Nicolas prétend que sur la route, je rencontrerai des dangers. Qu’il y a sûrement des bandes, des hordes, des brigands, qui se sont échappés des villes, qui se sont organisés aux abords des villes abandonnées. Qu’on a de la chance d’être là, perdu au milieu de nulle part dans un village isolé et difficile d’accès, que ce n’est sûrement pas le cas dès qu’il y a un peu plus de commodités, de l’eau, des plaines plus faciles à cultiver et des restes de civilisation.
Je lui oppose que l’iA contrôle tout ça. Si l’iA est capable de nous localiser, de venir nous voir pour nous donner de la cellulose quand on est au bord de la famine, alors la sécurité doit être assurée sur le reste du territoire.
Mais il doute et il me met le doute. Il me confie un petit Glock qu’il a trouvé dans l’appartement d’un ancien gendarme.
Mon package grossit. Il faut que je m’entraîne à marcher avec ce truc sur le dos. Je décide donc de faire une petite randonnée jusqu’à Ontex, le village qui surplombe la vallée. C’est 4 ou 5 kilomètres, tout au plus, mais avec un dénivelé assez important. Un bon entraînement pour mes cuisses.
En arrivant au sommet, après une ascension bien plus difficile que je ne l’imaginais, à cause de la végétation qui a mangé le chemin, je suis stupéfaite par la vue sur le lac, par la beauté des montagnes au printemps. J’ai envie de m’installer là pour toujours. J’oublie l’hiver, j’oublie la solitude. La beauté suffit à remplir une vie. Au moins pendant quelques instants.
Je me souviens alors qu’ici, dans les années 2030, il y avait eu une expérience de ferme autonome. Si quelqu’un avait fait comme Nicolas ?
J’ai du mal à retrouver le chemin. C’était dans le bois, loin du village. Loin dans ma mémoire d’enfant. Avec ma mère, on faisait parfois des balades, durant l’été…C’était une ferme dans une clairière, avec des panneaux solaires sur le toit. En me frayant un chemin sur ce que je suppose être la piste en terre battue qui conduit à ce petit paradis, je ne pense pas vraiment trouver quelqu’un. Tout semble redevenu sauvage, enfoui sous une végétation déjà dense, malgré le printemps balbutiant. Personne n’emprunte ce chemin, hormis quelques bêtes.
Avec ma machette, je me sens en sécurité. Je tranche dans les ronces et dans les fougères. Les branches d’acacias ne me font pas peur, malgré les épines. J’avance et je reprends confiance. Oui, je suis capable d’aller jusqu’à Lyon.
Et puis, surprise ! Autour de la ferme, s’ouvrent une immense clairière et un pré printanier, couvert d’orchis sauvages violets. C’est splendide. Le paradis est préservé. Qui vit encore là ? Dans un premier temps, je reste planquée, à distance, à l’orée du bois, derrière les troncs majestueux des hêtres et des sapins. J’observe. Il est déjà tard dans la journée. Je suis partie au soleil levant, mais j’ai mis plus de temps que prévu et quand j’arrive là, je sens déjà le soleil descendre derrière les montagnes. Il est prudent que je redescende avant la nuit Je n’ai rien vu bouger. Mais la cheminée s’est mise à fumer. Il n’y a pas de doute. Il y a d’autres humains ici.
Je repars sur mes traces, en courant, mon barda sur le dos. Je me promets de revenir très vite. Je suis déjà fascinée par ces autres ermites, même si j’ai hâte aussi de découvrir ceux qui sont partis. Ceux qui ont choisi de répondre aux sirènes de l’iA.







