Nous continuons de disserter sur ce qui ressemble à une utopie urbano-écolo post XXe siècle. Des panneaux solaires produisent un peu d’énergie. Suffisamment pour faire fonctionner l’ancien hôtel de luxe. L’eau est récupérée avec le ruissellement sur l’immense surface de verre de la pyramide. 23 mètres de haut ! C’est une serre géante et c’est une idée géniale d’en avoir fait un jardin d’hiver. Les toits plats, tout autour accueillent des carrés de plantations. Les familles vivent dans les chambres majestueuses du palace, la cuisine du restaurant gastronomique est partagée par tous. Tout le monde participe aux travaux de cultures et tout le monde met la main à la pâte, c’est le cas de le dire : on produit du blé, on fabrique de la farine, on fait du pain. On fait des conserves durant tout l’été pour tenir le coup en hiver. On élève des poules pour les œufs. On a tenté d’installer deux chèvres, mais c’était galère, elles s’échappaient de leur petit parc et mangeaient les salades. Et elles ne produisaient pas beaucoup de lait, pour les dégâts qu’elles faisaient. La communauté a fini par en faire du ragoût et du pâté. Mais depuis, on est végétarien ou presque. Toutes les expériences sont les bienvenues : élevage d’insectes, aquaponie…Mais cela fonctionne moyennement.
Je découvre au fil de la conversation que ces punks jardiniers, ces rebelles écolos ont un vrai problème : vivre en vase clos, resté au sein de la communauté, sans redescendre jamais sur la terre ferme, c’est très compliqué. Et ça engendre un problème qu’ils ne savent pas résoudre : ils n’ont pas d’enfants. Pourtant, certains d’entre eux ont encore l’âge d’en avoir, mais ils sont infertiles. C’est insoluble. Même en mangeant bio, en travaillant en faisant du sport, rien n’y fait.
Et puis la vieille tour commence à subir sévèrement les assauts du temps. Rien n’est vraiment étanche, il faut toujours parer les fuites. La serre est pleine de seaux et de récipients qui réceptionnent les petites pluies et les gros orages. Les belles chambres voient doucement leur papier peint noircir, leurs rideaux tombent en lambeaux, malgré toutes les précautions des membres de la communauté.
Rien ne semble tenir, dans ce monde ! À mes remarques et malgré leur enthousiasme, les membres de la communauté haussent les épaules. De toute façon, ils disparaitront. Ils ont 50 ans, en moyenne, ils n’ont pas eu d’enfants. Ils vivent heureux, mais ils vivent pour eux. C’est une utopie, une illusion. Un bonheur voué à disparaître.
Alors je ne m’attarde pas. J’ai mangé la meilleure ratatouille de ma vie. Peut-être que je reviendrai les voir, peut-être que la vie me mènera ailleurs. Mais il faut que je poursuive ma quête et que je comprenne qui je suis, pourquoi j’ai été rajeunie, pourquoi l’iA me protège et me poursuit en même temps. Tellement de questions sans réponse…

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👌
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