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mercredi 28 octobre 2015

Un jour...

Un jour, un jour qui n'est peut-être pas si lointain, je sais que je prendrai la décision de m'asseoir devant mon clavier pendant quatre ou cinq heures par jour, pour écrire un roman. Ou une romance. Ou un récit. Avez-vous remarqué qu'aujourd'hui, on ne publie presque plus que des romans ? Mais je parle déjà de publication alors que...

Ecrire, déjà, c'est le but.

J'en finirai avec ces ébauches, avec ces quelques mots avortés en nouvelles, avec ces textes creux qui ne mènent pas loin.

J'écrirai vraiment comme on court un marathon, je tiendrai sur la longueur et je raconterai une vraie histoire, avec de vrais personnages, avec de vraies descriptions.

Mais ce n'est pas encore tout à fait mûr et je ne m'en sens pas la force et le courage. Je prends des notes, j'esquisse, je trace le croquis.

Et je publie parfois quelques uns de ces morceaux de rien, pour me rassurer...ou pas !

CC

mardi 27 octobre 2015

Meeting

C’est une salle de province qui sert habituellement aux bals du samedi soir, aux thés dansant du dimanche après-midi et aux galas de gym du club des Joyeuses du bâton de twirling.

C’est une salle qu’on a plongé dans une pénombre intime pour mieux mettre en valeur la scène repeinte de lumière républicaine. Sur chaque chaise, couleurs assorties, un petit drapeau : bleu, blanc, rouge.

Petit à petit, la salle se remplit : la moyenne d’âge est la même que d’habitude pour les thés dansant. Il y a quelques jeunes, ça et là. Peut-on encore dire jeune quand on a trente cinq ans et qu’on fait de la politique ? Il y a des cravates, il y a des écharpes et des bonnets. La salle n’est pas encore chaude, on se serre la main, on se fait la bise, mais on garde une petite distance avec l’événement et avec le lieu. On n’en parle pas encore. Dans le fond, on vient pour observer, pour se renseigner, mais on ne sait pas à quoi on s’attend…et puis, la politique, les politiques…On garde ce petit cynisme prudent : « Bah ! qu’est-ce qu’on va bien nous raconter, encore… » Faire mine de ne pas y croire, garder son manteau, attendre de voir.

Quand la salle est pleine - elle est toujours pleine, on prévoit des paravents à tirer si on attend moins de monde, mais il y a toujours des gens debout, et s’il y a vraiment peu de monde, on fera des photos serrées…- quand la salle commence à bourdonner, à s’accorder comme un orchestre, on note comme une légère modification de l’ambiance. On n’attend pas le Messie, non, on n’attend même pas Johnny à Bercy. Mais on attend quand même un type qui passe à la télé. Un type qui fait partie du gouvernement. Un de ceux qui ont le pouvoir. Un pouvoir. Une parcelle de pouvoir. En tout cas, plus de pouvoir que nous, que vous, que moi.

Et puis la musique passe du style ascenseur à la musique d’entraînement de Stallone. La politique n’est pas forcément un lieu de finesse musicale. Mais le signe est fort : les lions vont rentrer sur le ring, les boxeurs arrivent dans l’arène. C’est quand le signe est fort, en politique, que tout se joue. Mais trêve de cynisme : quand la salle, unanime, tombe le manteau, se lève de sa chaise, se saisit du drapeau et se met à applaudir comme un seul homme, on est saisi, même si l’on y croit guère.

Et puis les discours commencent. C’est un rituel, c’est une organisation bien réglée : tout d’abord, c’est le joueur local qui parle : le maire ou le conseiller général. Sur son terrain, devant son public d’administrés. Il les connaît presque tous par leur nom. Mais quand même, il est un peu plus suant que d’habitude, un peu plus tendu : il faut assurer la première partie de la star. Vient ensuite le mec au-dessus. Le député, le sénateur. Encore un type d’ici, auquel on serre la main de temps en temps. On l’a entendu cent fois, on connaît déjà un peu ses répliques, on peut dire, au fil des intonations, au gré du rythme et du phrasé, s’il est en forme ou pas, s’il a forcé un peu sur le Pomerol durant le dîner. Enfin, quand la Madame Loyale d’un soir - une dame, forcément, pour introduire tous ces messieurs - annonce le ministre, c’est l’apothéose. On se lève pour l’accueillir. On crie dans les rangs, on est bouillant, ça y est, on a tombé la veste et desserré la cravate, comme entre le digeo et l’orgasme.

Celui qui n’a jamais assisté à un meeting politique ne peut pas comprendre ces instants d’adhésion collective. Peut-être ceux qui vont à la messe. Quand le curé s’entend dire « Et avec votre esprit », peut-être cela se rapproche-t-il du vibrant cri de la foule assemblée autour du ministre qui termine son discours par un glorieux « Vive la République, vive la France ! ». Mais il n’y a plus guère de catholiques, le dimanche dans les églises. Il y a encore quelques citoyens qui croient à la politique…comme en Dieu ? Non. Comme en l’Homme.

lundi 20 juillet 2015

Les après-midis de juillet

Je me rappelle de la longueur, de la lenteur, de la langueur des après-midis d'été, quand j'étais enfant. Je me souviens du Tour de France à la télé, dans le salon aux volets à demi clos, des verres de sirop de menthe, de la cueillette des groseilles à maquereaux dans le jardin, mais seulement en fin de journée, quand le soleil commençait à décliner, mais qu'il était encore assez puissant pour révéler les odeurs d'herbe coupée...

Je me souviens aussi de l'ennui imposé : "Prends donc un livre, il ne faut pas sortir quand il fait si chaud..." Ma grand-mère, mon grand-père aux mots croisés, les chamailleries avec mon frère, les parties de Monopoly avec les cousins du midi en vacances à la montagne. "On va au lac ?"

Je n'aimais pas les vacances. Je n'aimais pas grand-chose je crois. Aujourd'hui, j'ai l'impression d'avoir mille ans et je crois que je parle d'un temps lointain qui a disparu à tout jamais. Les enfants jouent-ils encore au tarot les après-midis de canicule, dans le frais d'un salon aux persiennes fermées ? Lisent-ils encore des Picsou magazines ou des Astérix vautrés par terre ? Les jeux vidéo ont-ils gagné la bataille marketing de la société de consommation ?

Ma nostalgie me surprend moi-même...

Aujourd'hui, il faudrait déjà prendre le temps. S'arrêter. Tout va trop vite. Hier aussi, sans doute. C'est un âge de la vie. Je suis juste avant la case "senior", il faut profiter. 

Rien ne s'arrête. Même au mois de juillet, il faut courir, même par une chaleur de bête, la peau collée à la chemisette. Il faut traiter les dossiers laissés par les heureux vacanciers qui suent sur un quelconque front de mer. Il y en a quelques uns. Les aoûtiens auront-ils la pluie sur les plages de Normandie ?




mardi 23 juin 2015

Fuite du fluide

(Je hais les journaux intimes, je le rappelle : ce que j'écris là n'est pas la vérité, merci, merci, merci !)




Il ne faudrait pas que les gens pensent que je pense. Il ne faudrait pas que les gens s'imaginent que j'ai de l'imagination. Je ne suis qu'une masse de chaire informe à la recherche du moule qui fera d'elle une pièce mangeable pour le monde qui l'entoure. Je suis malléable, je suis la bonne pâte à modeler, verte, rouge, bleue.

Quand le fluide de l'autre qui pense pour moi m'abandonne, je tombe comme la robe qu'on quitte et je glisse sur le sol, patapouf, bave aux lèvres. Il faut qu'on insuffle en moi l'énergie vitale. Sans ça, mon sang fuit et les nerfs me lâchent. Les fils de la marionnettes sont coupés par une main invisible qui jette du sable dans mes yeux cerclés de noir, qui me fait lentement tomber aux pieds de Morphée. Lamentable, recroquevillée, roulée en boule, le corps cassé, trop froid, trop chaud, brisée...




jeudi 18 juin 2015

Fin d'année

Je vis chaque moment dans l'attente de la prochaine pause. Je vis chaque moment comme une épreuve interminable, minée par la fatigue, minable d'être aussi éprouvée, pire qu'une épave en vérité.

Ecrire

Voilà si longtemps que je n'ai pas écrit qu'il me semble que je suis rouillée.

Il est faux de dire que je n'ai pas écrit : j'ai écrit des cours, des mails, à foison, des comptes-rendus, des projets, des notes, des rapports, des appréciations...

Mais voilà longtemps que je ne me suis pas mise devant une page blanche avec pour seul but l'envie de faire de jolies phrases. Je ne me suis pas assise avec la tête pleine d'idées bouillonnantes sur un sujet passionnant. Cela m'est arrivé, pourtant, par le passé, sur ce blog ou ailleurs. J'ai eu, plus qu'envie même, besoin d'écrire.

J'ai écrit des choses profondes (enfin, aussi profondes que possibles pour mon petit cerveau étroit et rustique), des textes sur l'homosexualité, sur la féminité, sur la maternité...Suis-je vidée de tout ce que j'ai à dire ? Peut-être, après-tout. Il y a plus de tonneaux percés que de tonneaux sans fond. L'ivresse de "l'inspiration" ne peut pas durer toujours et je me sens Danaïdes à vouloir remplir sans cesse une page qui demeure vide.

Je suis entrain de lire un livre de Jeanette Winterson qui, à chaque page, me donne envie d'écrire, pourtant. Mais comment, mais pourquoi ?

A vrai dire, il faudrait que j'écrive sur un autre sujet : pas sur moi. Mais ce sera pour plus tard !

CC

jeudi 7 août 2014

C'est pas autobiographique et c'est trop sombre, je vais pas le publier.

Tu t'es vue, là, devant ce petit bout dans sa poussette, tu t'es regardée : tu es ridicule, tu ne sais pas comment faire, tu es gauche et tu ne veux pas que ce soit dit. Tu ne sais pas ce qui est mieux, en plus : te tenir là, les bras ballants, un sourire idiot, mais faux, sur les lèvres ou bien surjouer le gâtisme avancé, multiplier les "Oh ! Comme il est mignon ! Oh ! Comme il est trop chou !".

Toi, avec ton utérus qui avance en âge et qui n'a toujours pas porté d'enfant, devant les enfants des autres, tu es prise de jalousie, d'une folie soudaine qui te pousserait presque à commettre des enlèvements, des hold-up à la maternité, des braquages à la banque du sperme.

Tu le sais maintenant qu'il faut te préparer psychologiquement quand tu vas voir une copine mère de famille. Des copines mères de famille, tu n'as presque plus que ça, d'ailleurs, à ton âge. Tu le sais bien que tu vas vivre des moments de malaise, que tu vas te sentir détachée, pas à ta place devant ce tableau charmant de la petite qui vient faire un bisou à sa maman. Tu le sais que tu vas te sentir mal devant ce petit attaché au sein de sa mère.

Tu le sais, mais c'est la vie, tu ne peux pas l'éviter. Alors ce n'est pas la peine de fondre en larmes, ça ne changera rien. Ce manque qui est là, au creux de ton ventre, il faut le taire. Il faut seulement faire attention, parce que ce qui te guette, pauvre vieille, c'est l'aigreur, la rancœur, la haine, même. Tu le sais et ça te fout déjà des rides.

Et puis, quand la raison revient, quand les hormones ferment leur gueule, tu sais bien les savourer tes nuits tranquilles, tes sorties au resto, tes économies de couches et de baby-sitter. Tu es la première à sourire intérieurement quand une copine arrive le matin, des cernes jusqu'au menton parce qu'il a fallu bercer la petite et éponger le vomi du dernier.

Es-tu vraiment une femme si tu n'es pas une mère ? Cette question, ce n'est pas toi qui te la pose, c'est la société toute entière qui te la balance à la gueule, en permanence...Les pubs, les émissions de télé, les magazines, ta mère...

Et puis, que transmets-tu ? Comment occupes-tu ta vie, si tu ne donnes à personne, si ce que tu construis n'est pas destiné à quelqu'un d'autre que toi ? Si tu te complais dans cet égoïsme...

Et pourtant, ce monde est suffisamment pourri pour qu'on n'ait pas envie de le refiler comme on refilerait une chaude-pisse...C'est ce que tu te dis quand tu n'as plus d'argument...Parce que le reste du temps, tu te dis qu'il serait sans doute agréable de faire découvrir ces magnifiques paysages que tu aimes tant, que ce serait un beau moment, que de faire goûter des cerises sur un arbre à un enfant, pour la première fois...Et lui lire des contes, le soir, lui interdire des livres, pour qu'il se lève la nuit pour les lire en cachette, regarder des vieux films ensemble...

Autant oublier...