Le printemps est arrivé et tout a reverdi. Les premiers radis croquaient sous la dent. La terre n’était pas spécialement cocagne, pas vraiment d’abondance. Mais Nicolas avait la main verte. Et il avait lu tout ce qu’il avait pu trouver sur la permaculture, sur le maraîchage bio et sur l’agroforesterie. Ces théories étaient à la mode, dans les années 2020 et personne n’avait su vraiment s’en saisir pour changer le cours du destin. On avait alors l’opportunité de nourrir le monde grâce à une agriculture de proximité et on a tout gâché en continuant de produire du plastique et de l’argent. Et nous avons dû manger de la cellulose protéinée plutôt que de bonnes carottes.
Mais ressasser le passé ne sert à rien. Nicolas a trouvé un fameux moyen d’être heureux, en cultivant son jardin.
Pour moi, par contre, le bonheur n’est pas encore total. Il faut que j’aille au-devant de ma curiosité.
Au sortir de l’hiver, maintenant que les jours rallongent, je me prépare. J’explore l’espace proche : j’ai commencé par des randonnées, de plus en plus longues, de plus en plus aventureuses. J’ai trouvé de bonnes chaussures dans une villa en ruine, je me suis aguerrie. Je manquais considérablement d’endurance, au début, et de muscles. Mais la montagne, ça vous forge le caractère. Je vais courir, très régulièrement, je monte au point de vue, celui où l’iA m’avait rendue au monde, après ma conservation. Et je redécouvre d’autres endroits magnifiques. La nature commence à frémir. Dans les anciens jardins, dans les anciennes propriétés, il y a encore des forsythias pour illuminer à la place du soleil quand l’astre du jour montre des faiblesses.
J’ai dans l’idée de rejoindre Lyon. En théorie, ce sera environ 4 ou 5 jours de marche. Sur une vieille carte, j’ai tenté de tracer le parcours optimal. J’ai été biberonnée au GPS et à Google Maps. Mon cerveau a du mal à comprendre un plan. Le nord, le sud, l’échelle, tout cela me semble assez complexe. Je me suis surprise à pincer la carte à plusieurs reprises pour tenter de l’agrandir…Ce geste que l’on faisait sur l’écran du téléphone…
Les villages alentours ont été de nouvelles ressources pour préparer mon long voyage. Sac à dos, chaussettes, gourde, vêtements chauds…Je tente de rationaliser, de m’organiser. Mais j’ai peur, en vérité.
Nicolas ne dit pas grand-chose, mais il me juge en silence. C’est de la folie, selon lui. Pourtant, je deviens de plus en plus endurante. De plus en plus déterminée. Il faut que je parte à l’aventure.







