dimanche 30 décembre 2012

Repas in progress : la bûche piña colada !

Il faut toujours commencer par la fin. Donc, la bûche, c'est fait.

Cette année, c'est une bûche des îles : noix de coco, ananas.

Pour le biscuit :
- 3 œufs
- 100 grammes de sucre
- 80 grammes de farine.

Préchauffez votre four à 200 °C
Battre les jaunes avec le sucre.
Battre les blancs en neige.
Ajoutez doucement la moitié de la farine aux jaunes.
Ajoutez doucement la moitié des blancs.
Ajoutez le reste de la farine. 
Ajoutez le reste des blancs.
Étalez la préparation sur une plaque qui va au four, préalablement beurrée. Cuire durant 8 à 10 minutes, en surveillant.
Au sortir du four, roulez le biscuit dans un torchon humide.

Pour la garniture : 
- 400 grammes de lait de coco
- 100 de lait
- 2 œufs entiers, deux jaunes
- 40 grammes de farine
- 1 sachet de sucre vanillé
- 70 grammes de sucre
- Un petit ananas
- Une bonne rasade de Malibu Coco.

Mélangez le lait de coco, le lait, les œufs, la farine, le sucre et le sucre vanillé dans une casserole, portez lentement à ébulition en remuant constamment. En 7 ou 8 minutes, vous devez obtenir une consistance épaisse. Retirez du feu et mettez dans un mixeur, avec l'ananas épluché et coupé en petits morceaux. Mixez. Ajoutez le Malibu.

Fourrez votre bûche.

Vous pouvez aussi la décorer avec du chocolat fondu, de la noix de coco en poudre et un petit renne ridicule.

CC

vendredi 28 décembre 2012

En avance ?


Doit-on présenter ses vœux avant Noël ? Après le jour de l'an ? Entre Noël et le jour de l'an ?

La bienséance dit quoi, à ce sujet, brûlant s'il en est...?

CC

jeudi 27 décembre 2012

Noël difficile

Ne pas avoir le temps d'écrire, c'est un vrai problème. Ne pas avoir le temps de m'asseoir devant le clavier, le temps de fermer les yeux un instant en me demandant ce qui a compté aujourd'hui, ce que je retiens, ce que je retire, quelle leçon j'ai prise, de quel fait marquant ou insignifiant il faudrait que je me souvienne, quelle réflexion m'est passée par la tête...c'est un peu comme si je manquais un repas, comme si je dormais mal.

C'est une thérapie, j'en ai bien conscience...

Bref. Ces derniers jours en famille ont été plein d'émotions, de souvenirs, d'absence, d'amour et de tristesse.

Il m'est très difficile de parler de cette tristesse, surtout avec ma mère. Je ne sais pas trouver les mots qui réconfortent. Je suis trop à ma tristesse, moi-même, peut-être...

La mort de mon père m'est encore irréelle, j'ai toujours l'impression qu'il est juste parti pour quelques jours, pour quelques heures et qu'il va passer la porte avec sa grosse voix et sa bonne humeur. Quand je réalise qu'il ne reviendra pas, c'est toujours la même terreur, le même sentiment de vide qui m'envahit...

C'était un Noël bien difficile...

CC

dimanche 23 décembre 2012

Aujourd'hui, j'ai pris des photos

On est allées au marché de Noël, avec Maman. On a mangé libanais. On s'est étonnées de la hauteur et du débit du Doubs. Aujourd'hui, le Doubs était dingue.




Et la température était de 15°C.



Postapocalyptique.



CC

vendredi 21 décembre 2012

C'était 22h à peine, ce vendredi-là

Ce soir, j'ai envie de chantonner cela...



Bonne soirée, tout le monde...La dernière, avant la prochaine...

CC

jeudi 20 décembre 2012

Les larmes d'une dame

Aujourd'hui, j'ai fait pleurer une dame. Je ne suis pas fière de moi. J'ai manqué de tact et la situation était explosive. Je n'ai aucune excuse. J'ai manqué de discernement.

Il y a des jours, pourtant, où l'on sent bien que les choses peuvent déraper à tout moment. Il y a des jours où l'on décide de dire tout, aussi, et finalement, c'est peut-être bien de dire tout.

J'ai fait pleurer une dame, mais ce n'était pas celle qui aurait dû être touchée par mes propos. C'est dommage. Ce sont toujours les moins concernés qui se sentent visés. Sans doute les plus consciencieux.

J'ai présenté mes excuses, évidemment. Elle a compris que ce n'était pas d'elle que je parlais. Elle a accepté mes excuses. Mais tout de même, c'est la première fois que je fais pleurer une dame.

CC

mercredi 19 décembre 2012

Ces enfants-là sont les enfants de la France


Christiane Taubira défend le mariage pour tous à... par TETUMAG

Ça me plait bien, à moi, un peu de véhémence, de verve et d'énervement à l'assemblée. Surtout avec ce charmant accent et cette voix rauque. Merci, Madame Taubira.

CC

La vieille dame au chien blanc

Ma voisine du dessus est une dame âgée mais bien arrangée, toujours pomponnée, attifée de vêtements à la mode, qu’on ne peut pas qualifier d’élégants mais qui sans être tout à fait vulgaires, donnent l’impression d’une jeunesse certaine. Pourtant, elle a bien 75 ans, mais ses cheveux ne sont pas blancs, ni même violets. Elle traîne toujours au bout de son bras une boule de poils blanc aux yeux stupides et crottés, mais parfaitement toiletté, une sorte de caniche à lissage brésilien.

A chaque fois que je la croise dans l'ascenseur, avec son très vieux petit chien blanc, elle me demande toujours la même chose : «Alors, encore en vacances ?». Parfois, elle remplace l’adverbe «encore» par «toujours» ou par «bientôt». Elle sait que je suis professeur, naturellement. Je ne ne suis pas toujours en vacances. Souvent, quand je la croise, je rentre exténuée d’une journée avec des mioches de 11 ans, bavards et déconcentrés.

Une fois, exaspérée, je lui ai répondu : «Et vous ? Toujours en retraite ?»

Elle m’a rétorqué, l'air las, implorant presque la pitié : «Oh ! Vous savez, c’est long, les journées, quand on n’a rien à faire...Je m’ennuie.»

Elle passe ses journées à promener son épouvantable petit chien blanc, elle a rendez-vous régulièrement chez la coiffeuse et la manucure. Elle tient d’ailleurs à l’horaire et au jour de ces rendez-vous. Elle n’a rien d’autre à faire, mais elle ne veut, pour rien au monde changer ses habitudes.

Oui, sa vie doit être ennuyeuse. Peut-on plaindre quelqu’un qui a une vie ennuyeuse mais qui ne fait rien pour en changer ?

En plus, son horrible petit chien blanc brise nos grasses matinées chaque dimanche matin à 8h00, en aboyant au-dessus de nos têtes.

La vieillesse est parfois un naufrage.

CC

mardi 18 décembre 2012

Deux journées sous la pluie

Une journée sous la pluie, une journée à motiver les élèves, à les avoir autour de soi, leur apprendre des choses sur la ville où ils vivent, les accompagner, un peu comme si on était leurs parents, parce que leurs parents, pas tous, en tout cas, n'ont pas tellement le temps ou l'habitude de faire des sorties avec eux. C'était une journée pluvieuse, mais utile.

Une autre journée sous la pluie, avec des journalistes et des collègues, pour expliquer que malgré la journée précédente, il y a une recrudescence de la violence dans notre établissement. Qu'avec des élèves comme les nôtres, il faut un cadre, des règles et des gens qui les incarnent. Il faut une autorité claire et lisible, pour ces enfants.

Le problème, c'est qu'à la maison, on leur met des claques quand ils ne rangent pas leur chambre. A l'école, on leur dit "C'est pas bien", avec un sourire, quand ils manquent de respect à un adulte. Ils ne comprennent pas. Évidemment, il n'est pas question de frapper les élèves. Mais il faut bien, pourtant que l'autorité soit incarnée, que les règles soient claires et que quelqu'un les fasse respecter. Cela paraît simple, pourtant, non ?

Et la première journée sous la pluie prouve que c'est possible de faire quelque chose de bien avec ces élèves-là...

CC

lundi 17 décembre 2012

Sortir dehors

Au début, je ne le disais pas. Je ne me le disais même pas. C'était au lycée. Je savais déjà, c'était une évidence. Mais je ne me le disais pas. J'étais amoureuse d'une fille, oui. Mais de là à me dire, même dans ma tête "Je suis homosexuelle", c'était une sorte de cap infranchissable.

Alors de là à le dire à quelqu'un d'autre, c'était hors de question.

Par écrit, sur mon journal intime, dans d’absconses formules, je disais que j'étais amoureuse d'une fille, oui. Dans Les Fleurs du Mal, je lisais les vers abscons du poète et je frissonnais. Mais de là à dire, "Oui, je suis lesbienne...", non, c'était impossible.

J'avais une amie ouverte, artiste, libérée. J'aurais pu lui confier mon secret. Elle aurait compris, bien sûr. Aujourd'hui, je me le dis, elle aurait accepté, sans ciller. Cela lui aurait plu, même. Mais je n'ai rien dit. Pendant longtemps encore, j'ai tenu cela secret, même pour moi.

Et puis un jour, je me le suis dit. Petit à petit, je l'ai dit à voix haute, rien que pour moi. Puis je l'ai dit à celle que j'aimais. Puis à quelques amis. Je l'ai vécu, de plus en plus, de mieux en mieux. Et j'ai franchi le cap : mes parents, ma famille...

A chaque fois, cela a été un défi, un moment difficile et une libération tout à la fois. C'est devenu de plus en plus simple, avec le temps.

Aujourd'hui, je le glisse au détour d'une conversation, de manière anodine. Cette vérité ne me fait plus peur.

CC

samedi 15 décembre 2012

Pourquoi nous n'aurons pas d'enfants sans la loi...

Je suis homosexuelle, mais j'ai quand même un utérus et ma compagne aussi.

C'est étonnant, la nature est bien faite.

Par conséquent, si la loi qui est prévue passe, alors j'aurai des enfants. Ma compagne et moi, nous en ferons.

Si nous attendons que la loi passe, c'est parce qu'il nous semble inconcevable d'avoir un projet d'enfants en commun sans que la loi puisse les reconnaître et les protéger. Je m'explique : si la PMA est ajoutée au projet, alors ma compagne se fera inséminer.

Si la PMA ne passe pas, alors nous irons enrichir la Belgique et les médecins de ce beau pays, qui inséminent avec beaucoup de grâce les lesbiennes françaises, depuis 10 ans déjà.

Quoi qu'il en soit, j'adopterai alors l'enfant qui naîtra dans un foyer aimant. Si je l'adopte, alors, il aura deux parents légaux, ce qui est plus sécurisant, en cas de séparation, de décès ou simplement, en cas d'admission aux urgences ou de sortie de l'école.

L'adoption, dans le cadre de la loi pour le mariage pour tous, sera sans doute principalement utilisée dans ces cas-là : ce seront des adoptions d'enfants de conjoints, pour les protéger. Voilà un argument de plus contre ceux qui pensent que les homosexuels sont dangereux pour les enfants : nous cherchons à leur offrir plus de sécurité, un cadre légal, une protection par la loi. 

A ceux qui me demandaient, jusqu'alors, pourquoi nous n'avions pas d'enfants, j'avais coutume de répondre que c'était illégal. Souvent les gens ne comprenaient pas : les femmes peuvent avoir des enfants, même si elles ne sont pas mariées, même si elles vivent seules. Oui. Mais c'est un projet de couple que j'ai. Pas un projet de célibataire.

CC

jeudi 13 décembre 2012

Cher Journal...

Cher Journal,

Aujourd'hui, comme hier, je suis fatiguée. C'est une sorte d'épuisement moral que je ne connaissais pas et qui me terrasse depuis quelques semaines.

Je n'arrive pas à dormir et je vaque à mes occupations comme un zombi. "Bonjour, bonjour, entrez, asseyez-vous, sortez vos affaires. Chut !". Je sais que je suis vraiment exténuée quand je commence à faire "Chut !" même quand il n'y a pas de bruit. Les élèves doivent me prendre pour une cinglée.

"Chut !"

"Sois sage, ô ma douleur, et tiens-toi plus tranquille." Comme disait l'autre.

Avant-hier, j'ai même commis un acte manqué. Je me suis trompée de jour dans mon emploi du temps, tout ça pour échapper à un rendez-vous que je ne voulais pas honorer. Mon cerveau me protège. Merci à lui. Il est en pilote automatique.

Ce soir, j'ai eu Maman au téléphone. Je ne sais pas quoi faire de mon chagrin et de ma fatigue et je sais encore moins quoi faire du chagrin de ma mère. Je ne sais pas quoi dire, je ne sais pas quoi faire. Je suis empotée, empêtrée, empêchée. Je ne sers à rien.

Pourtant, trouver les mots, en général, je sais. J'y arrive. Mais là, je ne peux pas. Et Noël qui approche, avec son lot de souvenirs, tous ces bons moments partagés, ces Noëls d'enfance, qui vont nous revenir, le bonheur des repas exceptionnels que mon père nous préparaient...Il faudrait pouvoir changer les habitudes, ne rien faire comme avant. Mais ce sera difficile, parce que la vie continue. Et puis que faire ? Partir, ne voir personne, voir d'autres personnes, mais qui...?

La vie continue et il faut faire avec...Il faut faire sans.

CC 


mercredi 12 décembre 2012

Une maladie ?

"Mais tu te rends compte : si on autorise de mariage pour les homo, il va y en avoir encore plus !"

C'est une crainte plausible : en effet, il se peut que l'homosexualité soit contagieuse. Certains pensaient que c'était génétique, mais après une courte réflexion, on se rend compte que tous les homosexuels sont nés de parents hétéros. Mais cela saute peut-être une génération, qui sait. Moi, mes 4 grands-parents étaient hétéros...

Cette croyance voudrait qu'on attrape l'homosexualité comme une maladie, au contact d'autres malades. Je n'ai pas rencontré beaucoup d'homosexuel dans ma jeunesse. Dans mon petit village de Savoie, je peux même dire que je n'en croisais que très exceptionnellement. Et pourtant...

Une anecdote me revient, à ce sujet : c’était lors d’un voyage scolaire à l’école primaire. Je devais être au CM1, et nous logions dans un hôtel, à plusieurs par chambre. Je devais dormir dans un grand lit avec une camarade. Avant de se coucher, elle m’a dit quelque chose du genre «J’espère que tu n’es pas homosexuelle.» Je ne connaissais même pas ce mot, je lui ai demandé ce que cela signifiait. Elle m’a répondu que c’était les filles qui font l’amour avec les filles...Je n’ai pas compris pourquoi c’était un problème...Mais j’ai compris que je l'étais...

Bref. Encore une fois, c'est un état de fait : on l'est avant même de savoir ce que c'est. Étrange maladie !

Par contre, ce qui est vraiment plausible, c'est que le mariage décomplexe certaines personnes. Il se peut que des homosexuels qui n'assumaient pas, qui avaient peur, qui ne vivaient pas leur sexualité, prennent conscience que la société est plus ouverte et qu'il est possible d'être heureux en étant homo. C'est peut-être cela que craignent les gens opposés au mariage. Peut-être qu'ils se disent : "Mon fils est honteux, il est au bord du suicide parce que je suis un homophobe qui vais manifester tous les week-ends contre les PD et les gouines. Si le mariage passe, il va peut-être décider de sortir du placard...La honte, pour moi...Vaudrait mieux qu'il se suicide..."

Peut-être que la maladie n'est pas là où on le pense...

CC

mardi 11 décembre 2012

Sexe ?

Imaginez. Je suis dans la salle des profs, à la machine à café, avec Nanard, le prof de techno. Il est gentil, mais il est un peu beauf. Il me demande ce que j'ai fait ce week-end avec mon mec. Machinalement et parce que je déteste mentir, je rectifie : "Avec ma meuf..."

Immédiatement, dans les yeux de Nanard, une lueur malsaine s'allume. C'est tous les pornos qu'il s'est matés ce week-end qui lui reviennent : les blondes pulpeuses et refaites qui se caressent...Des tas de visions de cunni défilent devant ses yeux.

Il porte son café à sa bouche, la manque et s'asperge avec le liquide brûlant. 

Bref. Je suis homosexuelle. Dans homosexuelle, il y a sexe.

Dans hétérosexuelle aussi, remarquez. Mais personne ne dit jamais "Je suis hétérosexuel." Et même, d'ailleurs, quand une femme dit "Avec mon mari...", on ne pense pas immédiatement au sexe.

Une relation amoureuse ne se résume pas à cela, pour les hétéros, c'est une évidence. Pour les homos, c'est différent. Imaginez la même scène avec un homme qui parlerait de son mec, alors Nanard aurait aussitôt pensé à la sodomie.

C'est réducteur et c'est avilissant : dans mon couple, comme dans tous les couples, il y a des sentiments, des projets communs, des voyages, des valeurs partagées, des souvenirs, la vie quotidienne, la famille, les amis...et tellement plus. Il y a du sexe, aussi, bien sûr, comme dans tous les couples. Mais pourquoi certains ne voient que cela ?

CC

lundi 10 décembre 2012

Je n'ai rien choisi

La nature...
J'entends et je lis en ce moment un argument d'un autre âge : "l'homosexualité est un choix de vie. C'est une mode, ceux qui le sont le font exprès." Hormis une profonde ignorance et une bêtise crasse, c'est un manque de retour sur soi. En effet, est-ce qu'un hétérosexuel a choisi quoi que ce soit ? Ce que je rétorque à ceux qui me disent cela, c'est "Essayez donc, parce que c'est à la mode ou juste pour vous confronter au problème, par bonne foi scientifique, de devenir homosexuel, juste pendant une heure..."

Parce que pour choisir de "devenir" homosexuel, il faudrait avoir le profil d'une victime. Prendre délibérément la décision d'être rejeté par ses parents, moqué dans la cours de récré, placardisé au boulot, parodié à la télé, caricaturé dans les médias. Il faudrait avoir de solides tendances maso.

A l'adolescence, on m'aurait dit : "Allez, on arrête de t'embrouiller les hormones, désormais, ce n'est plus pour Simone que tu frissonnes, mais pour John.", j'aurais dit "Banco !". Sans réfléchir. Juste parce que je n'aurais pas presque tué mon père en lui apprenant ça. Juste parce que j'aurais eu une vie bien tracée, que j'aurais pu me marier et que j'aurais eu des enfants, sans me poser des questions. Je suis quelqu'un de simple, je n'ai pas de rêves hors de ma portée. J'aurais aimé ça, moi, être hétéro. Mais la nature a voulu autre chose pour moi.

Vous allez me dire comme mon père, sans doute : "Tu n'as pas essayé, tu n'es pas tombé sur le bon..."

J'ai essayé. Je ne suis pas du genre qui renonce. J'ai tenté de forcer la nature. Je me suis dit, peut-être qu'un pénis me fera voir les choses autrement. Je suis de nature rieuse, alors j'ai ri. Mais ça n'a rien changé. Je n'ai pas frissonné et je n'ai pas cessé de penser à Simone. Je ne suis pas tombé sur le bon, qui sait. Pas sur les bons...Mais mis à part Elvis Presley - jeune - qui aurait fait une belle gouine à mèche, aucun homme n'a provoqué d'émotions profondes en moi. C'est comme ça.

Il y a donc eu un moment où je me suis rendue l'évidence. Pour vivre heureuse, il faut que j'assume ce truc naturel qui m'est tombé dessus : j'aime les filles, alors je suis lesbienne et je vais tenter d'être heureuse quand même. Et je le suis, merci. Je vis avec l'amour de ma vie. (Non, c'est pas Simone, finalement...)

Mais aujourd'hui, ce débat et tout ce qu'il provoque me fait mal. Il réveille des souvenirs que j'avais réussi à endormir...Et pourtant, je n'ai rien choisi.

CC

dimanche 9 décembre 2012

Parler de politique ?

C'est bête. J'ai dit que j'arrêtais de publier des billets politique sur mon autre blog quelques minutes avant une bonne nouvelle, une belle annonce de mon ministre de l'éducation : demain, une campagne de recrutement de 43 000 postes va commencer dans l'éducation nationale.

En soi, c'est déjà pas mal. J'espère que cela va régler, au moins partiellement le problème des TZR, des postes partagés et des classes surchargées.

Ensuite, il a annoncé plusieurs petites choses qui me plaisent particulièrement : par exemple, mettre le numérique au coeur des établissement. Voilà une idée intéressante. Au collège, cette année, quelques ordinateurs ont été changés car les anciens ordinateurs tournaient encore avec Windows XP, un système sorti il y a plus de dix ans. Ces vieux coucous mettaient des minutes entières à démarrer, plantaient souvent et parfois ne marchaient plus du tout. On va me dire qu'avant que les élèves puissent se servir de ces engins, il serait bon qu'ils sachent se servir d'un stylo. Mais il faut aussi vivre avec son temps...

Le ministre a évoqué aussi un travail particulier sur la liaison entre la primaire et le collège. Là aussi, je ne puis qu’acquiescer : les élèves subissent un tel changement quand ils arrivent au collège que beaucoup sont complétement désorientés, ils ne comprennent pas du tout ce qu'on leur demande. Ils ne comprennent pas pourquoi soudain ils doivent avoir leurs affaires, pourquoi ils doivent devenir autonomes, se déplacer entre les classes, changer de professeurs. Pour des petits de 10 ans, c'est violent. Cette année, d'ailleurs, je travaille avec des collègues sur ce sujet et c'est très intéressant.

Enfin, il a parlé des enfants décrocheurs. Là aussi, c'est un problème qui est au coeur de nos préoccupations, à nous, les profs.

Ceux qui nous pourrissent une classe parce qu'ils ne comprennent rien, les absentéistes pour qui on s'inquiète, les élèves qu'ils faudrait orienter autrement dès le collège...Ah ! Ce collège unique qui est une telle aberration pour ces enfants-là, qui ne sont pas faits pour les études...

Personnellement, dans mon collège, j'ai un statut un peu particulier : je suis professeur "référent". Cela signifie que quelques heures de mon emploi du temps ne sont pas consacrées à une classe entière, mais que j'aide des collègues dans leur classe, en suivant particulièrement ces élèves qui décrochent. Je suis à côté d'eux pour leur dire "Prends le livre à la page 14, souligne ce mot, il est important, tu es sûr de l'avoir bien compris ?..." Juste le rôle que les parents devraient avoir à la maison quand les gamins font leurs devoirs, juste un rôle bienveillant, qui permet à l'élève de se rassurer et de comprendre l'importance de ce qu'il est entrain d'apprendre. Et puis j'interviens aussi, parfois, en tutorat : des sortes de cours particuliers. Soit pour les élèves très bons qui veulent aller plus loin, soit pour ceux qui ont besoin d'aide et qui n'en trouvent pas à la maison...

Dans ces situations, j'ai l'impression de faire du bon boulot. Quand j'étais petite, j'avais ma mère, à la maison qui me faisait réciter les tables de multiplication et qui m'écoutait quand j'apprenais mes poèmes. C'était important. Tout le monde n'a pas la chance d'avoir cela à la maison...L'école doit donc prendre le relai.

Merci M. Peillon.

CC

samedi 8 décembre 2012

Comme des attaques personnelles

Ce matin, au petit déjeuner, la radio me disait déjà qu'il y aurait des manifestations contre moi. Je prends le dossier trop à cœur. Je personnalise, je suis égoïste. On me dit pourtant que c'est pour le bien de l'humanité qu'on me refuse le droit d'être comme tout le monde. De l'humanité toute entière que je mets en péril si jamais je me mettais à avoir les mêmes droits que tout le monde.

Il y a des gens très bien, d'ailleurs qui émettent des réticences face à mon mariage. Des gens que j'estime par ailleurs et qui partagent les mêmes valeurs que moi : celle du socialisme. Par exemple, il y a la député-maire de Chambéry, Bernadette Laclais. Je l'estime, parce qu'elle a écrit de jolies choses pour l'enterrement de mon père et que je sais qu'elle est une femme de convictions et qu'elle fait du bon travail sur le terrain. Il n'empêche qu'elle émet des réticences. Elle en a le droit, bien sûr. Même si je ne comprends pas, au nom de ces valeurs que nous partageons par ailleurs.

Je ne me sens pas moins légitime qu'un couple hétérosexuel pour être protégé par la loi et j'espère qu'on ne juge pas ma relation de couple de moins bonne qualité que celle d'un couple hétérosexuel.

Je ne pense pas que ma compagne mérite de se voir sans droit sur mon héritage, si je meurs. Je ne pense pas qu'elle mérite de se voir rayée de ma vie.

Si la vie le veut, j'aurais des enfants, moi aussi. Et nous serons des parents comme les autres : aussi aimants et aussi démunis devant leurs larmes, au début. Aussi soucieux de la réussite de leurs études, aussi désarmés devant leur crise d'adolescence, sans doute. Mais pourquoi, si je n'ai pas porté ces enfants mais que je les ai élevés, ils me seraient arrachés si ma compagne meurt.

Si la loi me protège, d'autres seront-ils lésés ? 

CC

vendredi 7 décembre 2012

Les Chroniques Mauves

En ce moment, comme j'ai énormément de travail et que j'ai l'impression que je ne m'en sortirai jamais, je m'évertue à chercher des dérivatifs. Et je trouve.

Cette après-midi, je suis tombée sur une BD qui s'intitule "Les Chroniques Mauves". Cela raconte l'histoire de trois générations de lesbiennes qui se croisent et se recroisent à l'occasion des moments marquant de l'histoire lesbienne entre les années 1960 et nos jours.

C'est une BD à plusieurs mains, donc un peu inégale, tant graphiquement que pour la narration. C'est aussi plusieurs partis pris, plusieurs angles qui se mêlent, mais c'est ce qui fait la richesse de ce travail.

J'ai appris des choses, j'ai souri et j'ai même été émue. C'est à lire...

CC

jeudi 6 décembre 2012

Aller de l'avant

J'ai découvert aujourd'hui que je suis quelqu'un qui va de l'avant.

La vie me pousse ou me tire, je ne sais pas. Mais je ne suis pas du genre à m'apitoyer tellement sur mon sort. Mon père est mort, voilà plus de deux mois maintenant. C'est un vide immense, c'est une douleur terrible. Mais la vie continue. Je continue même de rire. Au début, je me demandais si je pouvais. Je crois que je culpabilisais.

Dès mon retour au travail, j'ai détesté qu'on me demande si ça allait, avec un regard triste. J'ai déjà dit que je répondais oui. Finalement, c'était peut-être pour m'empêcher de penser le contraire, je ne sais pas. Pour aller de l'avant, justement.

On me demande aussi "Et ta mère, ça va ?"

Quand j'ai ma mère au téléphone, je suis un peu rassurée, elle est entourée, elle est occupée, elle aussi. Et puis en même temps, les soirées sont longues et tristes. Il fait nuit tôt. Elle ne croit pas encore tout à fait à la mort de mon père. Ma mère ne va pas mal. Mais elle ne va pas très bien. Et à chaque fois que je parle avec elle, même si je suis quelqu'un qui va de l'avant, moi non plus, je ne vais pas très bien.

Je sais bien que c'est normal. Et demain, j'irai au travail, la vie me poussera, elle me tirera, je ne sais pas. Je serai avec mes élèves, je les ferai rire, peut-être, nous corrigerons les exercices de grammaire et j'irai de l'avant.

Je ne suis pas dépressive, de nature. 

CC


mercredi 5 décembre 2012

De l'horrible danger de la lecture...

...comme disait Voltaire...

Un lien un peu leste, je le reconnais, mais parfois, c'est bon et c'est beau...

Bonne soirée !

CC

mardi 4 décembre 2012

Pensées hétéronormées

C'est pas parce que tu es hétérosexuel que j'ai envie de te parler de ta sexualité dès que je le sais.

Ce n'est pas parce que j'aurai le droit de me marier que tu le perdras.

Ce n'est pas parce que tu crois que le mariage est un privilège sacré et divin que c'est vrai.

Ce n'est pas parce que tu voudrais que les homosexuels ne soient pas parents qu'ils ne le sont pas.

Ce n'est pas parce que tu penses qu'être hétérosexuel est un privilège que c'est la réalité. C'est juste quelque chose que tu ne contrôles pas. Une preuve ? Tu as déjà essayé de "devenir" gay, juste pour voir ?

Ce n'est pas parce que tu penses que les gays sont justes des serial fucker que c'est vrai. Les hétéros ont aussi leur lot de Casanova...

CC

lundi 3 décembre 2012

L'homophobie n'existe pas...

L'homophobie n'existe pas. C'est vrai. Je suis capable, moi qui suis homosexuelle, de passer des semaines entières sans la rencontrer, l'homophobie.

- Je le redis, au cas où : je n'aime pas le terme "homophobie", ce n'est pas de la peur qu'éprouvent ces gens. C'est de la haine. Ou, le plus souvent, c'est juste de la connerie. Parfois, ils ont peur, remarquez...Par exemple, ils ont peur de perdre leurs droits en en donnant plus à d'autres. Mais c'est juste de la connerie, en fait. -

Mais revenons au sujet principal. Donc, l'homophobie n'existe pas. Par exemple, si je ne traverse pas la cour de récré plusieurs jours de suite, pendant les vacances, par exemple, eh bien, je n'entends jamais des mots comme "pédé", "tapette", "sale gouine"...Bah ! Un prof n'a rien à faire dans une cour de récré...

Par exemple, si je ne regarde pas l'émission "Complément d'enquête", je ne prends pas conscience qu'il y a des cathos réactionnaires qui me jugent déviante et pécheresse. Je ne vois rien des crimes commis en Afrique du Sud et des viols correctifs de lesbiennes. Je me rends pas compte, si je ne regarde pas ça, qu'il y a un gay qui fait une tournée dans toutes les sacristies de France, pour me représenter, moi et tous les homosexuels, pour parler en mon nom, pour dire que les homos sont incapables d'avoir une relation stable. C'est vrai, ça je n'ai qu'à pas regarder ce genre d'émissions. Il doit bien y avoir une redif de La Cage aux Folles sur une chaîne de la TNT.
Non, l'image n'a pas de rapport. C'est mon blog !

Si je ne me balade pas la nuit avec ma compagne dans un quartier qui ne serait pas le Marais (c'est à dire partout ailleurs en France), je n'ai aucune chance qu'on me crie des trucs genre "Eh ! Les lesbiennes, ça vous dit, un truc à trois !". C'est à ça que ça sert, le couvre-feu...Et puis finalement, c'est de l'amour, hein, pas de la haine...

Si je considère pas les propos de certains évêques de France, je ne peux pas me rendre compte qu'on assimile ma sexualité à celle des zoophiles et que j'ouvre la porte à l'inceste...D'ailleurs, ils ne sont pas homophobes, ils ont des amis homo. Mais ils essayent de les remettre dans le droit chemin en prônant l'abstinence. C'est vrai ça, si tu as une sexualité de malade mental, la seule solution, c'est de n'avoir plus de sexualité du tout.

Non, vraiment, l'homophobie n'existe pas. Surtout si les gays restent dans les placards, en fait. C'est vrai, ça...Pourquoi est-ce qu'ils viennent nous mettre leur sexualité sous le nez, ceux-là...? C'est pas les hétéros qui feraient ça, non ! Ce n'est pas eux qui nous imposent la sexualité sur les unes des magazines, dans les pubs pour parfums, dans leurs salons d'auto à la porte de Versailles, hein !

Et quand on dit qu'on est homo, ce ne sont pas eux qui s'imaginent tout de suite les trucs les plus torrides...Ce ne sont pas eux qui s'imaginent entrain de tourner un porno avec deux bombes refaites comme il y en a des tonnes dans les pornos...hétéros...

Bon, j'arrête là, je vais m'énerver...

CC

samedi 1 décembre 2012

Le silence des sentiments

Quand j'étais enfant et pendant mon adolescence, j'écrivais un journal.

Ce n'était pas un journal intime, même si j'avais écrit en énorme, de mon écriture maladroite, sur la couverture : "Journal intime de CC". Sur ce simple cahier, pas de cadenas. Je le laissais bien en vue sur mon lit. Ma mère respectait mon intimité pourtant je ne souhaitais que le contraire. Je voulais que ce truc soit lu.

Ecrire pour soi, je trouvais cela idiot. Ce que je voulais garder pour moi et pour moi seule, je le laissais dans un coin de mon cerveau. Ma mémoire était là pour cela.

Un jour, j'avais laissé mon journal ouvert sur le lit. Tout juste si je ne soulignais pas les passages qu'il fallait lire en priorité. Ce jour-là, j'avais décidé de faire comprendre à mes parents mon homosexualité. Ce fut un moment violent, même si l'écrit n'avait pas suffit et qu'il a fallu, quelques années plus tard que je confirme cela par oral, avec preuve à l'appui.

J'aurais pu parler, dire simplement les choses avec la voix, les yeux dans les yeux. Mais je ne savais pas. Je n'avais pas d'exemple, d'ailleurs, autour de moi. Dans la famille, nous ne parlions que du concret et du factuel. Jamais un mot sur les sentiments. D'ailleurs, quand j'allais passer des vacances chez mon oncle et ma tante, j'étais toujours épatée par ce que j'entendais. On disait "J'aime, je n'aime pas". On expliquait pourquoi. On disait "J'ai peur" ou "Je suis bien..." C'était nouveau. J'en étais un peu gênée, je crois, parce que j'avais contractée une grande pudeur, à force de côtoyer le silence des sentiments.

Cette pudeur ne n'a pas tout à fait quittée, mais je crois que la vie me soigne. Quand on perd trop tôt ceux qu'on aime, on se rend compte qu'on ne leur a pas dit assez "Je t'aime."

CC

mardi 27 novembre 2012

Partir, revenir...

Étonnamment, mon cœur balance...

"J'ai eu tort je suis revenue dans cette ville au loin perdue où j'avais passé mon enfance..." 

"J'ai quitté mon chêne, comme un saligaud, mon copain le chêne, mon alter ego..."

Partir, revenir...Fuir, échapper ou libérer les autres de sa présence...

C'est un des problèmes...

Je suis partie loin, parce que je voulais me protéger. Je le croyais. Je voulais vivre ma vie. Je sentais que le poids de la mémoire, du modèle était trop pesant pour moi.

Aujourd'hui, je me demande dans quelle mesure je ne suis pas partie pour protéger les autres, pour vivre à l'abri des regards et du qu'en dira-t-on. Pour protéger mon père.

Je ne suis plus sûre d'avoir fait ce choix pour moi. Même si je ne regrette rien et que je suis bien, ici ou là...On est toujours bien, où que l'on soit, si l'on est bien dans sa tête...Ma vie est là où est mon cœur. Mais revenir sur ses choix, les mesurer à l'aune du présent, se retourner sur ce qui a fait le chemin d'aujourd'hui, c'est une nécessité...

Retrouver la parole, cela va avec...Je chemine, entre les lieux et entre les gens...

Merci à ceux qui savent m'écouter, même si ma parole est chaotique et désordonnée...C'est que je n'avais pas l'habitude de parler...

CC


lundi 26 novembre 2012

La vie commence aujourd'hui

Elle s’en va. 


Elle quitte cette ville et ces lumières, ces trottoirs usés et ces passants indifférents.

Elle a pourtant été de ceux-là, flânant devant les boutiques et participant à l’expansion du domaine du grand capital. Elle a consommé plus que de raison, tout ce qui est consommable, tout ce qui est jetable, tout ce qui est à la mode un jour et qui ne l’est plus le lendemain. Mais aujourd’hui, elle a fait le choix de ne prendre qu’une petite valise.

Elle a dû choisir et jeter. Elle a dû trier et prioriser.

Prioriser. Ce mot moche était très utilisé dans la grande boîte qui l’employait. C’était la classe : elle a bossé comme simple assistante dans une des tours de la Défense, une des plus hautes, dans tous les sens du terme. Elle a profité du standing que ça impose...

Pourtant, sans avoir gagné au loto, elle a été heureuse de dire au revoir, président.

Elle a tout quitté.

Elle ne sait pas vraiment où ses pas la mènent. Vers une gare, n’importe laquelle, vers un train, peu importe lequel.

Elle montera dedans comme si elle montait enfin dans sa vie, après avoir longtemps marché à côté. Elle a suivi les conventions et les obligations, elle a servi de maître étalon : femme parfaite à tous égard, au foyer comme au lit, au bureau comme en famille.

La dernière fois qu’elle a dit non, c’était au printemps dernier :

« - Un sucre dans ton café ?
Non.»

Régime. La ligne à suivre. Mais elle tire un trait. Aujourd’hui, elle a décidé de ne plus aller droit : sa ligne de conduite sera courbe. Une véritable arabesque. Et elle s’y tiendra.

Gare de Lyon. Le sud lui tend donc les bras. La misère sera moins dure au soleil.

Car seule, femme, plus tout à fait jeune, presque sans qualification, c’est bien la misère qui l’attend.

Dans un coin de sa tête, évidemment, il y a Disney et ses ravages qui lui dictent des rêves prêts à porter : «Dans le train, il y aura un homme, grand, brun et poivre et sel, une sorte de Clooney, au bar du TGV...Il te proposera un café...Et quoi d’autre ? La grande aventure, tu vois, un prince charmant...»

Ils sont tenaces, ces rêves de gosses. Chewing-gum à la fraise de l’âme...Mais quand on se retrouve seule à cet âge, ce sont de bons compagnons, ces putains de contes de fées...

«Un aller simple pour Montpellier, s’il vous plait. Côté fenêtre et dans le sens de la marche.»

Surtout ne pas regarder en arrière.
Le guichetier s’en fout. Il essaie de lui vendre une place en première, une carte privilège, une location de voiture et une chambre d’hôtel. Mais la belle est rétive. Aller simple, en seconde. Voiture fumeur ? Non, madame, ça n’existe plus. Tant pis.

Premier jour du reste de sa vie.


13 mars 2010.
CC

PS. : ceci était un tag très sympa de Gaël. Merci à lui ! 

dimanche 25 novembre 2012

Louis XIV, le minitel et le mariage pour tous

En France, à force d'être en avance sur tout, on se retrouve à la traîne...Voilà comment on pourrait résumer cet article...

Intéressant de lire le point de vue d'un homme d'outre-Atlantique !

Mais que c'est dur d'avoir raison avant tout le monde, sans s'en apercevoir...

CC

samedi 24 novembre 2012

Barbara

Outre le fait qu'elle est tout à fait mon type de femme, élégante, troublante, avec du caractère, Barbara a écrit des chansons que je connais presque toutes par coeur, qui me viennent souvent aux lèvres et qui rythment ma vie depuis longtemps...

Ce matin, c'est Nantes qui m'a tiré des larmes...



Mais heureusement, Les Amis de Monsieur m'ont fait sourire...




 CC

jeudi 22 novembre 2012

Petit pédé

Dix ans. Je suis dans la cour de récré et Mourad vient de me balancer le ballon dans la tête en hurlant «Pédé !». Il ne sait pas vraiment ce que ça veut dire, c’est clair. Il a entendu son père hurler ça devant un match de foot.

Moi, pédé, je sais ce que ça veut dire. Mon père aussi crie ça devant la télé alors j’ai cherché dans le dictionnaire. Je n’ai pas trouvé pédé, mais pédéraste. J’ai compris à peu près que c’était les hommes qui aiment les hommes. J’ai bien compris que c’était sexuel, sinon, ça ne vaudrait pas le coup, ce ne serait pas une insulte.

Les autres garçons parlent beaucoup de sexe. Il y a eu la bd de Titeuf, Le Zizi sexuel...Il y a les photos de filles nues apportées par les pires élèves. Et puis il y a aussi ceux qui vont sur internet voir des vidéos...Je ne l’ai jamais fait, parce que mes parents surveillent. Mais en plus, ça ne me tente pas. Même les photos de filles...ça me dégoûte plutôt qu’autre chose.

Le problème, soudain, c’est que j’ai peur d’être pédé. Malgré la définition du dictionnaire, je n’ai pas bien compris en quoi ça pouvait être une insulte. Je ne comprends pas pourquoi, si on parle d’aimer, c’est mal. Mais il m’arrive d’apprécier le sport...pas parce que je suis particulièrement sportif, juste parce qu’on est proche des autres, parce qu’on se touche et qu’on prend les douches ensemble...

Je sais déjà que c’est mal et que ça me fera des problèmes. J’ai dix ans et je veux déjà me cacher. J’ai déjà peur de mon père et de mes copains. Je ne sais pas comment je vais faire et ça va finir par se voir.

A la télé, ils ont montré des manifestations dans lesquelles des gens disaient qu’ils étaient contre le mariage des homosexuels. Que c’était contre nature. Comment en parler, à dix ans ?

Je ne crois pas que je suis un extraterrestre. Mais d’autres en doutent encore.


Tous les clips Renaud


CC

mercredi 21 novembre 2012

Garçon manqué

Dix ans. J’avais les cheveux coupés courts et des culottes de garçon, pour pouvoir courir avec eux. La guerre était finie depuis trois ans et on avait encore des tickets de rationnement. On n’avait pas vraiment faim à la campagne. On gobait les œufs, on maraudait les pommes.

Les garçons, les filles, pour courir, l’été, c’était différent : j’étais un garçon, ça m’arrangeait. Je voulais profiter de l’odeur du foin coupé, des flaques dans lesquelles on pouvait sauter à pieds joints. Je voulais garder les vaches en attrapant des sauterelles, je voulais rouler depuis le haut de la colline jusqu’à m’en rendre saoule.

Je ne voulais pas porter de jupes. Comment sauter dans les tas de paille ? Comment ne pas craindre les bouses de vache ? Il fallait être un garçon. C’était impératif. Les filles restaient à la maison. Elles aidaient la mère à la cuisine et au jardin. Je voulais traire les vaches, c’était bien plus marrant.

Le soir, avant de dormir, je lisais des romans d’aventure. J’étais un chevalier. J’étais un naufragé sur une île. Je ne voulais pas être une fille. C’était impossible, quand on était une fille, de vivre sur un bateau de pirates. On nous jetait à l’eau, on nous donnait aux requins.

Le soir, avant de dormir, je séduisais la princesse et je l’embrassais dans le soleil couchant.

Ma mère me glissait des romans d’amour. Ma mère me choisissait de jolies jupes. Elle était attentive, mais elle savait bien que j’étais un garçon manqué. C’était une évidence. J’avais dix ans. Elle se disait, ce n’est pas grave. Elle joue, elle court les champs. Elle passe de bonnes vacances. En septembre, on rentrerait à Lyon, on retournerait à l’école. Elle va rentrer au lycée. Elle est douée, elle va faire de bonnes études et un garçon lui fera tourner la tête.

Elle se disait ça, elle le disait à mon père, aussi. Mon père s’en fichait. Il ne me regardait pas. Il ne savait pas ce que j’étais. Il voulait un garçon. J’étais un garçon, pourtant, mais il ne s’occupait pas de moi. Quand il saura, il voudra une fille, pourtant. C’était un militaire. Il sera en colère, quand il saura. Il ne comprendra pas.

Au lycée, ce serait pareil. Les filles, à l’école, on leur dit de rester sages, de réussir les rédactions et moi, ce que j’aimais, c’était les maths. L'arithmétique, la physique, la chimie. J’aimais compétition et j’aimais gagner. Si un garçon avait une meilleure note que moi, je lui faisais peur à la récré. Je le défiais aux billes et là, je gagnais. Ma mère m’avait dit que je rêvais. Elle m’avait dit que je serais obligée d’être avec les filles, d’être en robe, avec une blouse bleue ou rose, selon la semaine.

Rose souffrance...Je ne savais pas mettre de nom sur ce besoin d’être un garçon. Mais c’était ainsi...Et pourtant, il y avait des résistances, des oppositions, des brimades. On se moquait de moi. Mais la volonté est toujours plus forte. J’ai eu des moments difficiles...J’ai suivi ma voie, parce que je n’avais pas le choix.

Aujourd’hui, je sais que je ne suis pas une extraterrestre. Mais il y a toujours des gens qui en doutent.


mardi 20 novembre 2012

Culpabilité, fierté, colère...

Il y a des soirs où rien ne va. Ou plutôt, il y a des soirs où tout se bouscule. J'aurais aimé parler de ma culpabilité. Mais en même temps, j'aurais voulu parler de ma fierté. J'aurais voulu évoquer ma colère, aussi. A plusieurs motifs, d'ailleurs.

Culpabilité.
Je vais bien. Oui, je dors mieux. Mon travail me passionne et occupe mon temps. Mes blogs occupent le reste, avec les amis, l'amour...Bref, la vie. Et puis, j'ai ma mère au téléphone. Je suis loin. Je ne sais pas l'aider.

Fierté.
Un élève que je n'ai plus depuis 3 ans, qui est maintenant en Terminale, m'écrit et me fait confiance, au point de me confier des choses importantes. Parfois, dans mon métier, on récolte ce qu'on a semé et c'est bon. Merci.

Colère.
Le président que j'ai choisi a eu une phrase fort maladroite et ça me chiffonne. (Mais cela, j'ai pu en parler...)

Nous avons des problèmes ridicules de hiérarchie au boulot qui nous empêchent de mettre en place un projet intéressant pour les élèves.

Je ne peux pas en dire plus. Mais voilà les sentiments qui se bagarrent en moi ce soir. 

CC

lundi 19 novembre 2012

Vieilles histoires du temps jadis

Encore un texte ressorti de nulle part...Sans prétention...(c'était un texte de fiction, mais fortement inspiré par des histoires de famille...)


Souvent, mon grand-père me ressassait de vieilles histoires de famille qui ont maintenant plus d'un siècle. Je pense que les caractères se forgent de génération en génération, que les choses sont en nous, depuis toujours. En est-il de même pour le cancer ? Est-ce une maladie génétique ?
 
Pour le caractère, en tout cas, je sais d’où je viens. Une famille de travailleurs de la terre, d’acharnés au boulot qui firent tout pour se faire des jours meilleurs. Ou au moins pour faire des jours meilleurs à leurs enfants.
 
Ça, c’est du côté de mon père. 

Du côté de ma mère, ces vieilles histoires d’un autre temps sont celles d’une famille déchue. Un vieil oncle fut capitaine dans la coloniale. Il avait fait l’Algérie, le Tonkin et l’Indochine. Il était revenu médaillé de la légion d’honneur, blessé de guerre, riche et syphilitique. 
 
Le fait qu’il fut syphilitique m’avait marqué. La maladie, déjà marquait la famille de son sceau.
Revenu d’Indochine, où il avait abandonné une femme et un enfant, il avait fait construire une nouvelle maison, il l’avait meublée et avait repris en main les affaires de sa famille qui allaient en dépérissant depuis que ses membres s’étaient battus pour de sordides histoires d’héritage. On en était venu aux mains parce que la Louise, matriarche à la poigne de fer, n’avait rien donné aux filles. Alors depuis on ne s’aimait plus, on se cherchait des crasses, on se tirait dessus à coup de fusil. Et l’Oncle du bout du monde était venu pour réparer les querelles de gros sous : il en apportait pas mal et il en donnait à tout le monde pour qu’on en parle plus. Ses frères et sœurs étaient alors un peu ses valets et il jouait à merveille le rôle du seigneur. Sa blessure et sa maladie l’empêchaient de travailler trop et il donnait les ordres avec talent. Il s’occupait des affaires communales en dissident, pariant à chaque fois qu’il ne serait pas élu, faisant partie de la droite bien pensante, anti-dreyfusard, habitant une commune de paysans rouges et analphabètes. Des rustres… 
 
Deux familles, deux histoires bien différentes, deux patrimoines à la fois historique et génétique. Des cancers, dans tout ça ? Pas à ma connaissance. Mais souvent, alors, on nommait vieillesse, usure du temps ou gâtisme, toutes les maladies que les gens développaient quand la soixantaine était passée.
La science a fait le progrès de nommer les choses. La désignation rend-elle plus simple la maladie pour ceux qui la vivent ? Je suis convaincu que oui : j’ai eu un autre voisin qui souffrait d’une maladie dont aucun médecin, ni aucun examen n’avait pu découvrir le pourquoi du comment…Ce voisin était résigné à vivre dans l’ignorance totale de l’avenir : était-il à l’article de la mort, cette maladie t
était-elle curable ou bien simplement psychologique ou au contraire, s’étendait-elle, pareille que le cancer, comme une pieuvre invincible ? C’est un enfer de ne pas savoir. Mais savoir et ne rien pouvoir faire est aussi difficile…
 
Parmi mes ancêtres, il n’y avait pas que des syphilitiques. Il y avait aussi un destin tragique. Un autre grand oncle, génie horloger, avait fabriqué une fabuleuse pendule, véritable œuvre d’art, présentant à chaque heure une figurine différente, une scène de la vie campagnarde, sortant tel le diable d’une boîte, en même temps que les tintements harmonieux des diverses cloches sonnant les moments de la journée…C’était une œuvre minutieuse, une œuvre de grande patience. C’était l’œuvre d’une vie, la passion d’une vie. Il ne pensait qu’à ça, il ne parlait que de ça, il ne voyait sa vie que par rapport aux heures sonnées régulièrement par son horloge géniale…Pour orner la caisse de ce petit bijou, il avait imaginé une scène de ménage sculptée qui éclatait perpétuellement au rythme des secondes…
 
Quand il eut parfait son invention, mon oncle, convaincu de son succès futur, s’en alla à la ville pour y exposer son enfant. C’est alors que toute la bassesse de l’être humain, à laquelle il avait échappé soigneusement alors qu’il confectionnait son invention, lui apparut, d’un seul coup.  
Un escroc voulut bien entendu lui racheter son concept, pour une somme dérisoire et bien sûr sans aucun droit de regard sur le devenir de sa machine…
L’oncle revint chez lui furieux et brisa son engin à coup de massue…
Il tomba alors en dépression, vidé de tout ce qui faisait sa vie…
Il se suicida à 34 ans. 
 
Ce drame, quand on me le raconta, provoqua un choc terrible…Le travail bien fait, cet amour de la perfection détruit en si peu de temps cela me semble le plus terrible des sacrifices. J’avais ressenti exactement la même chose le jour où ma mère, lorsque j’étais entrée en classe de sixième, m’avait soigneusement tracé mon emploi du temps, de la façon la plus appliquée, remplie d’un amour maternel sans borne, comme il se doit…Je l’avais regardé faire avec une grande admiration. Le lendemain matin, notre professeur principale nous apprenait un remaniement total de cet emploi du temps…Le travail de ma maman était donc caduc. Je crois même que j’en avais pleuré de rage.
 
Les deux événements n’ont pas grand chose de comparables, certes. Mais je les associe, car avec la distance, je me souviens qu’ils ont réveillé en moi le même sentiment d’injustice.
 
L’injustice que peut provoquer la mort est la même. Et je crois que je trouve là une motivation pour essayer de comprendre pourquoi le cancer frappe autant autour de moi.

26 mai 2007 
CC

dimanche 18 novembre 2012

Journée de haine

C'est une journée bien pénible, aujourd'hui, pour ceux qui sont homosexuels. 

C'est une journée où la haine s'est étalée partout, sur twitter, sur facebook, dans la presse.

C'est une journée où il faut sortir de chez soi, rencontrer des gens, parler et rire avec des personnes qu'on aime.

Il ne faut pas rester tout seul face à cette haine.

Il faut se souvenir que les religions enseignent l'amour de son prochain et que ceux qui sont dans la rue se trompent.

Il faut se souvenir que Jésus avait deux papas et une maman qui fut une mère porteuse. 

Il faut se rappeler qu'il n'y a pas si longtemps, on rejetait les femmes adultères, les filles-mères. Il faut se souvenir qu'il y a encore des pays où l'on lapide encore ces femmes.

Je ne parle même pas de l'égalité des droits, là. Je parle de la haine qu'on nomme "homophobie". Je ne sais pas si ces gens, ces militants cathos extrémistes de Civitas, ont peur.

Je sais qu'ils sont haineux. Et je vis cette journée comme rouée de coups.

CC

samedi 17 novembre 2012

Trouble et transgression vs mariage pour tous ?

Tout est permis, nous sommes en démocratie et il y a donc des homos qui sont contre le mariage pour les personnes du même sexe. Il y a aussi beaucoup de gens qui se disent "gay friendly" qui sont contre l'égalité des droits pour les homos.

Pour moi, c'est étrange. L'argument développé, c'est que les homosexuels sont des gens subversifs, sulfureux, créatifs, révolutionnaires et que le modèle petit bourgeois n'est pas pour eux. J'ai même lu cela, sous la plume d'un Renaud Camus très lyrique :
"Le parti de l’In-nocence a trop de considération pour toutes les expressions in-nocentes du désir et de l’attachement au monde sensible ; il éprouve trop de respect pour l’amour des hommes entre eux, des femmes entre elles ; il est trop conscient de la grandeur, de la poésie, du souffle de liberté et de défi qui ont été attachés à travers les siècles à ces passions-là, constamment traduites malgré la répression et la tragédie en de grandes œuvres et de grands bonheur ;"

C'est une vision de l'homosexualité qui m'est étrangère, mais que je peux comprendre : quand on tombe amoureux, on est troublé, on est souvent happé par un sentiment de transgression. Mais est-ce réservé à l'amour homosexuel ? Frédéric Moreau est pris par ces sentiments pour Mme Arnoux, tout autant qu'Aragon pour Aurélien. Cela n'a rien à voir avec l'orientation sexuelle.

Et surtout, cela n'a rien à voir avec l'amour qui dure, qui s'installe, qui se construit, dans la tendresse du quotidien et des rêves partagés et réalisés ensemble. La romance et la passion sont de bien belles choses, mais il se peut aussi que l'on décide de vieillir ensemble. L'égalité des droits devient alors nécessaire, pour la transmission d'un patrimoine commun, par exemple, pour ne pas se retrouver à la rue, jeté d'une maison que l'on aurait pourtant payée aussi, pour des choses bassement matérielles, bien sûr, mais on parle là de vie réelle, pas d'art et de romance.

Je sais qu'une blague lesbienne fameuse dit que ce qu'une lesbienne apporte lors d'un deuxième rendez-vous amoureux, c'est un camion de déménagement, et je suppose qu'il s'agit d'une différence fondamentale entre les gays et les lesbiennes...Du moins, certains gays...

Derrière cela, il y a beaucoup de choses : le trouble et la transgression de l'interdit est pis qu'un alcool fort en amour. C'est grisant. Mais pour l'entretenir, il faut maintenir l'interdit. Il faut donc que les sentiments de peur et de honte soient un peu présents. Il faut que le placard reste fermé...Et il faut renouveler les expériences, les multiplier, pour qu'aucune habitude s'installe...

A mon sens, cela va aussi avec de la souffrance. Et il est évident que pour la création, c'est un terrain fertile. Je peux le comprendre. Mais j'aspire au bonheur, pourtant. Je ne dis pas que je n'ai pas connu tout cela durant l'adolescence et j'avoue même que je me suis complu dans ces sentiments troubles. Mais je ne crois pas que cela puisse durer toute la vie...

Je ne sais pas si ce que je raconte est bien compréhensible...Désolée...

CC

mercredi 14 novembre 2012

Comment vieillirons-nous ?

C'est un film qui sortira bientôt, qui était à Cannes le printemps dernier et qui me paraît fascinant.

Les Invisibles. Le titre, déjà m'interpelle, parce que justement, je me pose en ce moment des questions sur la visibilité...Enfin...vous savez.

Je n'ai vu que la bande annonce et deux extraits.

Je me suis retrouvée, particulièrement, dans celui-ci.


CC

mardi 13 novembre 2012

lundi 12 novembre 2012

To be or not to be une lesbienne à la gay pride ?

Quel est le meilleur moyen de défendre les droits des personnes homosexuelles ? 

C'est un peu la question que je me posais il y a quelques temps sur ce blog. Ma question n'était pas très claire et ma réponse un peu alambiquée.

Pour schématiser, je me demandais s'il fallait que je sois plus "visible", que je me transforme en camionneuse pour coller à l'image qu'on attend de moi, ou s'il fallait que je participe à la gay pride déguisée en...en je ne sais quoi d'ailleurs. Je ne suis pas vraiment "communautariste". Je vis en province et pas dans le Marais.

Coller à l'image qu'on attend de moi, pour peu que l'on sache que je suis homosexuelle, voilà une idée étrange. Mais il m'est arrivé de surprendre, lors d'une première rencontre de blogueur, parce que les gens n'attendaient pas à me voir ainsi...Le blogueur en question se reconnaîtra : la discussion fut intéressante et je crois que j'ai réussi à changer des idées reçues sur le sujet en étant moi-même, mieux qu'en étant ce qu'on attendait de moi...

Mais il n'empêche que l'idée de modèle identifiable reste une bonne idée : j'ai expliqué que si j'avais réussi, à l'adolescence, à assumer ma sexualité, c'était aussi grâce à certains de ces modèles clairement reconnaissables. Encore fallait-il que ces modèles soient positifs, bien sûr : alors au delà du look, il faut aussi une réussite sociale, être bien intégré, vivre "normalement". En fait, l'idée de norme est au cœur de ces interrogations.

D'ailleurs, lorsque nous sommes en plein cœur de ce débat pénible sur le mariage pour les personnes de même sexe, je trouve qu'il est intéressant de s'interroger sur la norme. Aujourd'hui, le texte de Virginie Despentes m'interpelle : elle répond avec beaucoup de violence à cette autre violence qui consiste à ne pas nous considérer tout à fait comme des êtres humains, en nous refusant les mêmes droits que les autres. C'est une autre manière de militer. Le rapport à la norme est toujours une question de point de vue et le point de vue qui s'exprime à travers ceux qui s'opposent au mariage pour tous, c'est la voix de l'homme. Dans le débat, les gays ne peuvent pas être considérés comme des hommes normaux et les lesbiennes n'existent presque pas, sauf quand on parle des enfants, de l'adoption et de la PMA. On réduit une fois de plus les hommes et les femmes aux rôles qu'on attend d'eux.

Je crois aussi que le lesbianisme, pour revenir à ce sujet précis, est aussi un féminisme. Et que ce que nous mettons en question, fortement et avec impudeur, c'est la femme, sa place, sa sexualité, son rôle dans la société. Ce sont encore des sujets tabous. C'est un des nœuds du problème.

Je parlais il y a peu avec un oncle que j'aime beaucoup et qui est un soutien, dans la période difficile que je vis. Il a compris, avec beaucoup de finesse et de psychologie, la corde raide sur laquelle on avance : il faut vivre sa vie, s'épanouir, être heureux et équilibré, autant que possible, pour soi, mais aussi pour ceux qui nous aiment. Mais il faut aussi juger de ce qui est utile à dire et à faire en fonction de ceux qui nous aiment, aussi : est-il vraiment nécessaire de choquer des grands-parents qui ne sont pas prêts à accepter cela ? Est-il nécessaire d'imposer son mode de vie à des gens qui ne pourraient pas le comprendre et qui s'en trouverait mal à l'aise ? Il faut savoir jongler entre tout cela avec subtilité, au quotidien et c'est un exercice difficile. Et puis est-on toujours sûr de la réaction de ceux à qui on craint de le dire ? Comment savoir ? Comment n'avoir point de regrets, ensuite ?

Beaucoup de questions, pour une réponse, n'est-ce pas, Annabel ?

CC

samedi 10 novembre 2012

Elle s'appelle mademoiselle

{Un vieux texte...juste comme ça, sans prétention...}


La vieille d’à côté vit seule.
 
Elle a tout d’une vieille fille du temps de mon arrière-grand-mère. Elle est austère, sèche, vêtue de noir. Les enfants se moquent d’elle et pourtant, elle reste impassible. Elle a vécu.
 
Moi, je la rencontre sur le palier ou dans l’ascenseur. Elle est craintive. Je suis jeune, alors elle a peur de moi. C’est souvent le cas, avec les personnes âgées. Je suis polie, pourtant, je dis bonjour et je souris. J’ai le contact facile, on me le dit souvent. Mais elle me résiste et ça m’intrigue. Ça m’inquiète, ça me fascine. L’histoire des gens transparaît souvent entre les non-dits. J’aime à m’imaginer la jeunesse et la pauvre vie des gens. On voit bien plus de choses à travers une fenêtre fermée, comme disait Baudelaire…
 
J’essayais parfois de l’imaginer jeune et belle, dans ses folles années cinquante. Les robes évasées devaient bien lui aller…Elle était brune, probablement, vu la blancheur immaculée de ses cheveux de vieillard. Elle avait les traits précis, le visage harmonieux et de grands yeux bruns avec de longs cils. Elle est toujours belle. Elle vieillit comme un arbre. Elle s’est ridée, mais elle a du caractère, un regard fier et fort. Ses mains sont volontaires, ses gestes affirmés, elle n’hésite pas, ne tremble pas.
 
Comment peut-on imaginer qu’une si belle femme n’ait jamais séduit d’homme. Elle s’appelle Mademoiselle. Qu’elle se retrouve seule, sans enfant, sans soutien, à son âge, ça me laisse perplexe.
 
L’autre jour, je manquais de sel ou de sucre, je ne sais plus. J’ai osé sonner chez elle. D’habitude, je sonne chez la mère de famille du dessous ou alors je file à l’épicerie. D’habitude, je ne prends pas vraiment de risque. Là, en fait, je ne sais même plus si je manquais vraiment de quelque chose, à part d’une curiosité satisfaite.
 
Je suis rentrée chez elle. Ça ne sentait pas vraiment le vieux, la poussière ou la lavande. C’était lumineux, aéré, le mobilier était simple, intemporel. On se fait des idées sur les gens. Je voulais croire qu’elle était vieille, raciste, conne, aigrie. Dans le fond, ça collait à l’image que je voulais voir. Je me disais : « C’est juste une vieille bigote fasciste qui va vite voter Le Pen et qui sert son sac à main contre elle dès qu’elle rencontre un jeune un peu bronzé… »
 
Ce soir-là, j’ai demandé mon sel ou mon sucre, je ne sais plus…Mais j’ai trouvé une réponse, aussi. Pas sur la vie de cette femme, mais sur moi-même.
 
Je suis bourrée de préjugés à la con.
 
N’empêche que cette première porte ouverte a permis de faire connaissance.
 
Quelques jours plus tard, c’était au tour de Mademoiselle de venir sonner à notre porte.
 
Je n’ai pas encore parlé de nous. Nous sommes deux filles et nous vivons ensemble. Nous sommes encore suffisamment jeunes pour nous faire passer pour des étudiantes en collocation. Aux voisins indiscrets, nous disons toujours : « Il faudra que je demande à ma colocataire. » C’est pratique, même si dans le fond, ça ne doit pas tromper grand monde. Nous sommes lesbiennes, voilà tout.
Nous sommes pacsées, même et nous nous aimons. Simplement, nous tenons à notre tranquillité et nous nous faisons discrètes. Le monde qui nous entoure n’est pas tendre. En banlieue, les gamins nous jetteraient bien des pierres et nous pourrions bien avoir les pneus de nos voitures crevés, si nous nous affichions officiellement comme goudous.
 
En général, quand on sonne à la porte, mon amie se réfugie dans la deuxième chambre qui nous sert de bureau. Pas question qu’on nous voit ensemble chez nous.
 
Pourtant quand Mademoiselle a sonné, c’est ma compagne qui est allé ouvrir. Et je suis restée là. Elle est entrée, elle n’a rien dit, d’abord, elle a juste porté un long regard circulaire sur l’appartement, elle nous a observées, ensuite, l’une après l’autre, avec une relative bienveillance, avec le regard doux et malicieux d’une grand-mère qui en sait long.
 
Elle était élégante, là, dans l’entrée de notre appart. Nous n’en menions pas large, plantées devant elle.
 
Elle prit enfin la parole :
« - Excusez-moi, je vous dérange à une heure un peu tardive. Mais vous rentrez tard et je voulais absolument vous rendre visite. Je voulais vous voir toutes les deux. »
 
Nous avons échangé un regard un peu inquiet. Nous avions souvent parlé de cette impression étrange que cette demoiselle nous faisait. Le fait que nous l’imaginions intolérante, aigrie, grenouille de bénitier, ne nous inspirait pas vraiment confiance. Elle referma la porte derrière elle et nous eûmes soudain l’impression d’être prises au piège dans notre propre maison.
 
Avec un sourire incertain, je lui demandai si elle allait bien, je l’invitai à rentrer, à se mettre à l’aise.
 
Elle me rétorqua avec beaucoup d’esprit :
« - Ne faites donc pas tant de chichis ! Je ne suis pas une vieille théière en porcelaine, vous pouvez me parler normalement. Vous êtes marrants, vous les jeunes. Vous pensez que les vieux, c’est comme les enfants, vous pensez qu’il faut nous protéger, nous parler en articulant exagérément et prendre des pincettes…Mais on a été jeunes, aussi, bon dieu ! »
 
Le ton était donné. Elle rentra, s’assit dans la cuisine, posa sa veste sur la chaise et déclara qu’elle aurait bien pris un petit apéro. C’était une vieille grincheuse, et voilà qu’on avait Madame Sans Gêne ! Mais on commençait à bien apprécier !
 
Pendant que mon amie sortait des verres et que je cherchais ce qu’on pouvait bien lui proposer, elle commença son interrogatoire.
 
« - Alors comme ça, vous êtes étudiantes ? C’est ce qui se dit dans l’immeuble. Mais vous avez quel âge ? On étudie de plus en plus longtemps de nos jours. Et du coup, on oublie de vivre, j’ai bien l’impression. »
 
Les questions n’appelaient pas de réponses. A peine avions-nous le temps de bredouiller des « Euh…oui… ! Euh… » stupéfaits, alors que nous farfouillions dans nos placards, qu’elle enchaînait :
 
« - Parce qu’il ne faudrait pas oublier de vivre, quand même. La collocation, c’est une solution, forcément, pour le loyer, c’est moins cher, je comprends bien. Avec le coût de la vie actuellement, hein, on est tous pareil. Moi, je ne fais plus mes courses dans le quartier. Je prends le bus, je vais au truc discount, là, comme ils appellent ça…On n’avait pas ça de notre temps… »
 
C’était une logorrhée. Rien ne semblait pouvoir l’arrêter. Comme si, seule chez elle, habituellement, elle avait retenu ses mots pendant des années et qu’elle les livrait là, tous, d’un coup.
 
Ou alors, elle voulait nous dire quelque chose. Elle tournait autour du pot.
 
On avait enfin débouché une bouteille de Bordeaux, on était enfin assises en face de cette femme qui nous paraissait de moins en moins vieille. Sa voix était belle. Elle nous semblait de moins en moins fragile, ses yeux brillaient. Elle nous racontait un peu sa vie, elle nous dit qu’elle avait travaillé très jeune, qu’elle avait eu une jolie vie, même si rester célibataire, à son époque, ça n’était pas bien vu.
 
Elle nous posa enfin quelques questions qui attendaient des réponses : ce qu’on voulait faire, comme métier, ce qu’on envisageait comme vie. Est-ce qu’on avait des amoureux ? Elle en savait plus long sur nous qu’elle n’en disait. C’était évident.
 
Ses yeux étaient perçants et ironiques quand elle nous demanda si on avait des amoureux.
 
Un blanc s’installa. Quelques secondes, à peine. On se regardait un peu par en dessous, un sourire un peu idiot sur les lèvres. On la regarda dans les yeux, très franchement.
 
« - Un amoureux ? Non, déclarai-je.
- Ça ne nous intéresse pas vraiment, en fait, ajouta mon amour…
- Ah ! Je vois, dit la demoiselle. Vous et les garçons, ça fait deux, c’est ça ? Ne me dites pas que vous voulez rentrer dans les ordres, ce n’est pas votre genre ! »
 
On était gênées, quand même. Elle avait beau avoir l’air sympa, ouverte, pétillante, elle était âgée et dans le fond, on ne savait pas où elle voulait en venir. Faire un coming-out, comme ça, au milieu de notre cuisine, avec une voisine qu’on ne connaissait presque pas, cela ne nous semblait pas si naturel.
 
C’est elle qui brisa le silence.
 
« - C’est pourtant plus facile à votre époque qu’à la mienne, bon sang ! Je n’ai que ça à faire de ma vie, il faut dire : observer les gens de l’immeuble, c’est ma passion ! Alors vous, je vous ai repérées tout de suite. Vous savez ce que c’est, c’est comme un radar. Et puis vous vous aimez, ça se voit. Vous respirez l’amour ! Vous avez beau faire comme si vous étiez juste amies, vos gestes, vos attentions l’une envers l’autre vous trahissent aux yeux de quelqu’un d’attentif… Je vous vois inquiètes : il n’y a pas de raison, personne n’est vraiment attentif, de nos jours. A part une vieille folle comme moi. »
 
On était scotchées, médusées, sans voix. Complètement stupides.
 
Elle se leva, remit sa veste, lentement, reprit son verre et aspira la dernière goutte de vin rouge, avec des yeux gourmands.
 
« - Je suis une vraie bavarde, mais il faut que je vous laisse. Je sais bien que vous travaillez. Vous partez tôt le matin, pas comme ces étudiants qui ne font pas grand-chose ! Allez, sans rancune. Vous savez bien que je ne parle à personne, dans l’immeuble. Je ne vais pas aller raconter votre vie à tout le monde…Et puis, merci pour le verre ! Ce Bordeaux est délicieux ! »
 
On avait retrouvé le sourire. On la remercia d’être passée nous voir, on lui assura que notre porte lui était ouverte, qu’elle pouvait passer quand elle voulait, qu’elle ne nous dérangerait jamais.
 
Après ces banalités d’usage, elle nous fit la bise et en nous regarda avec gravité. Elle repoussa la porte qu’on avait déjà ouverte pour ajouter ces mots que je n’ai jamais oubliés :
 
« - Vivez votre vie. Sans entrave. Ne laissez pas les autres vous dicter vos valeurs. Ne faites pas les mêmes erreurs que moi. J’ai laissé filer mes belles années, j’ai laissé filer mes amours. Je suis maintenant seule, vieille et laide, je ne vis que de regrets et de fantasmes. Je vis à travers ceux que j’observe, derrière mes rideaux. C’est bien triste. »
 
Celle qu’on avait cru vieille et homophobe était en fait plus jeune et plus ouverte que nous. Elle venait nous donner une leçon. Même si elle n’avait pas eu le courage de vivre son amour pour les femmes…Vraiment, avait-elle été lâche ? Non…
 
« - Un jour, je vous raconterai l’histoire d’amour de ma vie, je vous parlerai de cette belle femme qui m’avait retourné les sangs, qui m’avait fait perdre la tête. J’ai tout laissé pour elle : mes parents, mes amis, ma ville d’origine. Malheureusement, ça n’a pas suffit. Je vous raconterai tout ça…Mais promettez-moi de ne pas laisser filer un si bel amour… »
 
Nous avons promis…

30 juin 2008.
CC

lundi 5 novembre 2012

L'amour du pays

Juste une journée, quelques clichés...

Au matin, le soleil était là.

Au soir aussi. Mais entre temps, il a plu. Et il pleuvra encore...
Le ciel ne promet rien de bon...
Et la pluie arrive à nouveau, comme une giboulée...
Heureusement, comme un espoir, un arc-en-ciel apparaît...

samedi 3 novembre 2012

Femme au bord de la crise de nerfs

Ces vacances sont sans doute les moins reposantes que j'ai vécues depuis longtemps. On me dit pourtant tout le temps : "Ah ! C'est bien, vous avez 15 jours de vacances, cette année, grâce à ce gouvernement de coco..." Et pourtant, je suis épuisée.

Je suis en Savoie, j'aide ma mère. Il y a eu le notaire, les papiers, les courriers, les visites, le moral à remonter, les tracas du quotidien qui deviennent une montagne...

Je n'aime pas me plaindre, mais finalement, ce blog est là pour ça. Je n'en peux plus. C'est de la fatigue morale. Il faudrait que je dorme et sans faire des rêves tordus, il faudrait que je puisse avoir de vrais moment de vide. Heureusement, Amandine est là et elle m'aide, elle aussi.

Cependant, je me pose des questions...

Comment vraiment aider ses proches, dans le deuil ?

Est-ce qu'être trop présent est vraiment une aide ?

Est-ce que la vie doit continuer comme avant ?

J'ai peur de devenir une béquille indispensable et je ne suis pas sûre d'arriver à tenir ce rôle...

En fait, je suis sûre de ne pas pouvoir tenir ce rôle. Les réponses sont contenues dans les questions. 

CC

jeudi 1 novembre 2012

L'important, ce sont les vivants

La Toussaint, c'est toujours triste.

Cette année, pour moi, c'est encore pire. Aujourd'hui, tout parle de la mort : le journal télé, la radio, les journaux, les gens.

Au cimetière, cet après-midi, il n'y avait pas grand monde. Les gens font porter des chrysanthèmes par les fleuristes. Les gens habitent loin et n'ont pas forcément des congés. On peut d'ailleurs penser aux morts autrement et ailleurs qu'au cimetière, durant un après-midi froid du mois de novembre.

La dame qui a dit la bénédiction s'est trompée dans le Notre Père. Ce n'est pas que j'ai beaucoup de religion...Mais je crois que les rites et les traditions changent et évoluent. Ce n'est pas très grave. On peut très bien ne pas oublier ses proches disparus sans avoir à se recueillir sur le marbre froid de la tombe, dans le gris d'un jeudi d'automne.

L'important, c'est la famille, les amis. L'important, ce sont les vivants, pour se souvenir, ensemble.

CC