pourrais bien me faire à manger ce midi : Anne-Sophie Pic apparut à mes côtés en me disant "Bouge pas, cocotte, je vais scanner ton frigo...on va se régaler !"  

mercredi 6 août 2025

Etrangeté urbaine : épisode 6


Le bas de la page était barré du logo you-TOP-iA. Je n'avais jamais vu ce logo nulle part. Une petite recherche me permit de découvrir que c'était une filiale d'un des GAFA les plus importants, sur laquelle l'homme le plus riche du monde avait parié, après l'échec de ses voitures électriques et autonomes. 

Il y avait un lien vers un formulaire d'adhésion : "Laissez vos coordonnées, nous vous rappellerons dans les plus brefs délais pour vous détailler nos propositions. Nous vous proposons un panel de 12 villes, désormais propriété de you-TOP-iA. Vous pourrez choisir celle qui correspond le mieux à vos désirs les plus profonds. Vous pourrez devenir partenaire premium avec un forfait personnalisé." 

Et puis, en tout petit, quand j'eus terminer de dérouler la page entière, il y avait un texte minuscule. C'était comme une note de bas de page sur une publicité pour une chaîne de hamburger : ça ne présageait rien de bon. La voix synthétique se mettait à parler très vite, en ne détachant plus du tout les syllabes : "Sivotrevilleaétéselectionnéevousbénéficiezd'unepérioded'essaidedeuxsemaines;
passécedélai,vousaurezlechoixentrelasouscriptiond'uncontrataveclasociétéyou-TOP-iA."

Étrange :  "Vous aurez le choix entre la souscription d'un contrat avec la société."

Point. 

"Vous n'aurez pas le choix", me dis-je soudain. C'était peut-être une erreur, mais j'avoue que j'avais un sale pressentiment.  

 J'ai cliqué sur le bouton "Contact". La voix iA a repris : "Bonjour. Merci de m'indiquer le motif de votre demande : parlez clairement après que le micro de votre support numérique se sera déclenché. Dites par exemple "Je veux souscrire à une offre de contrat" ou "J'habite dans une ville propriété de you-TOP-iA." Merci"

Et le micro de mon ordinateur s'est enclenché, sans mon autorisation. Je retrouvais le même sentiment de peur qui m'avait saisi en me promenant dans les rues de la ville un peu plus tôt. 

J'ai bredouillé "J'habite...dans une de ces villes". 

L'iA a repris, mécanique et souriante : "Vous bénéficiez d'une période d'essai de 15 jours ! Profitez des avantages de vivre dans notre cité idéale ! Allez discuter avec vos stars préférées, faites vous des nouveaux amis et enrichissez votre vie ! Nous reviendrons vers vous dans une semaine pour vous présenter notre catalogue d'offres. Belle découverte !"

J'étais stupéfaite. Évidemment, j'ai tout de suite pensé à Elvis Presley. Depuis que je suis toute petite, je suis fan de ce chanteur. C'est presque une obsession. Alors pouvoir parler avec lui...Cela me laissait rêveuse. 

J'ai sursauté quand la voix a repris : "Vous êtes fan d'Elvis Presley ? Vous pourrez le croiser dès demain matin à la boulangerie et commencer à lier une véritable amitié avec lui ! Faites de beaux rêves !"

J'ai refermé brusquement l'ordinateur ! Comment était-ce possible ? Je n'avais pas exprimé à voix haute mon admiration pour le King ! Le cauchemar continuait. 

J'eus du mal à m'endormir : partagée entre l'inquiétude, coincée dans cette situation surréaliste et l'impatience de rencontrer Elvis Presley, le lendemain matin, à la boulangerie... 

vendredi 1 août 2025

Un début d'histoire...


Au cours de la journée, la petite place du centre ville s'était progressivement remplie. 

C'était étonnant, puisque cette place, d'ordinaire, cernée de platanes centenaires, longée par la rivière, encadrée par le temple protestant et quelques commerces était surtout un lieu de passage, où flânaient les promeneurs de chiens, les retraités oisifs. Il y avait aussi ceux qui ne faisaient que passer, tête baissée, pressés par la vie, attendus à un rendez-vous. Et puis la cohorte des gens qui se rendent quelque part, le nez sur leur téléphone portable, perdu dans les nuages ou dans le cloud, ici mais déjà ailleurs.

C'était très différent, ce jour-là. Depuis le matin, alors que le soleil de juillet était doux, des hommes et des femmes, tous très différents, étaient venus et s'étaient assis sur les bancs, sur les marches du temple, sur les pelouses et même sur le sol. 

C'était une foule. Vers midi, ils étaient déjà une bonne centaine. Il n'avait ni tract, ni banderole. Ils ne semblaient aucunement avoir une revendication. Ils étaient paisibles. 

J'observais cela du haut de ma fenêtre. En me levant, comme chaque jour, j'ai jeté un œil au ciel, pour constater qu'il n'était ni bon, ni mauvais. Une petite clarté perçait un voile nuageux. Je pris mon café sur le balcon : la température le permettait. Chaque jour, je contemple le ballet de mes contemporains. Ce couple, par exemple, dont la dame toujours élégante tire son caddie, suivie de son mari un peu las, les mains dans le dos. Ou encore cette mamie portant la même blouse que celle de ma grand-mère et rentrant d'un pas vif, chaque matin, avec une baguette et son journal sous le bras. Rien qu'en observant la vigueur du pas, je pouvais savoir si elle avait bien dormi ou pas. Il y avait aussi Chantal, été comme hiver en sabots sans chaussette, tirant sur la laisse de son gros chien noir mal réveillé. Et puis cet homme attendant le bus, régulier comme un coucou, tirant fort sur sa cigarette électronique et propulsant dans l'air du matin de longs panaches. 

Mais ce matin-là, en plus de mes clients habituels, j'observais déjà des gens assis ça et là, des gens que je voyais pour la première fois. 

Il y avait un barbu, baraqué, le dos contre la façade du temple, les mains dans les poches. Lui, je l'avais vu arriver. Il conduisait une Twingo noire, une vieille bagnole, mais rénovée. Je me suis dit, tiens, un hipster, c'est quelque chose qui ne court pas les rues, chez nous. Et en sortant de sa voiture, au lieu de se diriger vers la boulangerie, il s'est posé là et il n'a plus bougé. Je n'y ai pas prêté plus attention. Il prenait le soleil, attendait quelqu'un, était peut-être en avance pour un enterrement qui aurait lieu plus tard au temple...Qui sait ? Je pensais déjà à autre chose, en rentrant avec ma tasse vide. 

Plus tard dans la matinée, j'ai sorti mon chien. Comme chaque matin, durant mes vacances, je savais que je rencontrerai Pierre, Paul ou Jacques, les voisins, les amis, les connaissances. Avoir un chien permet de créer des liens uniques : une caresse pour l'animal, un mot pour la patronne, on parle de la pluie, du beau temps, de l'actualité ou des travaux en ville. Mais en sortant, ce qui m'a frappé, c'est que le hipster était encore là. Toujours planté comme un flamand rose, sur une jambe, l'autre repliée contre le mur du temple. 

Et tout autour, une dame voilée, toute de beige vêtue et une femme en tailleur rose, les jambes croisées, élégamment, partageant le même banc. Un peu plus loin, un papi appuyé sur sa canne, trois ados à scolioses, recroquevillés sur leur portable, un jeune homme unijambiste dans un fauteuil roulant. Un punk à chien, une bonne sœur, un ouvrier, entre deux âges, mal rasé, avec des chaussures de sécurité...

Toute une population que je ne connaissais pas et qui ne se ressemblait pas. 

J'ai croisé un de ces gars qui passent leur vie à sillonner le quartier, un de ceux qui naviguent entre le PMU et le bureau de tabac et qui connaissent par cœur les rues, les cours, les squares et les habitants. J'adore ces types, ils incarnent souvent l'âme d'une ville. Celui-là me salue toujours vigoureusement avec un commentaire sur le temps qu'il fait, et un grand sourire. "Vous savez ce qui se passe ?" lui ai-je demandé, en désignant d'un coup de menton l'attroupement qui commençait à drôlement grossir devant le temple. Il m'a confirmé : "Jamais vu ces gens-là...un enterrement au temple ?" Et puis on a conclu qu'ils n'avaient pas l'air de se connaître les uns les autres, ne communiquant pas entre eux. S'ils étaient venus au même enterrement, ils parleraient, non ?

Je suis rentrée fissa, vers midi moins cinq, parce que le temps s'était gâté : il s'est mis à pleuvoir de grosses gouttes, une belle radée d'été, qui fit remonter du bitume chaud cette odeur nostalgique de pétrichor.  

Je n'ai pas déjeuner sur le balcon. J'ai même refermé la fenêtre, parce que la fraîcheur me faisait frissonner. 

Plus tard, c'est à nouveau avec un café à la main, que je me suis mise devant la fenêtre. J'eus du mal à le croire : le hipster était toujours là, avec une foule encore plus grande. Ceux qui étaient là avant l'averse n'avaient pas bougé : leurs cheveux, leurs vêtements, tout dégoulinait encore. La pluie avait cessé et d'autres inconnus avait rejoint le lieu : les nouveaux étaient secs. Ils adoptaient la même attitude impassibles, muets, immobiles, les yeux dans le vague. 

Je commençais à trouver cela très perturbant. Je me demandais même si je n'allais pas appeler la police. Peut-être la police municipale, d'abord, pour qu'ils se renseignent, pour qu'ils me rassurent. J'aurais pu aller demander, c'est vrai. J'aurais pu tenter de communiquer avec ces gens. Mais j'avais peur. Je me disais que de toute façon, les caméras de vidéosurveillance avaient sans doute repéré ce drôle de manège.

Pourquoi restaient-ils là, sans rien faire ? Il y avait ce grand au look et au physique de basketteur, cette femme avec son tout petit chien dans les bras, il y avait cette mère de famille avec une jupe plissée qui faisait lentement rouler sa poussette dans un va et vient régulier et interminable. Ils avaient l'air de robots, de zombies...Leurs visages n'exprimaient rien. 

Quand vint le soir, il me sembla qu'ils étaient encore beaucoup plus nombreux : des gens qui avaient l'air si "normaux", si banals, et qui pourtant inspiraient la crainte, par leur nombre, par leur présence immobile. 

Je devais ressortir mon chien : tout l'après-midi, j'avais repoussé ce moment, postée à ma fenêtre, incapable de détacher mon regard de cette foule qui grossissait sans cesse. Les gens arrivaient en voiture, ils étaient déposés là par un automobiliste qui repartait en faisant un signe de la main. Toujours des voitures différentes, là encore rien que de très "normal". Certains venaient en bus. Toutes les places de parking du secteur étaient désormais occupées. 

Mon chien réclamait et grognait pour sortir. Je n'avais plus le choix. 

En poussant la porte de mon immeuble, je me rendis compte qu'il y avait du monde jusque là, sous mon porche. Un type bedonnant, 70 ans, avec un beau collier de barbe blanche et une petite femme nerveuse d''une cinquantaine d'année, coupe au carré se rongeant les ongles. J'ai bredouillé un "Bonjour...euh...bonsoir...pardon...Je...vous voulez entrer dans..." Leurs regards sont passé au travers de moi, comme si j'avais été transparente et ils ne m'ont pas répondu autrement que par un petit non de la tête. 

J'ai tiré mon chien qui reniflait ces malpolis. On a continué, doucement, se frayant un passage parmi la foule amassée. J'avais l'impression de traverser le public d'un festival ou la foule des grands jours d'un marché animé, ou encore la cohorte des anonymes célébrant la nouvelle année sur les Champs Élysées. Sauf qu'ici, la foule n'avait pas la ferveur et l'ivresse des festivaliers. Ils n'avaient pas la joie tranquille des famille faisant le marché. Ils n'étaient pas mus par l'exaltation d'un grand soir. Non. Ils étaient silencieux, distants, froids comme la glace. Presque menaçants. Mon chien semblait le seul être véritablement vivant au milieu de ces piliers. Et je n'en menais pas large. 

(Demain, la suite...) 

   

mercredi 30 juillet 2025

Conseil lecture : Jean Hegland, Dans la forêt et Le Temps d'après


Étrangeté de l'édition française, un livre qui me semble être un véritable chef d’œuvre littéraire, n'a été traduit et publié en France 21 ans après sa publication aux USA. Il s'agit de Dans la forêt de Jean Hegland. 

L'avantage de cette publication tardive est justement que l'on peut apprécier sa résistance au temps : plus de 20 ans après son écriture, ce roman est cruellement d'actualité. C'est pourtant un roman d'anticipation et parfois, cela ne tient pas tellement après la date de péremption. 

Mais l'auteur a su éviter quelques écueils : ne pas insister trop sur l'aspect technologique de la société, ce qui ne "date" pas le roman, ce qui ne le fige pas à une époque en particulier, et surtout, évoquer un désastre d'ordre politico-écolo-économo-sociologique, sans en dire beaucoup plus. L'essentiel n'est pas là, même si c'est le point de départ nécessaire pour découvrir la vie de deux jeunes femmes isolées au cœur d'une forêt à la fois hostile et protectrice. 

Ce texte est formidable. Mais je le découvre très tardivement. 

Heureusement, Jean Hegland a écrit une suite plus récemment. Le Temps d'après. Ce titre peut faire penser à ce monde d'après que nous espérions durant la période sombre du Covid. Il s'agit bien d'un monde qui a subi son lot de catastrophes, d'épidémies et de changements climatiques. Nous retrouvons les personnages du précédent roman : deux sœurs, Eva et Nell, qu'on avait laissé avec le petit Burl, né dans la forêt sans jamais avoir connu le monde d'avant. 

Il a grandi : il a 16 ans au début du Temps d'après. Le monde ne va pas mieux, mais Burl l'ignore puisqu'il vit dans un huis-clos heureux avec ses deux mères et la forêt. Evidemment, il y a un côté survivaliste là dedans, mais j'ai aimé les descriptions de la nature, très poétiques et la langue très inventive. J'aime beaucoup l'idée que la langue puisse continuer de vivre et d'inventer le monde, naître ou renaître et vivre. La langue, mais aussi la vie. Et on interroge à travers la fiction, à travers les contes de fée, la littérature, nos modes de vie en société. 

Je ne veux pas dévoiler ici l'intrigue et les ressorts de la narration. Je veux seulement souligner la beauté littéraire de cet ouvrage, même si je regrette de ne pas suffisamment maîtriser l'anglais pour le lire dans sa version originale, qui doit perdre un peu de sa force dans la traduction. Notamment le travail sur le genre qui est difficilement traduisible en français, pour des raisons purement grammaticales. Mais cela dit des choses sur notre façon de penser et c'est intéressant ! 

Découvrez Dans la forêt si vous ne l'avez pas encore fait ! Mais ne passez pas à côté de la suite : Le Temps d'après qui est un récit puissant aussi.  

mercredi 4 juin 2025

La musique des mots


Ecrire, c'est souvent être obsédé par une musique, par un rythme et par une mélodie. On a dans la tête des ritournelles sans parole, d'abord. Des alexandrins pompeux ou de petits octosyllabes si vifs qu'on a presque envie de danser. 

Les mots viennent parfois comme une évidence sur ces petites rengaines. Selon ce qu'on veut écrire, on sait si la musique sera lente et solennelle, ou enjouée, nerveuse, sautillante. On sait si ce sera une valse ou un blues, une symphonie ou un tango. Et les mots s'invitent. Ils se glissent sous les doigts, comme sur les touches d'un piano. 

Je ne sais pas encore quelle sera la tonalité du prochain roman que je veux écrire. Il sera plus sombre, je crois, mais il y a toujours plusieurs mouvements dans une symphonie. 

J'ai quelques pages, un début. Je crois que ça commence un peu comme la Gnossienne n°1 de Satie. Ou comme Pyramid Song de Radio Head. C'est mystérieux et surréaliste. Des accords mineurs. On ne sait pas où on est, ni avec qui. La réalité se dévoile lentement, mais on accroche à la mélodie, on a envie de l'entendre encore. De la chantonner. 

Je voudrais que la suite se développe avec le soutien d'un orchestre à mille cordes. J'aimerais que ce texte prenne son envol et me dépasse, me déborde. J'ai envie d'écrire quelque chose d'épique et de plus grand que moi. Et quelque chose qui ressemble à une chanson pop.

Je ne sais pas encore ce que ce sera. Au début, il n'y aura rien. Rien que quelques notes de piano, entêtantes. Et puis cela grandira. Et au bout, il y aura du bleu, l'immensité du ciel. 





vendredi 18 avril 2025

Maladies mentales : vite, la fin du tabou



J’ai entendu, l’autre matin, Nicolas Demorand nous déclarer “Je suis un malade mental”. Et derrière ma radio, devant mon bol de café au lait, je l’ai remercié pour ces mots. 

 Je l’ai remercié de dire cela comme on dit parfois “j’ai une gastro qui me cloue sur les toilettes”. La réaction, en général, quand on dit cela, ou quand on déclare qu’on a une crève d’enfer et de la fièvre, c’est “bon rétablissement, prends soin de toi, je te conseille du miel avec du thym…” des choses gentilles et bienveillantes. On prend des nouvelles de vous, on vous envoie un petit message. 

On n’a pas peur. Pourtant dieu sait que la gastro et la grippe sont contagieuses. 

Quand on déclare “je suis un malade mental” ou bien “j’ai un trouble bipolaire, j’ai des symptômes de schizophrénie” ou encore, plus couramment “je traverse une période de grosse déprime”, non seulement, on fout la trouille, mais on fait un peu le vide autour de soi. 

C’est étrange. Ce n’est pas contagieux. Mais cela fait peur. 

C’est une réaction qui ressemble à une intuition fausse : il faut laisser tranquille la personne qui traverse une dépression. Il faut la laisser seule. C’est idiot parce que cela isole, cela pousse à ruminer des idées noires. Cela ne favorise pas une vision positive et optimiste de la vie. 

C’est un peu comme cette idée saugrenue des médecins : celle de donner des médocs, des antidépresseurs, des anxiolytiques et des somnifères. Le parfait petit kit de l’apprenti suicidaire. On ne pourrait pas faire plus dangereux. Quel médecin donnerait des clopes et du pinard à un gars souffrant d’un cancer ? 

Lisez le récit de Demorand : Intérieur Nuit. C’est court, mais cela pose quelques questions essentielles. Celle de la honte d’être un malade mental, celle de la mauvaise prise en charge des médecins généralistes et même de pas mal de psy/chanalyste/chiatre. 

Le déclic a eu lieu, pour lui, quand sur France Inter, une matinée spéciale a été programmée. Elle s’intitulait “La maladie mentale, la fin d’un tabou”. 

Ma prise de conscience est récente, mais coïncide avec cette dépression que je traverse. Mis à part quelques amis concernés de près par le problème, traversant ou ayant traversé des épisodes dépressifs, personne ne semble vraiment enclin à comprendre de quoi il s’agit. On entend des remarques qui blessent ou qui enfoncent encore plus, ou qui, au mieux, ne servent à rien. 

“Mais tu as tout pour être heureuse”... “Je n’aurais pas cru ça de toi”...“Repose-toi, sors, va faire un tour, prends l’air…” 

Cela part d’un bon sentiment. Mais quand le cerveau répète en boucle le contraire, c’est contre productif, c’est inutile, ou pire, c’est culpabilisant. Comment ne pas culpabiliser, quand on te dit que tu as tout pour être heureuse et que tu ne l’es pas. C’est vrai : j’ai une femme formidable, un job, des passions, des amis, je voyage, j’écris…Et malgré tout, je pense à la mort. C’est du gâchis, c’est mal, de penser cela. Et plus on y pense, moins on va bien. 

Le seul moyen de s’en sortir, c’est de considérer cette maladie comme une maladie : en traiter les symptômes, en connaître mieux les causes et les ressorts, la prévenir et tenter de la guérir, pour sortir de la souffrance. 

Car comme une maladie, cela fatigue, cela fait souffrir physiquement. Comme quand on a une gastro, on est mal, on a une seule envie, rester au fond de son lit. On est épuisé, lessivé, on a des douleurs qu’on ne maîtrise pas et que l’on ignorait, des courbatures, des contractures. 

Le seul moyen de s’en sortir, c’est aussi de ne pas céder, autant que possible à la routine. Hormis quelques jours, au mois de novembre, j’ai décidé de ne pas prendre d’arrêt. Comme Demorand l’explique, lorsqu’il passe trois heures à la radio, concentré, motivé par les auditeurs, par les invités qu’il interviewe, par l’équipe qui travaille avec lui, il passe trois heures sans la maladie. C’est identique pour moi : quand je suis devant les élèves, je retrouve l’énergie et je cesse de ruminer. Ce n’est plus le cas à la mairie, malheureusement. Peut-être parce que j’ai eu le malheur d’exprimer mon mal être et que cela a fait peur et a poussé certains à m’isoler. 

C’est là qu’il faut absolument que les choses évoluent. Dans la perception que les autres ont de ce qui est une simple maladie. 

On n’est plus au temps où le SIDA était une maladie honteuse et où ces malades mouraient seuls. Il est nécessaire que nous sortions du tabou et de la honte pour les maladies mentales.

dimanche 13 avril 2025

Des avis sur Déracinés


Les premiers avis sur mon livre reviennent à moi et ils sont plutôt positifs. Cela me surprend. Et me ravit, aussi, évidemment.

Il faut que je vous avoue que j'ai écrit ce roman, Déracinés, il y a quelques années déjà. Je ne l'avais pas publié parce que je l'avais fait relire à une amie qui ne l'avait pas aimé. 

Je sais combien j'ai tort de me fier à ce point à l'avis de quelqu'un d'autre. Ce n'est que le reflet de mon manque de confiance en moi. J'avais aussi d'autres doutes sur ce roman. Avant de le publier, je l'ai relu, je l'ai remanié et je l'ai fait relire à une autre amie. 

J'ai corrigé des incohérences, des maladresses. Mais globalement, c'est tout de même le roman que j'avais écrit il y a quelques années en arrière. Je l'ai relu avec l'impression que j'étais toujours prisonnière des mêmes démons, des mêmes obsessions qu'aujourd'hui, d'ailleurs. Publier cette histoire n'est donc pas anodin. Cela me permet de poser ces choses là, de les tenir à distance. 

Noëlle, une de mes fidèles lectrices m'a dit que c'était son préféré après La Graine. C'est un sacré compliment. Mais elle m'a dit aussi que ce livre là, comme tous les autres, était empreint de noirceur. 

Elle me l'avait déjà dit les fois précédentes et j'avais eu du mal à le comprendre et même à l'accepter. Mais cette fois, je comprends mieux ce qu'elle veut dire. Oui, il y a la mort, la solitude, les tourments de la vie, dans mes histoires. Mais je crois que c'est partie intégrante de notre existence et que nous devons composer avec, même si entre vie et trépas, nous espérons, nous avançons, nous créons, nous donnons la vie, nous aimons...

Publier un roman, c'est s'exposer, c'est donner à voir beaucoup de soi. Cela ne fait rien pour calmer mes angoisses existentielles, mais cela me permet quand même d'avancer...

 



mardi 14 août 2018

Edition vs Auto édition

Le dilemme. J'ai fait deux colonnes : les plus et les moins...

Imaginons que je veuille vraiment publier mon livre chez un vrai éditeur. Il va falloir que j'envoie mon manuscrit avec des lettres de motivation à beaucoup de maisons d'édition. J'engage donc des frais, mais surtout beaucoup d'énergie. J'engage aussi beaucoup d'espoir et je sais que je m'apprête à vivre d'énormes déceptions quand ces maisons d'édition, dans plusieurs mois, me répondront négativement. Car c'est le lot des auteurs que de recevoir, après d'interminables mois d'attente, des réponses négatives - ou pas de réponse du tout. Les maisons d'édition reçoivent chaque jours des dizaines de manuscrits.

Si jamais, on ne sait pas par quel miracle, je reçois une réponse positive, ce sera sans doute d'une petite maison d'édition régionale, ou d'un faux éditeur qui fait de l'auto édition déguisée et qui me demandera de payer d'abord avant même de pouvoir toucher le moindre droit d'auteur.

Si jamais, on ne sait pas quel miracle encore plus grand, un éditeur publie effectivement mon roman avec un contrat correct, il faudra que je fasse la promo, la vente, le buzz, les salons du livre dans toutes les belles provinces reculées de notre pays. Or, j'ai un métier et je sais qu'auteur ne fait pas manger son homme.

Bref, l'édition, en dehors du prestige qu'elle inspire, me semble cumuler pas mal d'inconvénients.

Si je continue à publier mon roman sur lulu.com, par contre, je peux le vendre immédiatement, sans engager le moindre frais. Je peux en faire la promotion via mes réseaux personnels, je suis maître de ma publication. Et pour ne rien vous cacher, j'ai un peu moins de 50% de bénéfices
sur mon œuvre, ce que ne m'offrira jamais un vrai éditeur. 

Le problème avec lulu.com est d'ordre éthique : c'est une boîte américaine, c'est lié à Amazon et ça, ça me picote un peu la conscience - mais ce sont aussi les meilleurs.

D'ailleurs, cette fois-ci, je ne mettrai pas mon livre en vente sur Amazon : ce voleur international, pour le précédent, ne me reverse que 31 centimes par roman, sur les 10 Euros de la vente.

Pour lulu.com, j'ai eu le bonheur de vendre 110 livres grâce à lui. Et une cinquantaine sur la Fnac, au format e-book. Je suis comblée.

Voilà l'état de ma réflexion.

mercredi 23 novembre 2016

Commencements

J'ai encore commencé un autre roman, hier soir, avant de m’endormir.

Ce roman débutait par les mots de quelques romans autrement plus célèbres que les miens :

« Longtemps je me suis couché de bonne heure. » De bonheur. Et le personnage disait : « Il y a les romans qui commencent par « je ». On rentre dans l’intimité de quelqu’un, on est est happé par notre propre curiosité. On est intrigué.
Autre je, autre jeu : « Aujourd’hui, maman est morte. » Maman, si proche. Le ton, si distant. Intrigue, mystère.
Et puis « C'était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar. » Plus de je, au contraire. Nous sommes loin, nous voyageons dès les premiers mots. Et on a envie de partir. »

Moi, si je devais écrire un roman, j’attraperais le début avant de m’endormir.

Avant hier soir, virtuellement, j’écrivais le début d'un autre roman qui ne verra jamais le jour :

« Alors qu’elle se démaquillait machinalement devant son miroir, comme chaque soir, alors qu’elle ne retirait pas tout à fait la totalité de ce noir qui lui cernait les yeux, elle se disait qu’elle n’était jamais vraiment elle-même avec ce maquillage. Elle ment avec son visage. Elle ment sur son âge. Sur ses rides qu’elle appelle affectueusement « rides d’expression, rides d’émotion ». Ce sont pourtant les marques de son expérience. Elle ne sait plus qui elle est. Chaque matin, elle remet sur les restes de maquillage de la veille, une couche de mensonge, de crayon noir et de rouge aux joues. »

Quand le sommeil m’a prise, l’héroïne sortait de la salle de bain.

 C’était un autre soir, que je commençais mes divagations littéraires. Mes contes d’enfant pour m’endormir. Mes sornettes remplaçant les moutons. Mes pensées positives, mes visualisations optimistes ayant pour but de détendre mes épaules et de délasser mon esprit.

 « Elle jeta ses clés sur la tablette de l’entrée. Elle était lasse de la journée, elle n’espérait que son canapé, elle n’aspirait qu’à retirer ses chaussures. Elle avait oublié de faire les courses, elle avait oublié de faire la lessive, elle avait oublié de payer l’électricité. Elle oubliait tellement en ce moment. La fatigue, sans doute. Il fallait pourtant bien qu’elle aille se chercher à manger. Elle devait ressortir, mais où avait-elle mis ses clés ?

Au même moment, de l’autre côté de Paris, une vieille dame somnolait devant Questions pour un champion. « - Question géographie : quelle est la capitale du Brésil ? » Elle ouvre un oeil. Elle dit « Brazilia » et semble se rendormir. Elle n’a pas oublié. Mais en ouvrant l’oeil, elle a été effarée, un bref instant : où était-elle ? Elle avait oublié, elle ne reconnaissait pas cette télé plate, cette tapisserie à fleurs, ce napperon et ce petit vase. Et qui pouvait bien être cette jeune femme s’activant dans la cuisine ? »

C'est vrai, plus on lit, plus on se rend à l’évidence bête et méchante que tout a été écrit, tout, absolument tout a été imaginé, inventé, rapporté. La page blanche, c’est surtout la page trop pleine de tout ce qui existe déjà. Mais il est un moment magique où l’on pense réinventer le monde et la littérature. C’est le moment où l’on se berce avant de sombrer dans les bras de Morphée. L’autre soir, par exemple…

« Alors que le monde semblait courir à sa perte, que la Syrie brulait et qu’Alep était détruite, une jeune fille découvrait l’amour, et il lui semblait que le monde était neuf comme un oeuf du jour. Les fleurs étaient plus belles que la veille, l’herbe était plus brillante de rosée, les passants semblaient esquisser des pas de danse pour éviter les flaques et la lumière qui baignait la ville n’était rien moins que de l’or. Pour chacun d’entre nous, l’amour réinvente le monde, c’est une banalité et un événement intime extraordinaire, tout à la fois.

Alors que le monde courait à sa perte, un vieil homme décidait de prendre une balle dans son tiroir, un revolver dans son armoire, une corde dans son grenier. Un vieil homme décidait qu’il avait assez vécu, assez vu de sang, de misère et de bêtise, assez de vice et de guerre pour sa pauvre vie. C’est le lot de chacun, peut-être, mais que dieu - ou la boisson - nous en préserve, de désespérer du monde et des hommes lorsqu’on vieillit. Ce n’est pas que le monde change ou que les hommes sont pires. C’est juste que l’on vieillit. C’est que l’on en a trop vu, qu’on a perdu la naïveté qui nous tenait chaud, qui était un vernis fragile, mais assez beau qui nous empêchait de voir les craquelures du tableau. C’est aussi que l’on prend du ventre et de l’arthrose, que ce qui nous paraissait simple - monter trois marches, changer une ampoule, manger une choucroute - devient un enfer, une épreuve insurmontable. Alors on accuse les choses : ce n’est pas moi qui ai changé, ce sont les choses, c’est le monde qui se ligue contre moi. »

 Paupières lourdes…

« Dans toutes les rédactions de la presse quotidienne régionale, la PQR, pour les intimes, il y a un type préposé aux métaphores marines éculées. C’est dans son bureau qu’on trouve les tourmentes, les tempêtes, les gros vents et les naufrages. L’intensité dramatique va du coup de vent à l’ouragan et ne se limite pas aux Dernières nouvelles de Brest. Ne croyez pas que l’on soit épargné si l’on vit loin de la mer. La Dépêche de Nancy n’y coupe pas : le moindre fait divers comporte, selon l’histoire, un insubmersible ou une épave échouée, c’est toujours peu ou prou la même histoire de voyage au long court, de grain en haute mer ou de départ en solitaire et sans escale. La mer, la mer toujours recommencée. Il faut que ça claque comme une marée haute sur l’île d’Ouessant, il faut qu’on sente les embruns du scandale. Dans toutes les rédactions de province, on pense à l’affichette qui fera mouche dans la vitrine des boulangeries le lendemain matin. On sait bien ce qui fera vendre du papier. Alors on ne lésine pas sur l’hyperbole. Le moindre souci de voisinage se transforme en tir de bordée et si les commerçants rencontrent le maire pour se plaindre, ils montent à l’abordage de la mairie, rien de moins. »

lundi 21 mars 2016

Sous les mots...

J'aime les gens comme j'aime les livres : le mystère qui se cache sous la couverture, lorsqu'on se promène dans une librairie, c'est fascinant.

Avant d'ouvrir un livre, on ne sait pas encore, mais le titre ouvre la porte d'une infinité de possibles : Tu ne t'aimes pas, Le Cul de Judas, Salambo...Tour à tour énigmatiques, étranges, sonores, les titres nous poussent au rêve ou font écho à nos cauchemars. Les titres nous attirent et nous choisissent.

Tant que nous ne les ouvrons pas, ils sont tout ce que nous en imaginons.

Il est rare de pouvoir plonger dans l'âme des gens comme nous pouvons plonger dans un roman. Il est rare de pouvoir s'abandonner à la lecture d'un être : souvent il faut se contenter de la couverture. Certaines personnes sont peut-être comme quelques ouvrages...De belles promesses et des pages sans intérêt, un titre aguicheur choisi par un éditeur pour masquer le creux d'une prose sans imagination. Mais certains nous attirent irrésistiblement, nous avons envie de lire en eux, à livre ouvert...

J'aime passer du temps à la librairie, à rêver sur les couvertures. J'aime essayer de deviner les mondes qui se dissimulent dans les pages que je ne lirai pas...

mardi 23 juillet 2013

On ne va pas en faire tout un pastis

L'été, les vacances, c'est la période où l'on se dit qu'on aura plus de temps pour bloguer. Et puis non. C'est un syndrome que connaissent aussi les retraités, paraît-il.

Alors voilà, je n'ai pas grand chose à écrire. Ce matin, je suis allée à la piscine et cet après-midi, au cinéma. Les cinémas sont climatisés, ce qui est formidable en période de canicule.

Et puis nous avons vu deux films rafraîchissants, Marius et Fanny, et même si nous connaissions déjà l'histoire, ce drame provençal, dans ses décors d'un Marseille d'autrefois, un décor tout cinématographique, tout plein de ses clichés, de ses cendriers Amer Picon, de ses chaises en rotin et de ses robes à fleurs dans un port bleu méditerranée et blanc cassé comme les vieux murs passés à la chaux et les voiles battues par les vents, ce film qui n'efface pas tout à fait Raimu nous a ému, presque comme une madeleine trempée dans du pastis. Ou comme l'odeur des navettes à la fleur d'oranger.

Cela m'a presque donné envie d'étudier ça avec mes élèves d'aujourd'hui, moi qui, autrefois, avais découvert ces pièces au collège. La partie de carte, cela pourra toujours les faire rire et puis l'histoire d'amour est belle : il y a un peu de Molière et un peu de Racine...Il y a l'esprit français, dans tout ça et puis des sentiments universels.

C'est une idée à creuser...

CC

samedi 16 mars 2013

Versatile ???

Moi, versatile ? Remarquez, il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis...D'ailleurs, tout ce que je vais dire pourra changer demain et vice versa.

En tout cas, Elooooody vient de me décerner le Versatile Blog Award.

Il s'agit d'une distinction pour mon blog qui aurait donc de multiples talents et une certaine polyvalence. (...) Mais ce n'est pas tout. Cette distinction que tu attribues à qui tu veux est un échange de bon procédés. Donc, en retour, je dois:
1. Écrire 7 choses à propos de moi...
2. Nommer 15 blogs pour le Versatile Blogger Award.
Alors...C'est parti. Mais sachez que je ne force jamais personne à répondre au chaîne et que je suis très vague pour désigner les gens.

1. Lorsqu'on a lu Madame Bovary, on trouve tous les romans bien fades.
2. J'ai presque fini Cinquante nuances de Grey avec une seule main et je n'ai même pas honte.
3. J'ai beaucoup aimé Ouragan de Laurent Gaudé, mais moyennement La Mort du Roi Tsongor.
4. Après avoir lu pas mal de romans policiers nordiques, les romans policiers ne me font plus du tout envie.
5. Pourquoi se faire chier à lire un roman policier de 500 pages quand un épisode des Experts t'apprend aussi peu de choses en 42 minutes et que tu peux baver sans que les pages collent ?
6. J'adore commencer plein de livres en même temps et n'en finir aucun.
7. On devrait organiser un The Voice pour les écrivains. J'aime quand on entend la voix des écrivains...

Tous ceux qui veulent reprendre cette chaîne peuvent le faire. Même si vous êtes plus que 15.

CC

samedi 2 mars 2013

Cynisme

Quand je lis les livres qui font les succès des librairies, qu'ils soient bons ou mauvais, quand ils font partie de ce qu'on appelle la littérature du moment, la littérature populaire, les Où est le bec, les Despentes, les Foenkinos, les Rowling...je suis frappée par le cynisme qui se dégage des personnages.

Ces êtres fictifs, mais qui sont sans doute un peu le reflet de notre époque, font presque toujours des choix pour de mauvaises raisons, à savoir le sexe et l'argent. Sont-ce de mauvaises raisons me direz vous ? En tout cas, dans le regard du narrateur, il y a souvent le cynisme et la moquerie qui semble nous le faire penser.

Parmi les personnages, il n'y a presque jamais de personnes entières et agissant sincèrement. Il y a toujours des gens aigris, déçus, cherchant toujours plus d'argent, plus de gloire, plus de sexe, regrettant d'anciens mauvais choix, pour en faire de plus mauvais encore.

Je crois que c'est en effet le reflet d'une époque : une époque où le cynisme est notre seule défense devant les violences qu'on nous fait, en nous faisant croire que nous pouvons avoir encore plus que nos parents qui sont ceux qui ont tout eu, que nous pouvons tous tutoyer les stars, ou mieux, que nous pouvons accéder au statut suprême de star, que nous ne saurions nous contenter d'une vie simple et paisible...

Les "quadra" et les trentenaires croient encore en la société de consommation qu'ils ont connu durant leur enfance. Ils n'ont pas encore compris le phénomène du déclassement. Ils avaient pourtant fait tout ce qu'il fallait : les études, les courbettes aux aînés et les stages interminables. La seule manière de se défendre, maintenant, c'est d'écraser les autres de leur cynisme.

Il est vrai, cependant, qu'il est plus simple d'être passionné, sincère et entier lorsqu'on fabrique des meubles dans un atelier ou quand on élève des vaches en Savoie plutôt que lorsqu'on travaille vaguement sur un bout de projet com' pour vendre d'hypothétiques trottinettes à la con...

CC

vendredi 7 décembre 2012

Les Chroniques Mauves

En ce moment, comme j'ai énormément de travail et que j'ai l'impression que je ne m'en sortirai jamais, je m'évertue à chercher des dérivatifs. Et je trouve.

Cette après-midi, je suis tombée sur une BD qui s'intitule "Les Chroniques Mauves". Cela raconte l'histoire de trois générations de lesbiennes qui se croisent et se recroisent à l'occasion des moments marquant de l'histoire lesbienne entre les années 1960 et nos jours.

C'est une BD à plusieurs mains, donc un peu inégale, tant graphiquement que pour la narration. C'est aussi plusieurs partis pris, plusieurs angles qui se mêlent, mais c'est ce qui fait la richesse de ce travail.

J'ai appris des choses, j'ai souri et j'ai même été émue. C'est à lire...

CC