Ce petit festin a marqué le début du printemps. Cette fois-ci, selon les observations météorologiques un peu hésitantes de Nicolas, plus de risque de giboulées. Dans la serre, tout commence à germer, à fleurir, à bourgeonner, comme la nature qui s’épanouit dans sa robe vert tendre. « L’hiver a laissé son manteau de vent, de froidure et de pluie… »
Et moi, je prends des forces, boostée par la vitamine D d’un soleil doux et puissant à la fois. Je suis retournée à la ferme dans les bois, pour compléter mes vivres. Il n’y a toujours personne. C’est bel et bien une sorte de maison secondaire d’ultra riches. J’ai fouillé un peu les chambres, toujours en mode commando, et j’ai découvert qu’il s’agit de la maison de vacances d’une famille fortunée, travaillant dans l’industrie du monde virtuel, ayant des actions dans des fabriques de cellulose protéinée, dans une grande société internationale travaillant à la migration sur la Lune ou encore dans l’industrie pharmaceutique produisant des médicaments pour la fertilité.
Nous n’avons pas de nouvelles du monde, dans notre coin perdu. Mais ces sociétés lucratives qui permettent à cette famille d’avoir une maison secondaire luxueuse et préservée de la pollution et de la misère de l’humanité, c’est un indice. Le peuple a faim, il est infécond et les plus riches ne pensent qu’à quitter le navire.
Cela m’effraye et me fascine tout à la fois…
Quand j’ai eu assez de farine et de sucre pour faire des gâteaux facilement transportables pour mon périple, j’ai décidé de partir.
Un beau matin de mai, j’ai coupé mes cheveux et j’ai bouclé mon barda idéal, j’ai collé mon Glock chargé contre ma peau, sous mon blouson, j’ai lacé mes bonnes chaussures de marche et j’ai pris la route.
J’ai calculé une première étape, en direction de Lyon, passant par Belley et empruntant ensuite d’anciennes routes départementales.
Dans la ville, j’espère trouver d’anciens supermarchés abandonnés contenant encore quelques stocks, quelques barres de cellulose chocolatées ou quelques bouteilles de boissons énergétiques. Je prévois aussi trouver quelques vêtements chauds pour renouveler un peu ma garde-robe.
Mais je ne fais pas fait 5 km qu’un drone me tourne déjà autour. Je l’écarte comme on essaye de se débarrasser d’un moustique, d’un revers de main. Mais comme un moustique, la bestiole mécanique insiste, bourdonnante, insupportable, collante. Elle m’interpelle : « Ne partez pas. Ce n’est pas ce que nous avons programmé pour vous. Vous devez rester. Vous devez rester. Vous nous êtes utile en restant. Vous pouvez faire des randonnées, vous pouvez nous demander à manger, vous pouvez nous demander de l’aide, mais ne partez pas. C’est dangereux. Vous aurez des problèmes. Vous ne DEVEZ pas partir. »
Je suis presque tentée de prendre mon Glock et de tirer sur l’oiseau électronique…mais je décide de chercher à comprendre : « Pourquoi ? » J'hurle la question du plus profond de mon incompréhension.
La voix est interloquée. « Je ne peux pas répondre à votre question. Merci de la reformuler. »
Je lui demande alors : « Pourquoi est-ce dangereux ? Pourquoi avez-vous besoin de moi ici ? »
« Je ne peux pas répondre à ces questions. Secret d’iA. Secret d’iA. Secret d’iA… »
La machine bégaye. Bloquée, cassée, hors service. Elle finit par s’envoler.
Je ne dévie pas de mon chemin pour si peu. Mais je sais bien qu’elle reviendra à la charge.







