C'est étonnant, je crois que je passe pour une femme forte. Le genre qui n'a peur de rien, qui est solide. La tête bien faite, les épaules carrées. Pourtant, à moi, il me semble que je suis fragile, faible, friable, facilement influençable. Et pas seulement pour l'allitération en F.
Depuis que je suis petite, on me dit : "Tiens, descends à la cave, toi, tu n'as pas peur du noir." On me donne des responsabilités. On pense que je vais assurer. On me dit : "Soutiens ta mère. Tu es un roc pour elle."
Je ne sais pas si je suis un roc. Et une avalanche est toujours possible.
Bien rares sont ceux qui me disent : "Et toi ? ça va ?"
Il faut dire que je réponds toujours oui. C'est mon père qui me disait ça : "Si on te demande comment ça va, réponds oui. Cela fait plaisir à tes amis et contrarie tes ennemis."
Alors ça va. J'ai le sourire facile.
Mais en dedans je suis une petite flamme vacillante. Et c'est pour cela que je remplis ce blog en ce moment.
Désolée.
CC
lundi 22 octobre 2012
dimanche 21 octobre 2012
Au Paradis
Celui qui croyait au ciel, celui qui n'y croyait pas...
Je ne sais pas si je suis particulièrement Montébourgeoise, mais j'aime ce poème d'Aragon.
Je ne sais pas non plus si je crois vraiment au paradis, mais il se trouve que dans ma petite commune, le cimetière se trouve dans un hameau qui s'appelle ainsi. Quoi que l'on fasse, quoi que l'on ait fait, donc, quand on est enterré ici, on est au Paradis.
J'aime mon petit village. Quand j'y retourne, il me vient toujours ces fameux vers de Du Bellay...
C'est mon petit Liré à moi.
Si j'y retourne un jour, malheureusement, pour vivre le reste de mon âge, ce ne sera pas entre mes parents. Ma mère est seule, désormais et c'est à moi de l'épauler.
Mais je suis loin. Je ne vis plus dans ce pays de cocagne depuis plus de 10 ans, maintenant. Je suis heureuse d'être loin, j'aime ma ville, je m'y implique, je vis où je suis. Mais j'ai toujours un sentiment étrange quand je retourne au bercail. Je suis viscéralement de là-bas. La famille est toujours plus forte. Le sang, la terre.
CC
Je ne sais pas si je suis particulièrement Montébourgeoise, mais j'aime ce poème d'Aragon.
Je ne sais pas non plus si je crois vraiment au paradis, mais il se trouve que dans ma petite commune, le cimetière se trouve dans un hameau qui s'appelle ainsi. Quoi que l'on fasse, quoi que l'on ait fait, donc, quand on est enterré ici, on est au Paradis.
J'aime mon petit village. Quand j'y retourne, il me vient toujours ces fameux vers de Du Bellay...
C'est mon petit Liré à moi.
Si j'y retourne un jour, malheureusement, pour vivre le reste de mon âge, ce ne sera pas entre mes parents. Ma mère est seule, désormais et c'est à moi de l'épauler.
Mais je suis loin. Je ne vis plus dans ce pays de cocagne depuis plus de 10 ans, maintenant. Je suis heureuse d'être loin, j'aime ma ville, je m'y implique, je vis où je suis. Mais j'ai toujours un sentiment étrange quand je retourne au bercail. Je suis viscéralement de là-bas. La famille est toujours plus forte. Le sang, la terre.
CC
samedi 20 octobre 2012
Le berceau et la tombe
Aujourd'hui, je retourne encore auprès de mes parents, dans un train, avec l'aube pour paysage. Mes parents, dis-je. Mais mon père n'est plus. La famille se rappelle à moi et j'ai laissé mon amour sur le quai pour un jour seulement. Le soleil qui pointe à l'horizon, où que l'on soit, dans un TGV roulant à toute allure et en marche arrière, niant l'est et l'ouest, désorienté, ne sachant où l'on va, la naissance du jour, c'est toujours un peu un commencement et une fin.
Tout est toujours un peu l'aube et le crépuscule...le berceau et la tombe.
CC
vendredi 19 octobre 2012
De la lesbienne invisible et de la nécessité de créer des référents
Suite à mon dernier billet, il me semble nécessaire de préciser quelques petites choses. De problématiser un peu tout ça, en quelque sorte.
Il faut que je précise que mon article portait plus sur les référents lesbiens qu'on peut trouver dans la société, pour s'identifier, que sur d'éventuelles cases dans lesquelles je pourrais éventuellement me glisser.
Pour revenir un instant à mon expérience personnelle, je sais aujourd'hui que je ne suis pas une extra terrestre, mais ça n'a pas toujours été une évidence...Et toutes ces réflexions n'arrivent pas là par hasard. Elles surgissent à un moment bien particulier de ma vie personnelle : la mort de mon père.
Si les parents sont des référents pour la construction de soi, alors cela n'a rien d'étonnant. Mon père m'a notamment transmis la notion d'engagement et de courage. Si on pense qu'une idée est juste, il faut la défendre, coûte que coûte. Alors à l'adolescence, quand j'ai affirmé mon homosexualité, j'ai suivi ce principe. Évidemment, ça n'a pas été simple pour mon père, mais avec les années, les choses se sont très bien arrangées.
Mais voilà, les circonstances ont fait remonter, par le biais d'une lettre, ces heures délicates de ma vie. Et l'importance du "référent" m'est apparue dans toute sa clarté.
Et c'est autour de cela que les questions se posent : doit-on affirmer une identité lesbienne, rentrer dans des cases, être moins invisibles, histoire de créer des référents ? Pour les ado, c'est un drame, le manque de référents : c'est parmi les homosexuels qu'il y a le plus de suicides à l'adolescence.
Alors, oui, les sites comme Têtue ou Yagg sont caricaturaux, on est bien d'accord, mais je crois qu'à l'adolescence, il est bon d'avoir de fortes représentations auxquelles s'identifier : cela permet de s'affirmer, pour ensuite dépasser ces notions tranchées. Savoir qu'il existe des gens comme soi, vivant sans complexe, même dans l'outrance, cela permet de trouver sa propre place...
Et si le concept de lesbienne invisible est un bien, pour protéger sa vie privée - et j'en sais quelque chose, moi qui suis professeur -, c'est aussi un mal car cela empêche la reconnaissance sociale, cela nie l'existence de cette possibilité. C'est vrai, deux femmes à la terrasse d'un café, ce sont deux copines, deux filles qui font du shopping, ça peut être deux sœurs, etc.
C'est pour cela que la question : "Est-ce qu'on peut me reconnaître en tant que lesbienne ?" me semble importante...
C'est la limite entre vivre sa vie et militer, je pense.
Bref, ce sont de grandes questions complexes...
CC
Il faut que je précise que mon article portait plus sur les référents lesbiens qu'on peut trouver dans la société, pour s'identifier, que sur d'éventuelles cases dans lesquelles je pourrais éventuellement me glisser.
Pour revenir un instant à mon expérience personnelle, je sais aujourd'hui que je ne suis pas une extra terrestre, mais ça n'a pas toujours été une évidence...Et toutes ces réflexions n'arrivent pas là par hasard. Elles surgissent à un moment bien particulier de ma vie personnelle : la mort de mon père.
Si les parents sont des référents pour la construction de soi, alors cela n'a rien d'étonnant. Mon père m'a notamment transmis la notion d'engagement et de courage. Si on pense qu'une idée est juste, il faut la défendre, coûte que coûte. Alors à l'adolescence, quand j'ai affirmé mon homosexualité, j'ai suivi ce principe. Évidemment, ça n'a pas été simple pour mon père, mais avec les années, les choses se sont très bien arrangées.
Mais voilà, les circonstances ont fait remonter, par le biais d'une lettre, ces heures délicates de ma vie. Et l'importance du "référent" m'est apparue dans toute sa clarté.
Et c'est autour de cela que les questions se posent : doit-on affirmer une identité lesbienne, rentrer dans des cases, être moins invisibles, histoire de créer des référents ? Pour les ado, c'est un drame, le manque de référents : c'est parmi les homosexuels qu'il y a le plus de suicides à l'adolescence.
Alors, oui, les sites comme Têtue ou Yagg sont caricaturaux, on est bien d'accord, mais je crois qu'à l'adolescence, il est bon d'avoir de fortes représentations auxquelles s'identifier : cela permet de s'affirmer, pour ensuite dépasser ces notions tranchées. Savoir qu'il existe des gens comme soi, vivant sans complexe, même dans l'outrance, cela permet de trouver sa propre place...
Et si le concept de lesbienne invisible est un bien, pour protéger sa vie privée - et j'en sais quelque chose, moi qui suis professeur -, c'est aussi un mal car cela empêche la reconnaissance sociale, cela nie l'existence de cette possibilité. C'est vrai, deux femmes à la terrasse d'un café, ce sont deux copines, deux filles qui font du shopping, ça peut être deux sœurs, etc.
C'est pour cela que la question : "Est-ce qu'on peut me reconnaître en tant que lesbienne ?" me semble importante...
C'est la limite entre vivre sa vie et militer, je pense.
Bref, ce sont de grandes questions complexes...
CC
mercredi 17 octobre 2012
Lesbianité
Souvent, je me pose des questions idiotes et parfois même, j'y réponds, pour moi-même via un billet de blog.
Je me demande par exemple comme je vis ma lesbianité. Aussitôt, le correcteur orthographique m'indique que ce mot n'existe pas. Tant pis.
Je me demande donc comment je perçois ce drôle de truc qui m'a été fourni avec le reste, clés en main, en plus de la cloison nasale un peu de travers, d'une légère cyphose et d'une tignasse frisée et touffue. Je ne sais pas comment j'ai "découvert" ma lesbianité. A vrai dire, je crois que "découvert" n'est pas le mot, d'où les guillemets. Je ne me suis jamais dit, au coin d'un détour de ma vie "Mais bon sang, mais c'est bien sûr, je suis lesbienne !" Jamais. A la rigueur de la limite, il se peut qu'un jour, je me sois dit "Mais bon sang, mais c'est bien sûr, pas la peine d'insister, jamais Robert me fera autant d'effet que Ginette..."
Mais en fait, même pas. C'est plutôt quand on m'a dit que les petites filles ne devaient pas faire des bisous et des câlins aux autres petites filles que je fus fort surprise. L'idée ne m'avait pas effleurée, tant il me semblait normal de mettre les carottes avec les carottes et les...euh...bref...Les filles avec les filles, les gars avec les gars et le monde sera bien rangé. Parfois, je me demande si je ne suis pas juste psychorigide, façon Monk.
Question identité, j'oscille entre plusieurs modèles que les sites spécialisés ont l'habitude de nommer "butch", "fem", "lesbienne invisible". Entre autres. C'est la perception que j'ai de moi-même : cela dépend de l'heure de la journée, du jean que je porte, de la façon dont mes cheveux se rassemblent en chignon, ou pas. Bref, cela n'est pas totalement conscient, mais il me semble que je ne sais pas où je navigue. Peut-être bien que le problème ne vient pas de moi, mais de ces sites internet spécialisés qui veulent tout expliquer et mettre dans des cases. Les choses étaient peut-être bien plus simples, il y a 50 ans, quand le mot "lesbienne" n'existait même pas pour la plupart des gens. Enfin, je me comprends...Aujourd'hui, nous avons des problèmes de riches.
Depuis l'adolescence, je cherche des référents, tout de même. Dans les médias, dans la chanson. Histoire de me dire que je ne suis pas un extra-terrestre. Je cherche autour de moi, aussi. Dans mon village, pas beaucoup de modèle. Un seul, en fait. Pas de moquerie, mais de la souffrance, il me semble. Quelqu'un dont on ne parle pas, mais qui m'inspire de l'admiration. Plus tard, on me comparera vaguement à elle, faute d'autres référents, probablement. Il n'empêche que ça ne me déplait pas : il fallait un sacré courage pour affirmer sa lesbianité dans un petit village, dans les années 60, 70.
Ensuite, à la télé, à la radio, quelques chanteuses féministes ou développant un charisme particulier, activant mon "gaydar". Mon radar gay. Encore une expression de site spécialisé. Donc, Anne Sylvestre, pour commencer : j'ai tanné ma mère pour qu'elle m'achète une cassette d'Anne Sylvestre, à 7 ou 8 ans. Si c'est pas un signe de folie avancée, ça...Et puis Barbara, Joan Baez, Juliette...Mais pour moi, bien sûr, la plus belle gouine à mèche du monde, c'est Elvis Presley, jeune. Je suis irrécupérable, avant même l'adolescence.
Et puis il y a eu The L Word. Une série entièrement consacrée aux lesbiennes. Cela change la vie de millions de lesbiennes à travers le monde. Notamment à cause de ça :
Shane. Une sorte de butchette, ni trop féminine, ni trop masculine. Butch, ça veut dire "camionneuse". Là, c'est plutôt une camionnette. Et la coolitude absolue. C'est décomplexant et c'est important quand on est une lesbienne de campagne.
Aujourd'hui, j'ai grandi et je ne sais pas tellement me ranger dans des cases et ce n'est pas tellement grave.
Par contre, ce qui m'intéresse, c'est la façon dont les autres voient ma lesbianité. Égocentrisme normal pour une tenancière de blog. Est-ce qu'on me voit comme sur la photo ? Oh ! J'aimerais bien ! Sans doute, la plupart du temps, on ne me voit pas : lesbienne invisible. Mais est-ce que j'allume le gaydar de quelques unes ?
Que de questions sans réponse...
CC
Je me demande par exemple comme je vis ma lesbianité. Aussitôt, le correcteur orthographique m'indique que ce mot n'existe pas. Tant pis.
Je me demande donc comment je perçois ce drôle de truc qui m'a été fourni avec le reste, clés en main, en plus de la cloison nasale un peu de travers, d'une légère cyphose et d'une tignasse frisée et touffue. Je ne sais pas comment j'ai "découvert" ma lesbianité. A vrai dire, je crois que "découvert" n'est pas le mot, d'où les guillemets. Je ne me suis jamais dit, au coin d'un détour de ma vie "Mais bon sang, mais c'est bien sûr, je suis lesbienne !" Jamais. A la rigueur de la limite, il se peut qu'un jour, je me sois dit "Mais bon sang, mais c'est bien sûr, pas la peine d'insister, jamais Robert me fera autant d'effet que Ginette..."
Mais en fait, même pas. C'est plutôt quand on m'a dit que les petites filles ne devaient pas faire des bisous et des câlins aux autres petites filles que je fus fort surprise. L'idée ne m'avait pas effleurée, tant il me semblait normal de mettre les carottes avec les carottes et les...euh...bref...Les filles avec les filles, les gars avec les gars et le monde sera bien rangé. Parfois, je me demande si je ne suis pas juste psychorigide, façon Monk.
Question identité, j'oscille entre plusieurs modèles que les sites spécialisés ont l'habitude de nommer "butch", "fem", "lesbienne invisible". Entre autres. C'est la perception que j'ai de moi-même : cela dépend de l'heure de la journée, du jean que je porte, de la façon dont mes cheveux se rassemblent en chignon, ou pas. Bref, cela n'est pas totalement conscient, mais il me semble que je ne sais pas où je navigue. Peut-être bien que le problème ne vient pas de moi, mais de ces sites internet spécialisés qui veulent tout expliquer et mettre dans des cases. Les choses étaient peut-être bien plus simples, il y a 50 ans, quand le mot "lesbienne" n'existait même pas pour la plupart des gens. Enfin, je me comprends...Aujourd'hui, nous avons des problèmes de riches.
Depuis l'adolescence, je cherche des référents, tout de même. Dans les médias, dans la chanson. Histoire de me dire que je ne suis pas un extra-terrestre. Je cherche autour de moi, aussi. Dans mon village, pas beaucoup de modèle. Un seul, en fait. Pas de moquerie, mais de la souffrance, il me semble. Quelqu'un dont on ne parle pas, mais qui m'inspire de l'admiration. Plus tard, on me comparera vaguement à elle, faute d'autres référents, probablement. Il n'empêche que ça ne me déplait pas : il fallait un sacré courage pour affirmer sa lesbianité dans un petit village, dans les années 60, 70.
Ensuite, à la télé, à la radio, quelques chanteuses féministes ou développant un charisme particulier, activant mon "gaydar". Mon radar gay. Encore une expression de site spécialisé. Donc, Anne Sylvestre, pour commencer : j'ai tanné ma mère pour qu'elle m'achète une cassette d'Anne Sylvestre, à 7 ou 8 ans. Si c'est pas un signe de folie avancée, ça...Et puis Barbara, Joan Baez, Juliette...Mais pour moi, bien sûr, la plus belle gouine à mèche du monde, c'est Elvis Presley, jeune. Je suis irrécupérable, avant même l'adolescence.
Et puis il y a eu The L Word. Une série entièrement consacrée aux lesbiennes. Cela change la vie de millions de lesbiennes à travers le monde. Notamment à cause de ça :
Shane. Une sorte de butchette, ni trop féminine, ni trop masculine. Butch, ça veut dire "camionneuse". Là, c'est plutôt une camionnette. Et la coolitude absolue. C'est décomplexant et c'est important quand on est une lesbienne de campagne.
Aujourd'hui, j'ai grandi et je ne sais pas tellement me ranger dans des cases et ce n'est pas tellement grave.
Par contre, ce qui m'intéresse, c'est la façon dont les autres voient ma lesbianité. Égocentrisme normal pour une tenancière de blog. Est-ce qu'on me voit comme sur la photo ? Oh ! J'aimerais bien ! Sans doute, la plupart du temps, on ne me voit pas : lesbienne invisible. Mais est-ce que j'allume le gaydar de quelques unes ?
Que de questions sans réponse...
CC
lundi 15 octobre 2012
Cafard et idées noires...
Quand ça ne va pas, quand je n'ai pas la tête à ça, la tête à quoi ? à rire et à chanter, quand je n'ai pas le coeur à danser, alors je me replie sur moi. Quand le ciel est gris, je ferme les volets, je ne sors pas dehors.
Je n'entends plus les mots et les discussions me font bailler, j'ai l'impression de devoir être ailleurs, de m'ennuyer. J'expédie les gens au téléphone, mon esprit s'égare quand ils me parlent, je ne suis plus là.
Je ne pleure pas devant les autres. On croit peut-être que je suis sèche et sans âme. On croit peut-être que je n'ai pas de peine. Je me suis juste endurcie pour ne pas faire chier les gens avec ma douleur. La nuit, je pleure à gros bouillons dans mon oreiller.
C'est peut-être le signe d'une dépression. Je ne sais pas. Ma thérapie passe aussi parce que j'écris ici ou ailleurs. Et puis, avec le temps, comme dit Léo...Avec le temps...je ne crois pas qu'on oublie, je ne crois pas que tout s'en aille...Mais on apprend à vivre avec les souvenirs, qui deviennent comme une présence apaisante et un guide.
Mais pour l'instant, je ne suis pas encore pleinement consciente de la mort de mon père. Je retournerai en Savoie ce week-end et il me semble qu'il sera là. Evidemment, il y a ce poème de Péguy, celui qui explique que la mort n'est rien et qu'on ne fait que passer dans la pièce d'à côté. Mais il y a aussi les mots de Sully Prud'Homme :
C'est aux premiers regards portés,
En famille, autour de la table,
Sur les sièges plus écartés,
Que se fait l'adieu véritable.
Je redoute ce moment-là...
CC
Je n'entends plus les mots et les discussions me font bailler, j'ai l'impression de devoir être ailleurs, de m'ennuyer. J'expédie les gens au téléphone, mon esprit s'égare quand ils me parlent, je ne suis plus là.
Je ne pleure pas devant les autres. On croit peut-être que je suis sèche et sans âme. On croit peut-être que je n'ai pas de peine. Je me suis juste endurcie pour ne pas faire chier les gens avec ma douleur. La nuit, je pleure à gros bouillons dans mon oreiller.
C'est peut-être le signe d'une dépression. Je ne sais pas. Ma thérapie passe aussi parce que j'écris ici ou ailleurs. Et puis, avec le temps, comme dit Léo...Avec le temps...je ne crois pas qu'on oublie, je ne crois pas que tout s'en aille...Mais on apprend à vivre avec les souvenirs, qui deviennent comme une présence apaisante et un guide.
Mais pour l'instant, je ne suis pas encore pleinement consciente de la mort de mon père. Je retournerai en Savoie ce week-end et il me semble qu'il sera là. Evidemment, il y a ce poème de Péguy, celui qui explique que la mort n'est rien et qu'on ne fait que passer dans la pièce d'à côté. Mais il y a aussi les mots de Sully Prud'Homme :
C'est aux premiers regards portés,
En famille, autour de la table,
Sur les sièges plus écartés,
Que se fait l'adieu véritable.
Je redoute ce moment-là...
CC
mercredi 3 octobre 2012
Papa
Notre
Papa est un héros, un homme de conviction, un homme d’action. Notre Papa est un
battant et un grand sensible. On n’a qu’un seul Papa. Nous voulons parler de
lui au présent.
Notre
Papa est un héros. C’est comme cela qu’on le voyait,
quand on était petits. Il est Ulysse bravant les éléments, il a tant de
cicatrices, comme les chevaliers anciens, il est Roland à Roncevaux et, bien
plus fort que le Musclor de la télé de notre enfance, il soulève les bottes de
foin comme des fétus, et d’une seule main, nous prenait dans ses bras
puissants.
Notre
Papa est un homme de conviction. Il est fort de
belles valeurs : le partage, la générosité, le souci de ne jamais laisser
quelqu’un sur le bord du chemin. Il croit qu’on est plus fort quand on est uni,
il croit en la collectivité. Il est aussi un homme d’utopie et de projets.
C’est un visionnaire. C’est un homme de gauche, la Confédération Paysanne
fait de lui un syndicaliste, il s’engage. C’est un homme de partage : il donne
de son temps pour l’agriculture : la
CBS, l’UPRA, la
Fédération des Races de l’Arc Alpin, la COPELSA, l’UCEAR...des
présidences dont il est fier et il le peut : il a fait avancer l’agriculture
savoyarde, il l’a promue en France et dans le monde entier.
Notre
Père est un homme d’action. Les convictions
ne sont rien, si elles ne se concrétisent pas : il a toujours mis en pratique
les valeurs auxquelles il croyait. A la création du GAEC, on lui dit que ça ne
marchera jamais, que les kolkhozes n’existent plus, que les communautés du
Larzac, ce n’est pas pour chez nous. Il insiste, il fonce, il croit en son
projet. Grâce à cela, aujourd’hui, plusieurs familles vivent et travaillent à
Saint Pierre et les terres sont entretenues. Quand il a décidé de passer en
bio, on lui a dit que ça ne marcherait jamais. Que c’était un truc de bobo, ou
un truc de baba. C’était en 1993. Aujourd’hui, personne ne remet en cause le
bien fondé de l’arrêt des pesticides et des désherbants. Quand il a décidé de
faire des colis de viande, on lui dit qu’il n’est pas boucher, on ne comprend
pas l’intérêt d’une production de qualité et de proximité. C’est maintenant
plus que jamais dans l’air du temps.
Notre
Papa est un grand sensible et un battant. Il aime
plus que tout les fêtes de famille, il aime avoir du monde autour de lui. Il
aime retrouver les amis autour d’un verre, d’une pétanque, d’un bon repas. Il
met l’humain en premier et au cœur de toute chose. Papa, ce que tu nous a
appris, ce que tu nous a transmis, c’est cela et c’est tellement plus encore.
Le respect, l’ouverture d’esprit, l’humour, se réveiller chaque jour avec un
rêve, avec un projet et puis parler de ceux qu’on aime avec des larmes dans les
yeux :
-
Les associés du GAEC, tous
différents, si complémentaires, Dédé, le co-fondateur, avec qui l’aventure a commencé,
Christian qui a dû arrêter bien trop tôt, Maurice, Pierrot et Jean-Noël, son
fils, là depuis le début, Jacky et Thierry, lui aussi parti bien trop
tôt...mais aussi les petits nouveaux, et tous ceux qui sont passés sans
forcément rester, mais en laissant toujours un souvenir précis.
-
Les associés de la vie
professionnelle, Alain, Nicole, les copains de la Conf, les éleveurs de Tarine
de partout en France et d’ailleurs,
-
Les associés de la vie à Saint
Pierre, les amis de toujours et les amis plus récents, avec qui il jouait à la
pétanque et tous ceux pour qui il cuisinait, une fois par mois.
-
Et puis la famille, bien sûr, Jo’
l’amour de sa vie, nouant une complicité et une union sans faille et dont il
est si fier. Laurent, son digne successeur, qu’il a sans cesse conseillé et
soutenu et Florence qu’il a accueilli comme une fille. Céline, avec qui il
partageait les discussions de politiques, enflammées, passionnées. Merci à lui
d’avoir accueilli son amie. Avec ses frères, il adorait aussi débattre et parler
fort...Et ses belles-sœurs tempéraient tout ça...Et puis les neveux et les
nièces, qu’il aime comme ses enfants, fier de la réussite de chacun.
Tu
nous aimais tous.
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