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dimanche 5 avril 2020

Journal de guerre contre un virus #21


Je n’ai pas de fièvre.

Je ne pense pas, d’ordinaire, avec Mallarmé, que la chair est triste - et je n’ai pas lu tous les livres, loin s’en faut. Cependant, avec lui, j’aimerais fuir, là où les grands oiseaux s’amusent dans l’écume. 

On n’entend plus guère les chants des matelots, de nos jours. Ici, on entend les mouettes sur le Doubs. Et avec un peu d’imagination, en fermant fort les yeux, il se peut que nous puissions sentir la brise marine.

Brise marine 

La chair est triste, hélas ! et j'ai lu tous les livres. 
Fuir ! là-bas fuir! Je sens que des oiseaux sont ivres 
D'être parmi l'écume inconnue et les cieux ! 
Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux 
Ne retiendra ce coeur qui dans la mer se trempe 
Ô nuits ! ni la clarté déserte de ma lampe 
Sur le vide papier que la blancheur défend 
Et ni la jeune femme allaitant son enfant. 
Je partirai ! Steamer balançant ta mâture, 
Lève l'ancre pour une exotique nature ! 

Un Ennui, désolé par les cruels espoirs, 
Croit encore à l'adieu suprême des mouchoirs ! 
Et, peut-être, les mâts, invitant les orages, 
Sont-ils de ceux qu'un vent penche sur les naufrages 
Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles îlots... 
Mais, ô mon coeur, entends le chant des matelots ! 

Stéphane Mallarmé, 1893.

Mais aller à la mer, y aller vraiment, voilà qui semble bien compromis. Même à la piscine, c’est un rêve qu’il faut caresser et remettre à plus tard. Cela tombe bien, je ne suis pas épilée. J’aurais pourtant le temps de le faire à la pince. Mais c’est étonnant comme malgré le temps que l’on a, on décide parfois de ne rien faire. Juste ne rien faire. Juste éprouver l’ennui et voir s’écouler lentement les minutes. Est-il seulement 10h ? La matinée s’étire et ce n’est pas si désagréable. Un peu de musique. Soudain une chanson qu’on aime, on chante.

J’ai réécouté Georges Moustaki, hier. Le chanteur de la paresse et de la lenteur, par excellence. Nous prendrons le temps de vivre.

Profitons. C’est si rare, de pouvoir faire le point sur son ennui, sur ses souvenirs. Chercher un poème, le relire. "J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans". Avec Baudelaire, faire le bilan de nos gros meubles. Faire l’inventaire de nos placards.

Dans la salle de bains, je tombe sur deux shampooings repigmentants. Sur la bouteille, des vertus presque magiques. Sur ma tête, aucun résultat. Vivement que le coiffeur se déconfine et puisse me repigmenter.

Glissons aux placards de la cuisine. Passer alors cinq bonnes minutes à rêvasser sur un pot de mousse de brochet au beurre blanc - qu’on s’est fait sur des toasts pour l’apéro -. Repenser en salivant aux brochets incroyables des repas de famille de mon enfance. Un véritable plat de fête : un brochet cuit au court bouillon puis reconstitué de la tête à la queue, en gelée, sur un plat décoré, avec de la mayonnaise, de la macédoine de légumes, des tomates découpées de façon savante et des quartiers de citrons. La chair délicate, la fierté du pêcheur - j’avais des pêcheurs dans ma famille, autrefois. Y-a-t-il encore des traiteurs qui ont conservé ce savoir-faire aujourd’hui ? Autour du Lac du Bourget, peut-être.

Le Lac du Bourget. Passer encore quelques minutes à laisser mon esprit voyager vers ce paradis perdu. Un petit tour sur Instagram, pour voir quelques photos en tapant Conjux dans le moteur de recherche. Décider finalement de regarder mes propres photos, mes propres souvenirs et m’émerveiller de la lumière éclatante et des brumes mystérieuses s’accrochant aux flancs des montagnes.

Il est déjà midi.

Regarder depuis mon balcon, passer les gens, pas les cons, non, je ne les connais pas tous, mais ils ne méritent pas mon jugement à l’emporte-pièce, quand bien même la référence à Brassens...

Brassens...aller chercher la guitare, jouer un peu, Dans l’eau de la claire fontaine, se demander s’il ne fait pas trop chaud pour le bois de l’instrument, rentrer à nouveau.

Soutenir moralement Amandine qui fait des trous dans les murs pour installer une cimaise.

Il est déjà 15h.

C’est l’heure du cours de dessin avec Claude Bellaton, sur Facebook.

Repenser qu’hier soir, on a découvert une artiste locale qu’on connaissait uniquement dans son rôle de livreuse de Place du Local, dont je vous parlais justement dans mon dernier billet. C’est Ad’line. Elle chante, elle joue de la guitare et elle offre son talent sur Facebook. Comme M ou Jean-Louis Aubert. Un sacré talent, une voix un peu cassée, une belle personne. Un beau moment.

La journée n’est pas finie. Il faut aller chercher du pain. Il faut s’aérer un peu aussi, on va imprimer des attestations, les remplir, ça va bien nous prendre un quart d’heure et puis on sortira au soleil du soir, profiter un peu de la belle lumière sur le Doubs.

Bonne soirée !

samedi 4 avril 2020

Journal de guerre contre un virus #20

Avec un petit verre de Viré-Clessé
Je n’ai pas de fièvre.

Depuis Instagram, je poste quelques photos sur Facebook. En ce moment, sans conteste, les photos ayant le plus de succès sont les photos de nourriture.

Comme en temps normal, Amandine et moi sommes accros aux restaurants, il faut que je sois à la hauteur durant le confinement. Je ne me débrouille pas mal, très humblement. Mon seul défaut est souvent la paresse, ce qui nous pousse plus souvent qu’il faudrait dans les gargotes du coin, pour notre plus grand plaisir.

En général, les frites, par exemple, c’est un plat qu’on ne mange qu’au restaurant. Je n’ai pas de friteuse. Alors pendant cette période si difficile - déjà qu’on ne peut plus aller chez le coiffeur, déjà qu’on ne peut plus aller boire un coup au marché couvert, déjà qu’on ne peut plus aller au resto..., nous n’allons pas en plus nous priver de frites.

Recette des frites maisons sans friteuse. 

Couper des pommes de terre au format frites, après les avoir épluchées, cela va de soi.
Les enduire d’un peu d’huile d’olive, de thym, d’ail écrasé, de sel et de poivre.
Les mettre sur une plaque allant au four, matériel d’électroménager que vous aurez préalablement mis à chauffer à 200 ou 220 degrés.
Enfournez durant une trentaine de minutes, en position assez haute et pensez à mettre sur gratin en fin de cuisson pour que ce soit plus joli et plus grillotté.
Régalez-vous.

C’est simple, c’est bon, c’est gourmand et c’est presque mieux qu’au resto. Cependant, pas d’inquiétude pour nos amis restaurateurs : nous reviendons après la crise. La flemme reprendra le dessus.

Et puis il faudra soutenir l’économie locale : les commerçants, les producteurs. C’est ce que je fais depuis longtemps. Par exemple, cela fait trois ans que je fais toutes mes courses alimentaires (sauf les bananes, mais d’ailleurs, nous allons bientôt être en rupture de bananes, non ? Quel drame affreux !) sur le site placedulocal.fr 

C’est une entreprise qui va chercher tout un tas de bons produits dans un rayon d’une centaine de kilomètres autour de chez nous, qui les recense dans un catalogue en ligne, sur lequel on passe commande entre le jeudi et le lundi midi et qui nous sont livrés entre le mercredi soir et le samedi. Non seulement c’est un luxe d’être livré à domicile, mais tous comptes faits, ce n’est pas plus cher et bien meilleur qu’au supermarché. Des légumes, de la viande, de l’épicerie, du fromage, des oeufs, du lait, des yaourts, des boissons alcoolisées ou pas, des produits d’hygiène et de nettoyage. Beaucoup de produits bio ou du moins avec une grande attention portée à l’environnement. A peu près tout, sauf le papier toilette. Et pas mal de choix, des nouveautés régulièrement...

Leur activité a triplé pendant la crise. Ils ont embauché, ils ont dû trouver de nouveaux producteurs, ils font face admirablement. Je leur souhaite seulement que cela continue après la crise : que les gens se souviendront que les produits sont bons, que le service est excellent, que les prix sont corrects et qu’ils permettent de faire vivre une entreprise locale et des agriculteurs, des artisans du coin.

Prenez soin de vous !

vendredi 3 avril 2020

Journal de guerre contre un virus #19

Je n’ai pas de fièvre.

Je vous dis ça depuis 3 semaines, mais à part le premier jour, je n’ai pas pris ma température. Ne faites pas confiance à la tenancière de ce blog, elle raconte n’importe quoi...mais franchement, vous aimez ça, prendre votre température ?

Prenons la température du pays.

Les collégiens, les lycéens, pour la première fois de leur vie ont écouté avec attention une intervention ministérielle. Ils ont perdu des cours, mais je veux croire que derrière leurs écrans, entre quatre murs, ils apprennent autrement, autre chose. Ils apprennent la solitude, l’isolement, la promiscuité, l’ennui. L’autonomie, on l’espère. Ils apprennent sûrement la colère, la frustration, l’énervement. Ils apprennent que la politique est importante et a des répercussions concrètes sur leur vie. Un élève de 3e qui me rend parfois des copies écrites avec les pieds, mais qui est loin d’être idiot, malgré son profil si peu scolaire, a été le premier à retranscrire les propos de Blanquer sur Discord, tout à l’heure. Ils apprennent à écouter un discours, à l’analyser, à en tirer un avis nuancé. Au format SMS. Mais les échanges étaient intéressants : est-ce que les notes comptent depuis le début de l’année ? Oui. Est-ce que les notes obtenues pendant le confinement compteront ? Non. Et pendant le confinement, ce qu’on fait ne sert à rien ? Mais non, ça sert à préparer la seconde et puis si tu n’es pas absent, que tu fais preuve de sérieux, tout ça, ce sera pris en compte. D’accord, d’accord. N’empêche qu’on est “les élus” ! Pas de brevet, les gars, la classe ! Ouais, tu parles, toute notre vie, on sera les secondes qui n’ont pas le brevet…

Bref. J’ai trouvé qu’ils avaient mûri, en trois semaines.

Le constat, je crois, c’est que nous apprenons chaque jour un peu plus sur nous-même et sur ceux qui nous entourent. C’est dans les moments difficiles que certains se révèlent particulièrement. Particulièrement pénibles ou particulièrement brillants. Je ne balancerai personne. On découvre les hypocondriaques au bord du gouffre qui palissent et qui suent au moindre énoncé d’un symptôme du coronavirus : ça, c’est moi. On découvre les amoureux des grands espaces qui deviennent des lions dépressifs en cage, qui sont incapables de vivre juste l’instant et de prendre les problèmes tels qu’ils arrivent, au jour le jour. Qui se projettent systématiquement dans un futur trop incertain pour être rassurant. Ceux qui paniquent, qui sont pas logiques, du moins pas comme il faut, qui cherchent des solutions frénétiquement, le cerveau embrouillé par la peur et le doute. Et puis on découvre les calmes, les froids, les pragmatiques. Ceux qui gèrent, avec optimisme et énergie les dossiers quand ils se présentent. Ceux qui se noient dans le travail, dans les tâches à réaliser, dans le concret, parce que ça empêche de penser, de mettre les mains dans le cambouis.

On découvre surtout que chacun est capable de prendre l’un de ces rôles, au fil du temps.

J’aime les gens. Et ça, ce n’est pas près de s’arrêter.

J'aime les gens qui doutent, les gens qui trop écoutent leur cœur se balancer
J'aime les gens qui disent et qui se contredisent et sans se dénoncer
J'aime les gens qui tremblent, que parfois ils ne semblent capables de juger
J'aime les gens qui passent moitié dans leurs godasses et moitié à côté

J'aime leur petite chanson
Même s'ils passent pour des cons

J'aime ceux qui paniquent, ceux qui sont pas logiques, enfin, pas "comme il faut"
Ceux qui, avec leurs chaînes pour pas que ça nous gêne font un bruit de grelot
Ceux qui n'auront pas honte de n'être au bout du compte que des ratés du cœur
Pour n'avoir pas su dire "délivrez-nous du pire et gardez le meilleur"

J'aime leur petite chanson
Même s'ils passent pour des cons

J'aime les gens qui n'osent s'approprier les choses, encore moins les gens
Ceux qui veulent bien n'être, qu'une simple fenêtre pour les yeux des enfants
Ceux qui sans oriflamme et daltoniens de l'âme ignorent les couleurs
Ceux qui sont assez poires pour que jamais l'histoire leur rende les honneurs

J'aime leur petite chanson
Même s'ils passent pour des cons

J'aime les gens qui doutent mais voudraient qu'on leur foute la paix de temps en temps
Et qu'on ne les malmène jamais quand ils promènent leurs automnes au printemps
Qu'on leur dise que l'âme fait de plus belles flammes que tous ces tristes culs
Et qu'on les remercie qu'on leur dise, on leur crie "merci d'avoir vécu!"

Merci pour la tendresse
 Et tant pis pour vos fesses
  Qui ont fait ce qu'elles ont pu

 Anne Sylvestre (Spéciale dédicace aux Gallezot, qui sauront...)


jeudi 2 avril 2020

Journal de guerre contre un virus #18

Nouvelle scène de film d'horreur
Je n’ai pas de fièvre.

Les jours se suivent et se ressemblent, quand l’amour fait place au quotidien…Joe Dassin est avec nous, ce soir. La musique m’accompagne depuis le début du confinement.

Je n’arrive pas à lire de roman ou à regarder de film. Comme si la fiction ne pouvait pas m’extraire de la réalité, cette fois-ci. Comme si la réalité était trop puissante, trop lourde, trop incroyable. Qui aurait pu imaginer que comme dans un film de science-fiction, ou comme dans un film d’horreur, nous puissions voir ainsi les rues désertées des voitures et des passants et le ciel se vider de ses avions ? Comment aurions-nous pu imaginer que le chaos que nous aurions à vivre, nous, pauvres petits humains augmentés du XXIe siècle, serait un chaos calme, un chaos par défaut, une guerre du rien, du vide. Cela ressemble finalement à l’époque. C’est une guerre pour une époque vaine et vide de sens, sans idéologie et sans croyance, une guerre contre un ennemi invisible, une bataille où l’arme fatale est l’inaction complète. Ne faites rien, tenez la vie à distance, regardez l’herbe pousser derrière vos carreaux, vous sauvez des vies. Cela dépasse tout ce que la fiction propose.

Et ce qui devient fiction, ce sont des histoires où des gens se rencontrent, s’embrassent et s’aiment, mélangent leurs peaux et leurs sueurs, se parlent à l’oreille, échangent à moins des 6 mètres - minimum -, désormais réglementaires, de distance entre les êtres. Notre passé semble une fiction. 

Nous ne savons pas jusqu'à quand nous devrons rester à ne rien faire. Jusqu’à ne plus pouvoir passer la porte de notre foyer, rendus obèses par les usages excessifs de notre canapé et de notre frigo ? Jusqu’à notre anéantissement par le diabète et le cholestérol, qui aura notre peau plus sûrement que le virus ?

Je ne m’ennuie pas. C’est plutôt le contraire. J’ai trop à faire et j’ai envie de profiter un peu de ce vide qui s’offre à nous, en vérité. J’ai envie de vivre cet instant au même tempo que les autres. Alors la musique, c’est l’idéal. Slow down. Violoncelle, Everybody here wants you, Chet Baker, Ella, elle l’a, et Rubinstein au piano, sur quelques nocturnes de Chopin. Je laisserais mon coeur battre de plus en plus lentement, pour conjurer le sort de mes nuits de mauvais sommeil, de mes matinées à aider, à répondre, à écouter, à réclamer, pour que la vie continue malgré tout, de mes après-midi consacrés des recherches frénétiques pour trouver des contenus simplifiés et accessibles à mes élèves, pour qu’ils puissent être autonomes devant leur écran, puisque je ne pourrais pas franchir cette nouvelle barrière hygiénique.

Notre futur semble aussi être irréel. Nos rapports humains pourront-ils être les mêmes, ensuite ? N’aurons-nous pas plongé trop loin, chacun chez soi, dans le virtuel, dans une introspection personnelle, dans un cocon protecteur propre à nous couper des autres êtres humains ? Pourrons-nous encore nous serrer la main sans peur, nous faire la bise sans crainte ?

Certains humains à tendance ursinoïde s’en réjouissent déjà, je le sais. Mais je suis un être social et ça m’inquiète un peu, le retour à la vie normale.

Je m’inquiète. Mais je sais aussi que l’être humain reste humain, souvent, et qu’il ne lâche pas l’affaire si facilement. Et partout, je vois des petits gestes qui rassurent et qui aident, des mains tendues, des fleurs offertes, des services rendus, aux voisins, aux amis, des voix solidaires au téléphone, des mots simples mais qui touchent, qui réchauffent et qui réconfortent.

Bonne soirée !

mercredi 1 avril 2020

Journal de guerre contre un virus #17

Je n’ai pas de fièvre.

Ce n’est pas un canular, malgré la date : un ministre de la 6e puissance mondiale demande qu’on fasse des dons pour aider les petites entreprises.

Ce n’est pas un canular.

En temps normal, je trouve déjà complètement hallucinant que ce soit la charité qui compense les manques de l’Etat. Que ce soit les Restos du coeur qui soient obligés de pallier les manques de notre société.

Mais là, à l’heure où les infirmières sont obligées de porter des masques tricotés par leurs marraines de guerre, les petites mains du club couture du coin, à l’heure où les ambulanciers sont obligés de se faire offrir des tabliers de protections en plastiques par la cantine du lycée, à l’heure où les gants des aides-soignantes ont été achetés grâce à une cagnotte leetchi organisée par la mairie, à l’heure où les soignants mangent grâce à la solidarité des traiteurs et des restaurateurs au chômage et où les caissières de supermarché ont piqué les casques du rayon jardinerie pour se protéger un peu des postillons des clients, sérieusement, venir faire la manche pour sauver les petites entreprises, ça tendrait à nous faire croire que l’on vit dans un pays du tiers-monde.

Sans compter qu’aujourd’hui, au bout de trois semaines de coronavirus, la préfecture nous conseille, par écrit, de réquisitionner masques et gants pour les donner à qui en aurait besoin. Bon sang, mais c’est bien sûr. C’est ce que nous aurions dû faire, depuis le début. Comment diable n’y avons-nous pas pensé !

On peut compter sur l’administration française !

Allez, aujourd’hui, j’ai aussi eu de bonnes nouvelles.

J’ai eu des nouvelles d’une élève qui n’avait pas donné signe de vie depuis le début du confinement. Elle n’avait plus d’internet. Elle fait ses devoirs et elle a même fait l’évaluation du CDI. Pour vous, c’est peut-être pas grand chose, mais pour moi, ça veut dire beaucoup !

Et puis un enfant est né sur le territoire de notre commune. Ce qui n’arrive pas souvent, puisque nous n’avons plus de maternité. La maman a accouché dans l’ambulance, devant chez elle. Et la nouvelle a réjoui les réseaux sociaux, presque autant qu’un post sur le Professeur Raoult.

Les gens ont soif de vie. Il faut croire qu’elle est belle, parfois !

Bonne soirée !

mardi 31 mars 2020

Journal de guerre contre un virus #16

Je n’ai pas de fièvre.

Le soleil est là, à nouveau. Si ses rayons ne réchauffaient guère ce matin, cet après-midi, la terrasse est le spot le plus doux de la terre. Pour ma guitare et moi. Quelques familles se baladent, poussant draisienne ou poussette. Il faut aérer les petits. Si le temps reste au beau fixe, je finirai ce confinement bronzée comme si j’étais allée aux Seychelles.

Tandis que les journaux et les chaînes d’infos nous annoncent tranquillement ce qui doit changer au 1er avril, les APL en moins, les droits au chômage à la baisse, le prix du gaz à la hausse, comme si de rien était, notre vie entière est en train de changer.

La véritable question, pourtant, c’est de savoir ce qui va vraiment changer. Pour nos dirigeants, visiblement, rien ne va changer : on continue à aider en priorité banques et entreprises du CAC40. Tout en se félicitant que quelques uns de nos fleurons de l’industrie soient capables de se mobiliser pour fabriquer quelques centaines de respirateurs pour la mi-mai. Tout en se félicitant que nos grandes entreprises arrivent soudain à produire quelques millions de masques pour la fin avril. Sans avoir pensé à faire fabriquer des charlottes, des surchaussures et des blouses jetables, en même temps.

On va relocaliser, dit-on. Promesse de crise. Mais si on ne pouvait pas compter sur les productions chinoises, soyons honnêtes, notre imprévoyance nous conduirait dans le mur.

C’est le bla-bla de Macron, ce midi. 4 milliards d’Euros pour Santé Publique France. D’ici qu’on en voie la couleur, là, sur le terrain, dans mon département qui est l’un des plus touchés de France, on en sera à COVID-22. Minimum.

Les effets d’annonce sont légions depuis le début de la crise. Par exemple, la prime de 1500 Euros à laquelle les indépendants peuvent prétendre pour les pertes du mois de mars. Les conditions sont tellement contraignantes que personne n’y aura droit. A peu près comme les masques fantômes. 

Aujourd’hui, j’ai fait un plat d'épinards à la béchamel avec des oeufs durs, des croutons délicatement frottés à l'ail, vous savez...ce plat qu’on n'aimait pas quand on était petit mais qu’on aime bien, maintenant, parce qu’il nous rappelle notre enfance. Aujourd’hui, demain...ce qui change, pourquoi ça change...Je vous laisse cogiter.

 Bonne soirée.

lundi 30 mars 2020

Journal de guerre contre un virus #15

Je n’ai pas de fièvre.

Je vais bien. J’examine les moindres petites douleurs, les petites failles imperceptibles de mon corps et soyons honnête, tout va bien. J’ai le nez qui coule, comme d’habitude, quand il fait froid, quand il fait chaud. J’ai les intestins qui n’en font qu’à leur tête, comme d’habitude. Tout est parfaitement normal.

J’ai eu une sorte de petit coup de mou, tout à l’heure, en début d’après-midi. Il faut dire que j’ai une masse de travail impressionnante, pour le collège. Des messages de partout : WhatsApp, SnapChat, Discord, la boîte mail, Pronote. J’ai l’impression d’être poursuivie, jusque dans mon sommeil par des notifications qui s’amoncellent et auxquelles je n’arrive pas à faire face. J’ai donc passé trois heures à répondre, à faire les cours, les corrections, les leçons. A tout mettre en ligne. A m’assurer qu’ils comprennent, même au fond de la classe, à réexpliquer comment accéder au manuel en ligne, les codes, les mots de passe. Tout est compliqué. Surtout quand on sait que certains n’ont que leur téléphone portable pour y arriver.

Mais c’est fait. Je voyais ça comme une montagne, je l’ai gravie. Pour l’instant. Je suis Sisyphe - passion mythologie grecque.

Bon, j’ai eu une sorte de petit coup de mou, tout à l’heure. Peut-être parce qu’il fait froid, peut-être parce qu’il fait gris. Peut-être parce qu’à la cellule de crise, nous avons eu le message désespéré d’une dame d’Algérie qui n’arrivait pas à joindre son oncle depuis jeudi. Son oncle vivant seul dans notre ville et ayant la santé fragile. Nous avons dû appeler les pompiers, ouvrir l’appartement en urgence. Nous craignions le pire. Il est finalement à l’hôpital, positif au COVID-19, mais pris en charge. Nous allons sans doute avoir beaucoup d’histoires dramatiques comme celles-ci, dans les jours et les semaines qui viennent. Il va falloir être fort.



Alors quand nous sommes à la maison, il faut se bichonner, se câliner, se protéger. Qu’est ce qui vous fait du bien à vous ? Les gaufres maison, avec de la confiture de poire ? Passer une heure à supprimer les photos WhatsApp de votre photothèque ? Les chansons de John Mayer ? Les après-midis couette et canapé, avec un petit thé au miel ? Le film “Un jour sans fin” pour se rassurer (il y a pire comme confinement !) ? Chanter à tue-tête ? Danser sur les rythmes endiablés proposés par Isabelle ? La chanson Fever, par Elvis, pour conjurer le sort et nous réchauffer l’âme ? Faire l’amour ? Regarder à nouveau tous les épisodes de la série The L word ? Lire un Arlequin ou La Recherche du temps perdu ? Ranger, nettoyer, balayer, récurer les joints du carrelage à la brosse à dents ? Faire le vide dans les placards ? Jouer au scrabble en famille ? Commencer à apprendre une nouvelle langue ? Faire des trous dans les murs pour accrocher de nouveaux tableaux ? Ecouter les merveilleux podcasts de ma cousine Ruth (celui avec ma cousine Florence ❤️) ? Regarder les nuages, les merveilleux nuages par la fenêtre ? Compter le nombre de fois que Mme Machin sort son chien chaque jour ? Passer une heure au Cambodge, au Mexique ou à Melun grâce à Google Earth ? Téléphoner à des amis que vous n’avez pas vus depuis longtemps ?

Dites-nous tout !

 Il est temps de chiller, comme disent les jeunes !