dimanche 17 janvier 2016

Rêve d'écriture

Je ne suis pas au top de ma forme en ce moment. Je suis nerveuse, fatiguée, j'ai un peu mal partout. Rien de grave, un peu de surmenage, les soucis, le travail, la mairie...Rien de grave, je vous dis.

Mais il y a aussi que j'ai arrêté ma thérapie. Je n'écris presque pas. C'est mal. Je dirais même que c'est beaucoup plus grave qu'un peu de stress. C'est comme si un cardiaque arrêtait de prendre ses anti-coagulants.

Le soir, avant de trouver le sommeil - j'ai toujours du mal à trouver le sommeil, légère insomnie - je m'écris pourtant des romans dans la tête. Avez-vous remarqué combien nos pensées sont claires, le soir avant de s'endormir ? Combien nous avons d'idées géniales ?

Les phrases de mes romans sont ciselées. Elles sonnent dans mon cerveau comateux comme dans le "gueuloir" de Flaubert. Elles sont harmonieuses et percutantes.

Les histoires que j'ébauche sont belles, originales, inédites. Forcément.

Dans ces moments-là, je suis digne du prix Nobel de littérature. Et puis mes propres contes alourdissent mes paupières et me saoulent très vite. Je tombe finalement endormie.

Mes histoires sont assommantes, mes phrases pompeuses, longues, ennuyeuses.

Mais je me dis quand même qu'il faut que je reprenne un peu le clavier et que j'essaie d'écrire : ça me soigne - le sommeil, c'est important pour la santé -, ça me permet de m'évader - c'est quand on dort que l'on rêve le mieux -...

 CC

mardi 12 janvier 2016

Journée ordinaire



 J'ai écrit 10 000 mails, des pros, des mairies, des perso. J'ai fait le plein, je suis passée au 8e échelon au grand choix. J'ai rangé la maison pour que l'aspirateur puisse passer tout seul, sans se prendre dans une chaussette. J'ai rempli le cahier de texte de mes classes, préparé mes cours, corrigé les rapports de stage, relu la revue municipale, j'ai veillé à ne pas mélanger les deux, j'ai participé une réunion, j'ai donné des cours, j'ai fait une soupe. Elle était bonne, cette soupe : un oignon, deux carottes, quatre patates, de la salade, du persil et même quelques feuilles de basilic. Et j'ai ajouté quelques graines de coriandre.

Et puis je me suis écroulée sur le canapé. J'ai envoyé encore quelques mails et j'avais encore un cours à finir de préparer. Mais je n'ai pas eu le courage. Alors j'ai mis un casque sur mes oreilles et j'ai lancé des chansons d'Elvis Presley. Quand j'écoute le king, c'est que je suis fatiguée. Au bord de la migraine. Sa voix soigne la migraine. Si, je vous jure !

J'ai éternué trois fois. Mauvais signe.

J'ai perdu le feu, j'ai perdu la foi. Je ne suis pas faite pour ça, je pense sérieusement à la reconversion : ermite, gardienne de phare, bergère en alpage.

Loin, seule, libre.

Allez...Demain, ça ira mieux...

mercredi 16 décembre 2015

Blue Christmas...




Quand tu te retrouves, après une longue journée au collège, au milieu des allées d'un supermarché achalandé pour Noël, jouets, peluches, guirlandes et tête de gondoles chargées de jeux vidéos, et qu'une petite voix perfide, au fond de toi, te murmure "Tu te sens mal, hein...Mais pourquoi tu te sens si mal, dis-moi ?" et que sans même avoir à y réfléchir tu te réponds à toi-même "Peut-être parce que tu n'as pas d'enfants..." alors tu sais que tu que tu es très fatiguée...à la limite de la déprime hivernale, même.

No comment.

dimanche 22 novembre 2015

"Grammar Nazis*", mes amis...

Certes, j'ai déjà parlé de mon rapport troublé à l'orthographe...C'était ici-même, sur ce blog, le jour où je décidai d'y écrire pour la première fois. C'est dire si le sujet me tient à coeur.

Evidemment, je suis professeur de lettres modernes et je suis donc forcée de ne pas faire de fautes. Jamais - mais je ne suis pas un robot.

La faute, c'est la honte. C'est pire que la honte, même : c'est un marqueur social. La faute est le fer rouge de notre condition, de la force ou de la faiblesse de notre intégration. 

C'est ce que je tente d'expliquer à mes élèves : les fautes d'orthographe ou l'utilisation fautive du subjonctif, voilà ce qui vous classe tout de suite dans la catégorie des ploucs, des sans éducation, des pauvres. Je ne le dis pas avec ces mots...Mais c'est pourtant cela.

Cependant, mon point de vue c'est qu'en toute chose, l'excès est mauvais. La stigmatisation par l'orthographe n'a rien d'innocent et vient souvent de gens qui ont un petit complexe avec le sujet. Je le sais bien et si vous lisez le texte que j'ai mis en lien, vous comprendrez peut-être pourquoi.

Et puis je ne sais plus qui - Napoléon, peut-être - a dit que l'orthographe est la science des ânes. Il est vrai que tout le monde avec un peu de temps et d'application peut facilement corriger son orthographe.

Il est vrai aussi que c'est le début de la structuration de l'esprit et que c'est la marque d'une compréhension fine du sens, de l'origine de la langue et de la pensée. C'est aussi une politesse et  une attention particulière portée à celui qui lit.

Malgré cela, n'en faisons pas une maladie.

* Grammar Nazi est une expression née sur le net dans les années 2000. Elle désigne les internautes parcourant les sites de presse, notamment, pour corriger les fautes d'orthographe, via des commentaires souvent mouillés d'acide.  Si l'expression, à ses débuts étaient celles des victimes de ces correcteurs anonymes, très vite, eux-mêmes ont repris ces mots à leur compte, de manière ironique.

jeudi 19 novembre 2015

Cyclothymie passagère

La sidération. C'est tout.

Voilà des jours - nous sommes déjà le 19 et ça s'est passé le 13 -, le temps passe tellement vite et si lentement. J'ai l'impression idiote que le temps s'est arrêté : j'ai pourtant enchaîné les réunions et les heures de cours, j'ai couru à la mairie, j'ai même fait les courses et corrigé quelques copies. Mais à vrai dire, j'ai surtout lu des tas d'articles, des tas de commentaires, des milliers de post sur Facebook, des tweets à n'en plus finir.

Il faut chercher à comprendre : qui sont ces gamins qui décident de tuer des femmes et des hommes et qui se donnent la mort ensuite ? Les photos que l'ont voit désormais sur internet montrent des visages d'anges mal rasés. Comme si ces gamins voulaient paraître plus vieux que leur âge, comme s'ils voulaient se viriliser.

Je suis tellement choquée que je n'arrive pas à penser.

Tout se mélange : ces têtes d'ange mal rasées, les frappes en Syrie, les jeunes qui me ressemblent tellement et qui ont été fauchés pendant un concert de rock ou à la terrasse d'un resto, un vendredi soir. Les larmes qui coulent à chaque nouveau témoignage, ce texte d'un journaliste du Monde qu'on a affiché en salle des profs et qui dit "Vous n'aurez pas ma haine...", l'envie soudaine de boire des coups en terrasse, même s'il commence à faire froid par ici, l'envie de vivre encore plus intensément...

Tout se mélange : j'oscille entre la rage de remplir ma vie de rires, de partages, de culture, de mots, de gens que j'aime, de bonnes choses à manger, à boire, à fêter, et une grande dépression qui me cloue sur mon canapé devant des images de mort et de désolation, devant ces interminables textes d'analyse sur Daesh et sur la radicalisation et sur les armes lourdes qu'on retrouve dans des caves tout près de chez moi et puis ces putains de commentaires puants et haineux sous les articles des journaux en ligne, qui ne manquent pas de mettre tous musulmans dans le même panier...

Splendeur et misère humaine.

La vie nous reprend...Les élèves, les plus jeunes, nous offrent leur joie de vivre, leurs petites querelles habituelles, leurs cahiers de smileys à coller, leur joie de découvrir Ulysse et le cheval de Troie...

Et les troisièmes nous inquiètent, ils ont une vision apocalyptique du monde qui les attend. La liberté n'est pas pour eux, la fraternité a laissé place à un chacun pour soi dramatique...Et quelle égalité peut-on proposer à ces jeunes de banlieue, quand ils ont tellement une gueule de bouc émissaire, à 15 ans, déjà...?






vendredi 30 octobre 2015

J'adore les jeux de mots laids

Aujourd'hui, j'ai fait des photos d'un peuplier qui n'est même pas un peu plié.


Bonsoir !

CC

jeudi 29 octobre 2015

Les différents visages de la France - "Les gens et c'est tout".

On voit rarement les différents visages de la France. On ne voit bien, généralement, que ce qu'on connaît, notre réalité quotidienne. Et on met les gens dans des petites cases mentales...

Je vois la France, durant mes périodes ouvrées, au travers des tours moyennement hautes d'une banlieue dite sensible. Plus précisément, au travers des enfants vivants dans ces tours. C'est le panel de population le plus large que je fréquente.

Je vois donc de la pauvreté sociale et culturelle. Je vois aussi des enfants entre deux cultures, ayant du mal à assumer et tout simplement à comprendre leur identité. Des enfants un peu perdus, reflétant un vrai malaise.

J'ai parfois le malheur de généraliser. Je dis, en rentrant du travail : "Quelle misère ! J'ai des enfants qui n'ont pas autre chose à se mettre qu'un pauvre jogging alors qu'il commence à faire franchement frais le matin ! Sans compter que les trois quarts sont partis de chez eux sans prendre de petit-déjeuner...Si tu voyais l'état de leurs dents...Et 75% d'entre eux sont issus de la très grande pauvreté...Où va-t-on ?"

Je ne dramatise pas. Il y a dans ce quartier où je travaille une vraie misère. Malgré cela, il y a des aides, il y a l'école, il y a des élèves qui reviennent me voir pour me dire qu'ils ont réussi (j'ai fait ma 11e rentrée cette année). Il y a des élèves qui bénéficient des bourses, qui progressent, qui trouvent leur voie. Il y a aussi des gens qui roulent avec des voitures que je ne pourrais pas me payer, des gens qui travaillent en Suisse et qui gagnent bien leur vie, qui font grandir leurs enfants dans un environnement stimulant intellectuellement, profitant des structures culturelles riches du quartier et des villes voisines.

Bref, on peut décrire cette situation longtemps. On peut parler de communautarisme, on peut parler de religion, on peut évoquer le chômage dans l'industrie, les aides de la CAF, celles versées par l'Etat aux entreprises du CAC 40 sans contreparties, on peut se demander si le voile est une mode, si le halal est une menace pour les boucheries traditionnelles...

J'aurais tendance à répondre, un peu étroite d'esprit : "Dans mon quartier...mes élèves..."

Pendant les vacances, cependant, je change de point de vue, je m'expatrie.

Décor champêtre : petit village de moyenne montagne. Taux de chômage inférieur au taux de retraités et petites écoles qui ferment ou qui se jumellent entre elles. Economie du luxe florissante : 3 étoiles au Michelin avec vue sur la belle vallée vallonée du Rhône qui ne désemplit pas, gîtes trois épis avec piscine qui voient défiler les Mercedes...Retraités heureux qui sont toujours entre deux voyages, entre deux repas, entre deux activités récréatives. Pas de grandes richesses, hein, entendons nous. Des petits retraités, classe moyenne, classiques. Mais entre le jardin, la maison construite et payée depuis longtemps, le confort sans les crédits, la vie est douce. Mais il y a aussi une autre misère : il y a ces anciennes camarades de classe qu'on croise à la caisse de la supérette, côté caissière, divorcées, trois enfants, du mal à remplir le frigo et puis les petits vieux, vêtements râpés, vélos hors d'âge, vivant dans des masures infâmes...

On pourrait faire une thèse de sociologie, se demander pourquoi la consommation de produits bio est plus forte ici qu'ailleurs, ainsi que le vote FN, on pourrait analyser l'impact sur la dette de la Sécurité Sociale des check-up réguliers chez les cardiologues, les rhumatologues, les cancérologues, de cette population vieillissante...

Je ne sais pas vraiment où mène ce texte.

Peut-être n'est-il que le reflet de mes réflexions suite à la lecture de ce petit coup de gueule de l'artiste Joan Sfar :

"Cette idée saute aux yeux en ce moment : tous nos politiques, quel que soit leur camp, ont intérêt au communautarisme. L'objectif, quand on est journaliste et qu'on veut ratisser large, quand on se présente à une élection, quand on veut gouverner, l'objectif est le même: on voudrait des citoyens assez prévisibles, avec des "représentants de communautés" plutôt dociles. S'ils sont intégristes, s'ils terrorisent leur famille et leur quartier, ça n'a aucune importance. L'objectif est simple, vendre ses articles au plus grand nombre, faire des voix, régner. ca me saute aux yeux ce matin à la vue de la vidéo où Plenel a du mal à comprendre que certaines françaises de religion musulmane refusent de considérer le voile comme un outil émancipatoire. Je ne veux pas parler à la place des gens mais ça me frappe comme une évidence: aucun citoyen n'a intéret à ce découpage en communautés "prévisibles". je n'ai pas envie qu'on me raconte une France où chaque citoyen de religion musulmane sera a priori considéré comme croyant, pas plus que je n'accepte l'idée qu'un français de religion juive devrait être forcément inconditionnel de la politique israélienne. J'ai passé dix ans à expliquer que les gens qui parlaient au nom des musulmans, au nom des juifs, au nom de tel ou tel groupe, ne faisaient que créer des clans et empoisonnaient notre pays. pendant longtemps je me suis dit "il faut trouver des gens moins cons que les représentants actuels". Je vrille, en ce moment, j'en viens à refuser l'idée même de cette représentation. Dans la France dont je rêve chaque citoyen ne doit demander qu'une chose: qu'on le traite comme les autres et SANS A PRIORI. Les conseils représentatifs des différentes religions ne devraient se préoccuper de RIEN D AUTRE que des temples, du culte, et de ce qu'on y raconte, c'est TOUT. Les politiques devraient s'interdire absolument de spéculer sur la pratique ou l'idéologie de tel ou tel groupe. Il n'y a pas de "grands électeurs" en France et c'est tant mieux. Les gens qui parlent "au nom des musulmans" ou "au nom des juifs" vont finir par mettre ce pays à feu et à sang. Je ne sais pas quoi faire pour qu'en fin on apprenne à dire "les gens" et c'est tout."

CC