mercredi 4 mai 2016

Bonne réunion, efficace et tout...

Un silence gênant s'est installé dans la petite salle de réunion.

Le rendez-vous était fixé à 14h00. Je suis arrivée la première à 13h59, un peu essoufflée. J'ai toujours peur d'être en retard. J'ai poussé la porte doucement. Je m'attendais à déranger. Je me fais toujours beaucoup d'illusions. Je me suis assise et j'ai sorti mon carnet et un stylo ; j'ai commencé à le faire tourner sur mes doigts.

Perdue dans mes pensée vengeresses "la prochaine fois, je serais vraiment en retard, puisque c'est ça, j'en ai marre, on n'avance pas, déjà que cette réunion..." quand, cinq bonnes minutes plus tard, une deuxième personne est arrivée.

"Salut, ça va ? Je croyais être en retard..." Tu parles !

Cinq minutes passent encore, péniblement. Le frôlement de ma jambe qui s'agite contre mon gré, nerveusement, contre la table, est le seul trouble dans ce silence pesant qui s'est installé.

Soudain, j'attrape mon téléphone et je consulte mon agenda : je me suis trompée de date ? Je me suis trompée de salle ? Je me suis trompée d'heure ? Non.

Il est 14h10. Passez dix minutes avec quelqu'un que vous aimez, cela vous semble si court. Posez dix minutes votre main sur un poêle brûlant, cela vous semble une éternité. Et attendre une réunion dans une salle avec un inconnu...

A 14h15, la dame qui apporte le café fait grincer le chariot dans le couloir. On dirait qu'elle vient de loin et qu'elle avance très lentement, comme prise dans l'épaisseur de la moquette. Le grincement remplit l'espace. Je tapote frénétiquement mon carnet avec mon stylo. Je me promets de ne pas prendre de café.

14h20. Les principaux acteurs de la réunion arrivent enfin, riant fort, avec, déjà, un café à la main. "Tiens, vous êtes déjà là ?".

Pas un mot d'excuse.

"On a pas beaucoup de temps, on doit repartir à 14h45, sans faute. On a une autre réunion à la préfecture. Le préfet n'attend pas. Alors, déjà, un petit tour de table : pas sûr que tout le monde se connaisse."

Raclements de gorge. Finalement, un café, oui, en intraveineuse. Tour de table. Ordre du jour.

"Je vous propose qu'on fasse le planning pour les prochaines réunions...Ah ! Mme Machin, bonjour, non, ne vous inquiétez pas, vous n'êtes pas en retard, on vient juste de commencer, installez-vous !"

Et puis planning. Pendant 20 minutes, on se prend la tête : "Soit on n'aura pas les éléments nécessaires si tôt, soit ce sera trop tard. Et le vendredi, je ne suis pas là. Il nous reste un créneau, de 10 à 12, un jeudi, ça nous va ? Non ? Ah ! Oui ! Ah ! Non ! C'est férié."

On repart, en se serrant la main. Bonne réunion, efficace et tout, comme on en a tant dans l'éducation nationale.

lundi 21 mars 2016

Sous les mots...

J'aime les gens comme j'aime les livres : le mystère qui se cache sous la couverture, lorsqu'on se promène dans une librairie, c'est fascinant.

Avant d'ouvrir un livre, on ne sait pas encore, mais le titre ouvre la porte d'une infinité de possibles : Tu ne t'aimes pas, Le Cul de Judas, Salambo...Tour à tour énigmatiques, étranges, sonores, les titres nous poussent au rêve ou font écho à nos cauchemars. Les titres nous attirent et nous choisissent.

Tant que nous ne les ouvrons pas, ils sont tout ce que nous en imaginons.

Il est rare de pouvoir plonger dans l'âme des gens comme nous pouvons plonger dans un roman. Il est rare de pouvoir s'abandonner à la lecture d'un être : souvent il faut se contenter de la couverture. Certaines personnes sont peut-être comme quelques ouvrages...De belles promesses et des pages sans intérêt, un titre aguicheur choisi par un éditeur pour masquer le creux d'une prose sans imagination. Mais certains nous attirent irrésistiblement, nous avons envie de lire en eux, à livre ouvert...

J'aime passer du temps à la librairie, à rêver sur les couvertures. J'aime essayer de deviner les mondes qui se dissimulent dans les pages que je ne lirai pas...

samedi 12 mars 2016

Quand ceux qui vont...

Est-ce parce que l'hiver se traîne encore un peu ? Ambiance quelque peu mortifère en ce moment. La vie qui vient, la vie qui s'en va...et nous restons, pour pleurer.

Je pense à vous, à ceux qui s'en sont allés dans la blonde lumière...Je pense à mon père, comme tous les jours depuis 3 ans et demi...Il y a plus de 3 ans, déjà...




Chaque jour, je me dis qu'il faut que je garde de lui le meilleur : sa force, son optimisme, sa volonté de toujours apprendre, toujours faire les choses pour un intérêt commun, toujours faire preuve de sincérité, de vérité, toujours rester intègre à ce qu'on est, fier de ce qu'on est et d'où l'on vient. 

Ambiance mortifère, mais le soleil revient...Le jour se lève encore....




mardi 16 février 2016

Thérèse Clerc

Image : +Yagg 
C'était pour moi une femme inspirante. Une de ces femmes fortes, à poigne, sûrement pas une marrante dans la vie de tous les jours, sans doute une sacrée chieuse, même. J'adore les chieuses.

Elle était une féministe en acte. Elle le racontait dans le film "Les Invisibles" dont j'ai déjà parlé de nombreuses fois sur ce blog : dans les années 60, elle pratiquait des avortements clandestins dans sa cuisine, pour aider ces femmes qui étaient enceintes encore et encore et qui passaient leur vie dans les couches. Elle a d'ailleurs commencé sa vie prise dans le carcan classique de la femme mariée. Et puis elle a réalisé que son existence ne pouvait pas se résumer aux biberons et à la cuisine.

Mai 68 l'a libérée, elle a dû se mettre à faire les marchés parce qu'elle a divorcé et qu'elle a découvert l'amour lesbien. Sa vie a commencé. Mais elle racontait ça mieux que moi...

Et puis, quand l'âge est venu, elle s'est occupée de sa vieille mère et s'est rendu compte que la vie des femmes était souvent jalonnée par les couches : celles des gosses, puis celles des vieux. Elle n'a pas voulu imposer ça à ses enfants. Elle a créé la maison Babayaga...Une maison pour les femmes, auto-gérée, solidaire, écologique...

Elle a aussi crée la première Université populaire traitant des savoirs sur la vieillesse. Elle a été combative jusqu'au bout.

Toutes mes condoléances à ses proches...Et que ses combats ne meurent pas : ils sont d'actualité pour bien longtemps encore, hélas...

mercredi 10 février 2016

Vivement les vacances

La période scolaire qui se termine cette semaine a été courte mais intense. J'ai eu l'impression de passer mon temps à corriger des copies. C'est le gros du deuxième trimestre qui vient de s'écouler. Autant dire la vraie année scolaire. Car le premier trimestre est une mise en jambe et le troisième n'existe pas. Nous courrons après le temps. Je crois que nous avons l'année scolaire la plus concentrée, la plus dense d'Europe. Nous avons aussi les enseignants les moins bien payés et presque les résultats les plus médiocres. Mais les lobbys du tourisme sont heureux du nouveau découpage des académies.

Tout va bien.


mardi 19 janvier 2016

Carol...et moi.

Si j'avais vécu dans les années 50, j'aurais été une paysanne savoyarde. Je ne me serais probablement pas mariée.

Ou bien, comme j'étais une frêle adolescente, à la santé fragile, comme je n'étais pas très forte à l'école, comme j'aurais sans doute peiné à avoir le certificat d'étude, j'aurais peut-être été placée à la ville, pour être...je ne sais pas...cuisinière, dans une famille bourgeoise. J'aime bien cuisiner.

A la ville...les villes savoyardes ne sont pas très grandes. Les villes où l'on peut se perdre dans la foule...il faut aller plus loin. Il faut aller au moins à Lyon. Est-ce que dans les années cinquante, j'aurais pu vivre à Lyon ? Je ne sais pas.

Non. Tout cela, c'est déjà de la romance.

Je ne me serais sans doute pas éloignée de beaucoup de la ferme familiale.

Comme aujourd'hui, moi qui vous parle, j'ai eu très tôt conscience que j'étais lesbienne, il en aurait probablement été de même dans les années cinquante. Je n'ai pas eu besoin d'un modèle. J'ai su, avant même de savoir que l'homosexualité existait, que je n'étais pas attirée par les garçons et qu'il m'était naturel de lorgner sur mes copines. C'est à peu près en même temps que j'ai eu conscience que c'était mal.

Bref. Si cela avait été pareil en 1950, j'aurais été malheureuse, je pense. Enfin qui sait...? J'aurais peut-être eu la volonté de m'affirmer. Mais je repense à ma famille. Du côté de ma mère. Son père avait 7 ou 8 frères et soeurs. Ils étaient deux à s'être mariés. La fratrie, statistiquement, devaient bien comporter un ou une homo. Cette tante, dont la chanson préférée était "N'avoue jamais" ? Cet oncle qui a fini alcoolique ? Je ne sais pas.

Tout ça pour dire que j'ai beaucoup aimé le film Carol de Todd Haynes. C'est une histoire d'amour entre deux femmes dans le New York des années cinquante. New York, ce n'est pas la campagne savoyarde. Mais évidemment, je suis une midinette et je m'identifie. Les romances lesbiennes sont rares. Les actrices sont brillantes : Cate Blanchett et Rooney Mara ont interprété avec justesse les regards, les non-dits, les interdits à braver. Elles sont habillées comme l'était ma grand-mère, celle qui a vécu à Paris : jupe en dessous du genoux, tellement élégante, rouge à lèvres impeccable, manteau trois quarts...L'expression même de la féminité.

Même s'il est idiot de vouloir transposer ce récit à notre monde, à 2016, ce film me parle. Il évoque quand même la difficulté de se dire, à soi-même d'abord, puis de dire aux autres, que l'on est homosexuelle. Même en 2016.

dimanche 17 janvier 2016

Rêve d'écriture

Je ne suis pas au top de ma forme en ce moment. Je suis nerveuse, fatiguée, j'ai un peu mal partout. Rien de grave, un peu de surmenage, les soucis, le travail, la mairie...Rien de grave, je vous dis.

Mais il y a aussi que j'ai arrêté ma thérapie. Je n'écris presque pas. C'est mal. Je dirais même que c'est beaucoup plus grave qu'un peu de stress. C'est comme si un cardiaque arrêtait de prendre ses anti-coagulants.

Le soir, avant de trouver le sommeil - j'ai toujours du mal à trouver le sommeil, légère insomnie - je m'écris pourtant des romans dans la tête. Avez-vous remarqué combien nos pensées sont claires, le soir avant de s'endormir ? Combien nous avons d'idées géniales ?

Les phrases de mes romans sont ciselées. Elles sonnent dans mon cerveau comateux comme dans le "gueuloir" de Flaubert. Elles sont harmonieuses et percutantes.

Les histoires que j'ébauche sont belles, originales, inédites. Forcément.

Dans ces moments-là, je suis digne du prix Nobel de littérature. Et puis mes propres contes alourdissent mes paupières et me saoulent très vite. Je tombe finalement endormie.

Mes histoires sont assommantes, mes phrases pompeuses, longues, ennuyeuses.

Mais je me dis quand même qu'il faut que je reprenne un peu le clavier et que j'essaie d'écrire : ça me soigne - le sommeil, c'est important pour la santé -, ça me permet de m'évader - c'est quand on dort que l'on rêve le mieux -...

 CC