dimanche 6 avril 2014

Grâce aux blogs

Cette année, je n'ai pas fait mon traditionnel billet sur l'heure d'été. C'est bien dommage : voilà bientôt 10 ans que je le faisais chaque année...Alors avec une semaine de retard, voilà le fameux billet que personne n'attendait (plus) :

"C'est toujours trop court, d'habitude, un dimanche.
C'est toujours du temps qui fuit entre paresse et tendresse.
Quand on pense toucher à l'interminable de l'ennui, pourtant,
Le voilà qui vient déjà, le soir et son incertain lendemain...

Et voilà qu'en plus, au milieu de la nuit, des bureaucrates sont venus retirer soixante minutes de notre vie...

Depuis que je suis née, chaque année l'affaire est répétée si bien que déjà on m'a volé plus d'une journée de vie...Plus d'une journée..."

S'il est écrit en Courrier New, c'est parce que mon tout premier blog était en Courrier New. C'était joli, ça faisait un peu comme si je tapais mes billets sur une antique machine à écrire.

Voilà donc bientôt dix ans que j'écris sur des blogs, donc...

Il reste des traces, sur internet, bien sûr : le web n'oublie rien...

Mais j'avais effacé mon blog, contrainte et forcée par un chef qui avait réussi l'exploit de retrouver mon blog, malgré le pseudo...Il faut dire que j'aimais beaucoup poster des poèmes érotiques et que mon chef, bien que très intéressé (il m'avait avoué avoir fait beaucoup de copier-coller...) m'avait mise en garde...C'est vrai que les collégiens et leurs parents auraient pu ne pas comprendre...

Bref, il m'en est arrivé des histoires avec ces blogs : des rencontres, des opportunités, des collaborations avec des journaux, des joutes verbales avec des trolls pénibles...

Cela m'a permis aussi d'écrire ce que je n'arrivais pas à dire, de créer des liens avec des lecteurs complices, sur la toile et dans la vraie vie...

Je ne parle toujours presque pas de mes blogs dans la vraie vie, à part si la situation s'y prête vraiment. J'ai toujours cette fichue réserve, qui n'est pas vraiment de la timidité, mais sans doute un bien grand manque de confiance en moi...Je me soigne, doucement...

Grâce aux blogs...

CC

dimanche 12 janvier 2014

Rire

On ne sait plus vraiment quand, ni comment, ni pourquoi, mais tout le monde prit conscience quasiment en même temps d'un manque cruel : le manque de rire.

Moi, c'était un samedi matin alors que j'étais obligée d'aller faire des courses dans un supermarché. D'ordinaire, je m'organise toujours pour faire cette corvée en semaine, en pleine journée : il y a moins de monde. Là, évidemment, c'était bondé. Des vieux partout, comme s'ils n'avaient pas d'autres moments pour venir encombrer les caisses et gêner les jeunes qui bossent et qui n'ont pas le choix que de venir le week-end.

Ces vieux.

Dès le parking et sous la pluie, j'étais agacée, irritée, fulminante.

Et puis en rentrant dans le magasin, c'est un gamin, juché sur le caddie de sa mère qui m'a vrillé les oreilles. Il hurlait pour avoir je ne sais quel jeu vidéo. Sa mère ne disait rien, le regard vague, blasé, dépassé. Ces jeunes à qui on passe tout, à qui on donne tout et qui en veulent encore.

Ces jeunes.

Au milieu de ce qui ressemble à un enfer, soudain, la machinerie implacable de la feuille de salade sous la semelle mouillée : je glisse, me rattrape à un empilement de papier hygiénique qui s'écroule, m'offrant un matelas, certes douillet, mais un peu ridicule, tout de même. Mon caddie, lancé à pleine allure dans le mouvement désordonné de ma chute, va finir sa course contre la mère dépressive dont le fils, hurlant encore quelques millièmes de seconde plus tôt, part dans un grand rire. Un vrai grand rire : irrépressible, fou, sans explication précise. La mécanique plaquée sur du vivant.

C'est là, nichée dans le PQ, sous le regard hilare de cet enfant, bientôt rejoint par la moitié des clients du magasin, que je me rendis compte que je n'avais pas ri franchement, comme ça, depuis des semaines. Cette prise de conscience dura quelques secondes. Je me relevai, énervée, désolée, honteuse. Après le rageur "Non, je n'ai rien, vous en faites surtout pas, putain !", que je grinçai entre mes dents, je m'en fus, par politesse auprès de la pauvre femme au foyer désespérée pour m'assurer qu'elle allait bien et pour m'excuser. Son fils de 7 ans s'était remis à hurler pour se faire offrir GTA. La mère me regarda, ses yeux pâles et cernés n'exprimant rien et glissa, fielleuse : "Pourriez faire gaffe, putain !" et fila au rayon PS3 pour calmer son fils.

Je n'avais rien, mais j'étais encore plus furax qu'en entrant dans le magasin.

Pourtant je venais de rencontrer le "vrai rire", celui qui vous secoue le plexus. Et j'avais pris conscience qu'il n'existait presque plus dans notre vie, depuis quelques temps. Pourtant, la télé regorgeait d'humoristes, de séries comiques, de sketchs, de billets d'humeurs, d'émissions de gags...Internet nous abreuvait de "lol", de "mdr" et de "ptdr". Les "lolcats" faisaient le plein de "vues" sur youtube, des millions de vues, pour ces petites vidéos de chats. Amusant. Mais était-ce vraiment marrant ?

C'était comme si l'on cherchait à tout prix à rire, à éprouver à nouveau cette sensation de bonde qui lâche, là, juste au creux de l'estomac. Comme ce grand rire d'enfant, dans le magasin. On cherchait sans trouver.

A la télé, en fait, le rire n'était pas autre chose que le sarcasme, le cynisme, le grincement. Sur internet, c'était dans le meilleur des cas, le sourire et la moquerie.

Il fallait du ridicule et de la victime.

On lisait pourtant partout des articles vantant les bienfaits du rire : le rire bon à la santé, contre l'hypertension, contre les rides, contre les cors au pied...Il fallait rire au moins 15 minutes par jour, il fallait rire dans son couple, il fallait rire contre le stress. Mais personne ne savait plus à quand remontait son dernier éclat de rire.

Nous étions passé à l'ère du non-rire. Cette prise de conscience personnelle coïncida avec celle de beaucoup de monde. On s'en rendit compte quelques temps plus tard. Sous la surveillance de neuro-psychologues, de sociologues, de spécialistes de Bergson, on se mit à faire des relevés : quand avez-vous vraiment rit la dernière fois ? Quand avez-vous vu quelqu'un rire vraiment pour la dernière fois ? Ce rire dura-t-il ? Combien de temps ?...

Le bilan était sans appel : catastrophique. Les humoristes ironisaient sur le sujet, mais cela ne faisait rire personne, bien sûr. Les humoristes ne faisaient plus rire personne depuis très longtemps d'ailleurs. Même les enfants des écoles disaient des choses comme "Kev' Adam ? ça saoule, Kev' Adam !" et se remettaient à jouer à GTA.

Petit à petit, on découvrit l'étendue des dégâts : les spécialistes des muscles faciaux avaient constaté l'atrophie des zygomatiques, les producteurs des films tels que Dany Boom se désespéraient tout en faisant valoir leurs derniers succès - remontant souvent au tout début des années 2000 et même, de bien avant - comme étant des chefs d’œuvres, des monuments historiques du rire, ceux d'avant la crise, ceux d'avant que les hommes désapprennent le fou rire. Les chaînes de télé ne faisaient plus recette en rediffusant Le Corniaud ou La Soupe aux choux qui étaient pourtant des valeurs sûres depuis des dizaines d'années.

C'est alors qu'un matin triste de novembre, tous les éditorialistes - de l'Huma au Figaro, en passant par ceux des radios périphériques et des télés d'info en continu - se mirent à dire, en coeur que "Puisque le rire est le propre de l'homme, comme disait Rabelais, alors, l'homme n'est plus."

Cette connerie nous fit bien rire. Heureusement qu'il restait les éditorialistes.

CC


dimanche 17 novembre 2013

Vins et spiritueux

Il m'est arrivé une chose étonnante ce week-end. Par amour pour ma chère et tendre et par amour de la musique, j'ai assisté à la messe de la Sainte Geneviève patronne des gendarmes. Ma douce jouait donc avec son orchestre. La prestation était superbe, très solennelle, l'acoustique étant particulièrement bonne dans l'église.

Je m'étais installée au deuxième rang, bonne élève que je suis.

C'est alors que tous les gradés de la gendarmerie sont venus s'installer autour de moi. Et juste à côté, la conseillère générale UMP. Je me suis faite toute petite et par chance, la presse locale n'a pas publié cette photo. Voilà un sentiment étrange, que d'être entourée de tout ce beau monde.

Évidemment, comme j'ai une très solide culture de la messe, j'étais à l'aise. Mais il n'empêche : mon petit cerveau faisait tourner en boucle les images des manifs pour tous durant lesquelles l'UMP n'était pas en reste. Me retrouver sur le même banc qu'une élue de ce parti m'a perturbée. Bien entendu, je ne communie plus depuis très longtemps puisque cette religion me damne d'office et que je préfère les cacahuètes avec l'apéro...Bref, j'ai eu l'impression de faire tâche, quand même.

Enfin, je n'en suis pas morte.

Le soir, au salon des vins, j'ai croisé un député et un sénateur de gauche. Au salon des vins, ces derniers ne sont pas bénis, mais je m'y suis sentie bien plus à mon aise.

CC


jeudi 31 octobre 2013

Hystérie internationale

Dans l'avion, souvent, avant le décollage, ou juste à ce moment-là, les gens téléphonent alors qu'on a déjà eu au moins trois rappels dans trois langues différentes pour demander d'éteindre tout matériel électronique. 

C'est sans doute par superstition, par peur de se crasher, cette envie subite d'appeler ses proches au dernier moment pour...pour quoi, au fait ? Pour dire "ça y est, c'est la fin, je vais décoller, j'ai une chance d'en sortir vivant, mais sait-on jamais..." On attend depuis trois heures sans rien faire dans l'aéroport, on avait tout le temps...mais non...c'est à la dernière minute qu'il faut parler à ceux qu'on quitte ou à ceux qu'on va rejoindre. 

N'empêche. Moi, dans ces moments-là, je suis prise d'une irrésistible envie d'être moins polie que l'hôtesse qui passe pour la troisième fois en disant gentiment : "S'il vous plaît, au décollage, éteignez vos portables." 

Dans ces moments-là, j'ai envie de piquer une colère hystérique sur le mode international : "Stop to phone ! You fuckin' stupid ! We gonna crash because of you !"

CC

dimanche 29 septembre 2013

Un an...

Par nature, je ne suis pas très à cheval sur les dates. Cela fait un an que mon père est mort. Je n'aime pas les anniversaires, je hais les commémorations et puis j'ai l'impression que tout ce temps n'a pas passé, qu'il était là hier.

On n'a pas besoin de dates fixes pour penser à ceux qui ne sont plus là. On n'a pas besoin de cimetière, de messe.

Je pense à lui chaque jour. Quand je dois prendre une décision, j'essaie d'imaginer ce qu'il aurait pu dire. Souvent, j'imagine les discussions que nous aurions pu avoir au sujet de tel ou tel débat politique. Ses projets, ses idées, ses rêves ou ses utopies me manquent...Mais il m'accompagne.

CC

lundi 16 septembre 2013

Tarte aux prunes

Je rêve souvent de ma grand-mère paternelle, en ce moment. Je ne sais pas pourquoi. Quand je me réveille, j'ai l'impression qu'elle est toujours vivante. Ma grand-mère, je l'ai toujours vue, fichu sur la tête, levée aux aurores, bottes en caoutchouc, pour traire les vaches, soigner les poules, faire le jardin, cuisiner...C'est sans doute la femme que j'admire le plus...

Elle est encore vivante dans ma mémoire, pourtant, elle est partie il y a longtemps. Elle m'accompagne.

J'entends sa voix.

Peut-être à cause de ce que je ne lui ai pas dit, peut-être parce qu'elle est une part de mon enfance, peut-être parce qu'elle est celle qui me rattache au concret, au bon sens, à la simplicité, à la terre.

Je ne sais pas pourquoi, des années après sa mort, je rêve d'elle, souvent.

CC

lundi 19 août 2013

Si loin, si proche

Partir dans le but de se dépayser, c'est presque un leurre : on part en fait pour trouver ce qui nous ressemble et pour chercher ce qui va résonner en nous comme une part d'humanité profonde. L'autre est là pour nous rassurer sur nous-même.



Mon émotion était grande, devant les paysans dans les rizières, sans doute parce que j'ai reconnu là le travail et l'amour de la terre qui animaient mes ancêtres, mon père, mon frère. La fierté de faire pousser, de produire quelque chose de noble et de beau, sans économiser la sueur, en bravant les éléments, en faisant fi de la chaleur ou de la pluie, ou plutôt, en faisant avec. Voilà ce qui a résonné en moi. Ici, on travaille la vigne, le blé et le maïs. Là-bas, on fait pousser le riz, on le vanne, on travaille à la main, on n'a pas toutes les grosses machines qu'on a ici. Un peu comme si on revenait quelques dizaines d'années en arrière. Mais les gestes se ressemblent.



Il est idiot de vouloir comparer des paysages ou des coutumes, lorsqu'on voyage, mais on se retrouve malgré tout.

CC