mardi 24 février 2026

Il n'y a rien - Le Pouvoir - Épisode 3


 Dans une sorte de boîte volante autonome, j’ai pris mon envol. De tous mes yeux, j’ai essayé de décrypter ce qui se passait. 

Nous avons survolé une ville…L’ombre d’une ville, où erraient des âmes en peine. Du moins, c’est ce que j’imagine. Au moment où l’engin ralentit, nous sommes au-dessus d’une artère bondée de monde. Le soleil est haut, le ciel est bleu. C’est un été caniculaire en ville. Les gens se traînent. L’engin descend lentement et se rapproche d’un grand immeuble haussmannien. Je continue de penser que nous sommes à Paris. Ou Lyon…Impossible de voir Fourvière ou le Sacré Cœur. 

Au moment où nous touchons presque le sol, je n’ai qu’une envie : prendre la fuite et aller explorer par moi-même…Sans y croire, j’appuie sur le bouton de la portière. Et elle s’ouvre. Je saute immédiatement dans la rue et je me mets à courir. Je suis persuadée que je vais être rattrapée par l’iA, assommée et conservée dans une chambre d’hôtel jusqu’à une nouvelle rencontre avec le Président. 

Mais non. 

Je vais enfin pouvoir comprendre…Peut-être. Parce que si ça se trouve, je ne suis pas vraiment libre. Je ne suis peut-être qu’une marionnette, victime d’une orchestration qui m’échappe, alors que je pense m’échapper. 

Tant pis. Faisons mine d’organiser la liberté, malgré le fatum. Ce n’est rien d’autre que la condition humaine : je pars à nouveau à l’aventure, à la rencontre des autres. 

Tout ressemble à une ville « normale ». Des taxis volant nous survolent en silence, mais ce n’est pas tellement surprenant. Il y a des magasins, des cafés, des gens qui marchent, qui se croisent, qui se saluent ou qui s’ignorent, penchés sur des écrans, le nez en l’air. La mode du temps, visiblement, ce sont les vêtements fluos, très larges. Je n’ai pas un sou vaillant sur moi. Je ne peux pas me permettre de rentrer quelque part pour prendre un verre ou acheter quelque chose. J’observe. Je semble invisible, parmi la foule, anonyme parmi les autres. Je ne sais pas comment entrer en contact. Mes dernières expériences sont encore douloureuses : Nicolas le taiseux, qui me manque, Kamy, morte dévorée par des congénères, les zombies du pont, le géant borgne, le vieux Président et son assistante aux allures de robot…Je ne sais plus si je peux encore faire confiance aux autres humains. 

Et puis tout semble mis en scène. Rien n’est très naturel. J’ai vraiment l’impression d’être dans The Truman Show, ce vieux film dans lequel un homme est le seul à ne pas savoir que toute sa vie est un décor.

 Je confirme mon hypothèse en m’adressant à quelques passants. Je reçois le même « Bonjour » souriant mais indifférent. Aucune réaction ne me semble naturelle. Mais il faut que j’en ai le cœur net. J’entre dans une boutique à la façade rose bonbon, à l’enseigne alléchante de donut. On se croirait dans un décor de sitcom. Je fais mine de vouloir commander quelque chose. Je sens alors un moment de panique de la personne derrière le comptoir. Je ne suis pas censée avoir de l’argent, il n’était donc pas écrit dans le scénario que je voudrais acheter quelque chose. 

D’ailleurs, la panique est totale quand je pointe du doigt un donut dans la vitrine. Je n’insiste pas. Le donut est en plastique, le décor est peint. Derrière le comptoir, le commerçant est un jeune acteur qui me regarde, les sourcils en accent circonflexe, effrayé de ne pouvoir m’expliquer quoi que ce soit. Il est mignon, il fait de son mieux. C’est un grand brun frisé au sourire chaleureux. Mais il a peur. 

Alors, je demande si le magasin a des toilettes et l’acteur se remet à sourire. Il sait répondre à cela. Il me conduit à l’arrière. Lorsque nous sommes isolés, je glisse à son oreille la question qui me brûle les lèvres « Rien n’est vrai, n’est-ce pas ? On vous oblige à jouer le jeu ? » 

Il est effrayé à nouveau. Il tremble un petit « oui » et fait demi-tour en me laissant devant les toilettes. 

Il faut que je m’échappe encore, alors.

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