lundi 18 juillet 2016

Organisation Guerre Civile Totale

Tout s'affole au QG de l'organisation. C'est le milieu de la nuit, au siège de l'OGCT : l'Organisation Guerre Civile Totale. On s'agite devant les écrans, dans les bureaux sombres.

Il y a plusieurs sections contradictoires, forcément, mais coordonnées : on travaille donc dans un open space géant. C'est plus simple pour communiquer.

Dans la première tranche, il y a la Collecte d'Informations en Tout Genre. Service capital dans lequel, 24h/24h, un staff qui travaille en 3/8 parcourt internet pour ne rien manquer de l'actualité, pour capter le moindre fait divers pouvant servir un autre service. Cela va du fait divers sanglant au gros événement international - plus c'est sanglant, mieux c'est - qui peut servir, selon les coupables, selon les victimes, à l'un ou l'autre des services. Si c'est un maghrébin ou un noir qui commet le crime, alors on envoie cela directement au service Identité Nationale. Si c'est un noir ou un arabe qui se fait salement dégommer, on dirige vers le service Touche pas à mon pote. Si c'est un homo qu'on assassine, c'est le service Lobby Gay qui prend l'info en charge.

Vous avez compris le système.

Ce soir-là, grosse actualité : attentat sur la plage. Tous les services sont sur le coup.

Identité Nationale ne chôme pas, évidemment. C'est un dénommé "Mohamed" qui a perpétré le crime. Il faut lancer des rumeurs, il faut répondre à des commentaires sur les sites d'actualité, il faut trouver des informations sur le tueur pour aller dans le sens des racistes de tout poil. Entre le journaliste et le troll, pour bosser dans ce service, il faut être réactif et penser toujours à mal. Pas grave si l'on est un peu dans la caricature, au contraire. Toutes les forces sont lancées dans la bataille : le petit service (mais très efficace) Catho extrême, les branches anti-sionnistes du web, pilotées par le service Les Juifs sont partout, les très efficaces complotistes à tendance raciste du service FrançaisRacines.

Cette action ne serait rien si elle n'était pas coordonnée avec celle du service Touche pas à mon pote. Il faut répondre aux commentaires des premiers, s'indigner, lancer des articles de blogs intitulés "Pas d'amalgames", chercher à démontrer que des attentats peuvent être perpétrés par des Blancs aussi, qu'un déséquilibré n'a pas de couleur. Le travail se fait en coordination étroite avec le service Droits de l'Homme et paix sur terre, évidemment.

On découvre assez rapidement que le type ayant commandité le massacre était gay. Une fois l'info balancé par le service de collecte, tous s'en emparent : le Lobby gay, évidemment, qui en profite pour balancer des commentaires sur l'homosexualité refoulée, pire déclencheur de haine contre soi et contre les autres, mais aussi les trois services communautaires des trois grandes religions qui pour une fois sont en accord pour dire que l'homosexualité est le pire des vices et que le diable est bien évidemment derrière tout ça.

Le web est pris d'assaut, on s'invective par commentaires interposés. Twitter est le centre de toutes les batailles. On peut y écrire n'importe quoi. Chaque service dispose de centaines de profils différents pour pouvoir inonder le réseau social de messages de 140 caractères tour à tour haineux, émus, agressifs, sarcastiques, diffamants, homophobes, antisémites, racistes, droit de l'hommiste, désespérés, désespérants, nihilistes, apocalyptiques, éthyliques...

A chaque fois le scénario est renouvelé. On ne cherche qu'à envenimer la situation. A tour de rôle chaque service envoie un comédien, préalablement grimé pour correspondre au cliché qu'il va défendre, dans une petite cabine à fond vert dans laquelle il pourra enregistrer une vidéo très réaliste, et la diffuser sur Périscope ou sur Youtube. Le plus trash possible. Tout ça est hébergé au Kazakstan pour pouvoir tourner sur le net et échapper aux lois du pays.

Revenons à notre attentat. Les premiers à avoir dégainé, ce soir-là, ce furent les politiques de droite et d'extrême droite. Ils ont même été beaucoup plus rapides que les gars de l'OGCT. Quand Guaino sort une phrase comme "Si on avait mis un lance roquette à l'entrée de la Promenade des Anglais, on aurait pu stopper le camion", c'est plus que du pain béni. Le travail est mâché. Il suffit d'enchaîner : les pro, les anti, les ni pour ni contre, bien au contraire. Les polémiques sont faciles à créer.

Certains responsables musulmans appellent à la prudence avant de qualifier le criminel d'islamiste. Ni une, ni deux, les pour, les contre, les autres, tout le monde est sur le pont : islamiste, détraqué, tout le monde s'étripe.

Cette première nuit a été fructueuse : les premières discussions houleuses sur internet vont bon train. Cette fois-ci, même les politiques sont tombés dans le panneau et en rajoutent dans l'indécence. Dans les bureaux, on se sent tout puissant. On en rajoute dans les sites de complot : le criminel aurait été pris vivant. Le maire de la ville aurait posté un tweet prévenant de la catastrophe 6 heures avant le drame. Il n'y avait pas de policier du tout sur la plage ce soir là.

Et puis on cherche les coupables à peu de frais, on pose des questions : n'aurait-on pas dû annuler le 14 juillet ? Comment se fait-il qu'un camion roulait un jour férié ? Finalement, on aurait dû aller au bout de la loi sur la déchéance de nationalité, on aurait pu lui retirer, il était bi-national...Oui, il est mort, et alors ? Tiens, d'ailleurs, il faut rétablir la peine de mort.

On apprend que l'homme était bi national et bi sexuel. Lien de cause à effet ? Tout est bon pour mettre le trouble dans l'esprit d'un maximum de monde.

Et bingo ! Quatre jours plus tard, lors de la minute de silence en hommage aux victimes, les altercations ont éclaté : des personnes influencées par la cellule Identité Nationale tendance Français Racines ont insulté des jeunes très marqués "Pas d'amalgame", issus de la 2e génération d'immigrés nord-africains. Des tas de Démocrates de la branche universaliste ont pleuré en visionnant les images sur Facebook.

Et peu de temps après, ce sont les politiques qui se sont fait huer. Les politiques du gouvernement, dans un premier temps. Minute de silence, dignité, recueillement, puis sifflets et insultes. Il est vrai que certains, très influencés par les groupes Facebook "Président va-t-en !" et "Les Politichiens sont tous des chiens" avaient du slogan de haut niveau tout prêt depuis des mois.

Un journaliste d'Arte, un peu plus curieux que celui de BFM, a essayé d'en savoir un peu plus, auprès des siffleurs : qu'auraient dû faire les politiciens pour empêcher le drame ? Après quelques secondes d'hésitation ballotte, l'interrogé répliqua : "Ben chépas, c'est à eux de faire c'qui faut ! Mais c'qu'est sûr c'est qu'ils l'ont pas fait, c'qui faut ! Et ça, c'est une honte, pis y devraient démissionner, quoi !"

Le journaliste insista : "Sarkozy aurait-il fait mieux ?" A nouveau, un instant d'hésitation béate et puis une réponse d'anthologie : "Ah ben, c'est c'qui dit, en tout cas !"

Finalement, le journaliste d'Arte a revendu l'interview à BFM qui l'a fait tourner en boucle pendant une demi-journée, mais en coupant la dernière réplique du gars d'Arte : "Il ne faut pas oublier que Sarkozy a supprimé 70 500 emplois dans la police, la gendarmerie et l'armée..." Ce n'était pas dans la ligne de BFM...

Il en ressortait donc, après quatre ou cinq jours que tout le monde se méfiait de tout le monde, que les femmes portant un foulard se firent admonester dans la rue, que des personnes ayant gardé un drapeau à leur fenêtre depuis la coupe d'Europe se firent jeter des oeufs et qu'on fit des descentes dans une boîte bisexuelle de Paris pour "casser du PD terroriste".

On était mal...

(À suivre...ou pas. Ce récit ressemble à une théorie du complot. Mais c'est à peu près ce qui s'est passé sans qu'aucune agence n'ait eu besoin de faire le boulot, non ?) 

CC


jeudi 7 juillet 2016

Mais je vais bien...

J'ai des tonnes de petites névroses, comme tout le monde je crois : qui peut dire qu'il est parfaitement sain d'esprit, à part un fou ?

Une photo publiée par @cycee le

J'ai toujours l'impression de souffrir des maladies dont on me parle : légère hypocondrie. La dernière fois, on m'a parlé de ménopause précoce et j'ai tous les symptômes, c'est une évidence. Je ne consulte pas pour autant, parce que je sais que la prochaine fois qu'on me parlera d'une maladie, celle-ci remplacera la précédente. J'ai eu successivement une hépatite B, des cancers pour tous les organes et à chaque petit bobo, je crains la gangrène. Mon médecin me trouve toujours en parfaite santé et je n'ai pas pris deux jours d'arrêt maladie cette année...

J'ai un complexe d'infériorité aussi : je pense toujours que toutes les personnes que je rencontre pour la première fois sont plus belles et plus intelligentes que moi. C'est souvent vrai, mais parfois, on me dit que non. Ce que je ne crois pas tellement...Ce qui m'apporte parfois des déconvenues, mais c'est la vie.

J'ai un complexe de fainéantise, aussi : je fais souvent le double de travail que les autres pour ne pas que ça se remarque. Mon épouse me dit souvent que si on me payait toutes les heures que je fais au boulot, on serait riche...Mais ce complexe me permet aussi de mettre en place des stratégies pour travailler plus vite et plus efficacement.

J'ai une légère parano aussi. J'ai toujours peur de mal faire, de décevoir, de ne pas être polie comme il faut, une sorte de culpabilité, liée à mon sentiment d'infériorité, qui me fait douter en permanence de ce qu'on pense de moi. C'est une chose étrange car dans le fond, peu importe ce qu'on pense de moi. J'ai ma conscience pour moi.

Et je suis bien assez douée pour faire mon autocritique.

La prochaine fois, je ferais bien la liste de mes qualités. Mais je crains que ma modestie maladive m'en empêche...

CC

mardi 5 juillet 2016

Où se niche la fierté...

Une photo publiée par @cycee le

Ce n'est rien, ou pas grand chose, juste quelque chose qui chiffonne, quelque chose qu'on se reproche un peu, une petite faiblesse, un moment de honte vite dilué par la vie. Mais quand même.

C'est un moment dans la conversation où l'on dit un peu vite et sans articuler "mon amie", au lieu de "mon épouse", à une collègue à qui on n'a jamais dit qu'on était lesbienne. Tout simplement parce que la situation ne s'est pas présentée, parce qu'on a la réputation d'être discrète sur sa vie privée, parce que ce n'était pas le sujet, parce qu'on parle finalement rarement de sa sexualité (et c'est tant mieux, la plupart du temps)...

Aujourd'hui, c'est simplement que ce serait tombé comme un cheveu sur la soupe, qu'il aurait fallu expliquer, peut-être, que cela aurait pris du temps, que cela aurait provoqué un malaise, allez savoir...parce que l'instant était à la fête et que l'on ne veut pas peser, soudain, quand l'atmosphère est légère...

Bref, j'ai dit, bien vite, sans m'attarder, en ayant un peu honte "mon amie", à la place de "mon épouse". Et je n'en suis pas fière...

CC

lundi 20 juin 2016

Tristesse

Il est des jours comme aujourd'hui où la vie nous rappelle combien elle est fragile et combien elle peut fuir en un instant.

Il est des jours où l'on se dit que la mort devrait faire plus de discernement, qu'elle ne devrait pas faucher les jeunes mamans alors qu'il y a tellement de vieux cons sur terre.

Ces pensées sont vaines mais on aimerait savoir prier, on aimerait pouvoir se rattacher à une croyance, à l'espoir d'un monde meilleur.

En attendant, il faut vivre avec les vivants, entourer ceux qui restent et qui sont dans la peine.

Toutes nos pensées à Benjamin, Noémie et Coraline. Toutes nos condoléances.

jeudi 19 mai 2016

Abus de confiance

Plus j'avance dans cette étrange absurdité de la vie, plus je me rends à l'évidence que nous ne pouvons nous fier qu'à l'or du soir qui tombe, qu'aux cris des martinets au petit matin et qu'aux marronniers, chaque printemps, qui tendent leur belles grappes coniques vers l'azur, érotiquement, leurs fleurs, comme des phallus fiers vers le ciel.

Nous pouvons faire confiance à la nature, elle a ses colères et ses humeurs, mais elle ne trahit pas, elle ne ment pas.

Les hommes se sont exclus de la nature.




mercredi 4 mai 2016

Bonne réunion, efficace et tout...

Un silence gênant s'est installé dans la petite salle de réunion.

Le rendez-vous était fixé à 14h00. Je suis arrivée la première à 13h59, un peu essoufflée. J'ai toujours peur d'être en retard. J'ai poussé la porte doucement. Je m'attendais à déranger. Je me fais toujours beaucoup d'illusions. Je me suis assise et j'ai sorti mon carnet et un stylo ; j'ai commencé à le faire tourner sur mes doigts.

Perdue dans mes pensée vengeresses "la prochaine fois, je serais vraiment en retard, puisque c'est ça, j'en ai marre, on n'avance pas, déjà que cette réunion..." quand, cinq bonnes minutes plus tard, une deuxième personne est arrivée.

"Salut, ça va ? Je croyais être en retard..." Tu parles !

Cinq minutes passent encore, péniblement. Le frôlement de ma jambe qui s'agite contre mon gré, nerveusement, contre la table, est le seul trouble dans ce silence pesant qui s'est installé.

Soudain, j'attrape mon téléphone et je consulte mon agenda : je me suis trompée de date ? Je me suis trompée de salle ? Je me suis trompée d'heure ? Non.

Il est 14h10. Passez dix minutes avec quelqu'un que vous aimez, cela vous semble si court. Posez dix minutes votre main sur un poêle brûlant, cela vous semble une éternité. Et attendre une réunion dans une salle avec un inconnu...

A 14h15, la dame qui apporte le café fait grincer le chariot dans le couloir. On dirait qu'elle vient de loin et qu'elle avance très lentement, comme prise dans l'épaisseur de la moquette. Le grincement remplit l'espace. Je tapote frénétiquement mon carnet avec mon stylo. Je me promets de ne pas prendre de café.

14h20. Les principaux acteurs de la réunion arrivent enfin, riant fort, avec, déjà, un café à la main. "Tiens, vous êtes déjà là ?".

Pas un mot d'excuse.

"On a pas beaucoup de temps, on doit repartir à 14h45, sans faute. On a une autre réunion à la préfecture. Le préfet n'attend pas. Alors, déjà, un petit tour de table : pas sûr que tout le monde se connaisse."

Raclements de gorge. Finalement, un café, oui, en intraveineuse. Tour de table. Ordre du jour.

"Je vous propose qu'on fasse le planning pour les prochaines réunions...Ah ! Mme Machin, bonjour, non, ne vous inquiétez pas, vous n'êtes pas en retard, on vient juste de commencer, installez-vous !"

Et puis planning. Pendant 20 minutes, on se prend la tête : "Soit on n'aura pas les éléments nécessaires si tôt, soit ce sera trop tard. Et le vendredi, je ne suis pas là. Il nous reste un créneau, de 10 à 12, un jeudi, ça nous va ? Non ? Ah ! Oui ! Ah ! Non ! C'est férié."

On repart, en se serrant la main. Bonne réunion, efficace et tout, comme on en a tant dans l'éducation nationale.

lundi 21 mars 2016

Sous les mots...

J'aime les gens comme j'aime les livres : le mystère qui se cache sous la couverture, lorsqu'on se promène dans une librairie, c'est fascinant.

Avant d'ouvrir un livre, on ne sait pas encore, mais le titre ouvre la porte d'une infinité de possibles : Tu ne t'aimes pas, Le Cul de Judas, Salambo...Tour à tour énigmatiques, étranges, sonores, les titres nous poussent au rêve ou font écho à nos cauchemars. Les titres nous attirent et nous choisissent.

Tant que nous ne les ouvrons pas, ils sont tout ce que nous en imaginons.

Il est rare de pouvoir plonger dans l'âme des gens comme nous pouvons plonger dans un roman. Il est rare de pouvoir s'abandonner à la lecture d'un être : souvent il faut se contenter de la couverture. Certaines personnes sont peut-être comme quelques ouvrages...De belles promesses et des pages sans intérêt, un titre aguicheur choisi par un éditeur pour masquer le creux d'une prose sans imagination. Mais certains nous attirent irrésistiblement, nous avons envie de lire en eux, à livre ouvert...

J'aime passer du temps à la librairie, à rêver sur les couvertures. J'aime essayer de deviner les mondes qui se dissimulent dans les pages que je ne lirai pas...