dimanche 18 janvier 2026

Il n'y a rien - Dans le grand tout - Épisode 13




 « Ne te soucie pas trop du drone. Tu te rendras vite compte que l’iA ne dort jamais que d’un œil… » me déclare Nicolas, toujours très suspicieux. 

Je lui en veux un peu : « Mais pourquoi tu ne considères pas ça comme un outil, comme quelque chose qui pourrait nous aider ? Là, moi, j’aimerai bien qu’elle nous envoie un robot ou deux pour retaper cette bicoque ! Ou bien qu’elle nous envoie…je ne sais pas, moi, du papier toilette, des rations de cellulose protéinées pour tenir le coup ou encore qu’elle rétablisse l’électricité dans ce bled ! » 

« Tu peux toujours rêver ! Ce n’est pas son projet d’aider un gars comme moi qui ai décidé de rester à la cambrousse. » 

C’est contradictoire : l’iA a eu besoin de nos connaissances. Pour nous remercier, elle nous a rajeunis. Et elle nous a placé là…Ce n’est peut-être pas un hasard. Il nous reste à découvrir pourquoi. 

 Il me fait la moue et il me remet les pieds sur terre : « En attendant que les drones te livrent tes courses, il va falloir que tu penses à faire des stocks de feuilles…Et crois-moi, en débarquant en plein hiver, tu es un peu dans la… » 

Je le coupe sec : « Non, c’est bon, je n’ai pas envie du tout de penser à ça. Je n’y arriverai pas. C’est trop pour moi. Je ne suis qu’une vieille bonne femme, citadine, inadaptée, une vieille bourgeoise dans un corps de jeunette. Je… » 

Il s’éloigne sans m’écouter. Il se dirige vers une maison, quelques mètres plus loin. Une ancienne maison bourgeoise très belle. Une fenêtre donnant sur le jardin ne lui résiste pas longtemps. Il entre. Quelques minutes plus tard, il ouvre la grande porte d’entrée et se plante sur le perron. 

« Cette maison est trop grande, mais elle est en meilleur état, j’en conviens. C’est à toi de voir. Peut-être qu’en te cantonnant au rez-de-chaussée, c’est chauffable. C’est à toi de voir. Viens ! » 

L’intérieur semble figé dans le temps. On ne peut pas ouvrir tous les volets : ils sont électriques. Mais dans la pénombre, on devine la silhouette des meubles couverts de grands draps blancs. Les gens ne sont pas partis précipitamment, on dirait. Nicolas m’explique que la maison était une résidence secondaire et qu’elle n’a pas été vraiment quittée… 

C’est une grande maison bourgeoise, qui respire les vacances en famille, qui respire les jours heureux, les balades en forêt de l’automne, les marrons dans la cheminé, les retours de plage en été, les longues siestes, les volets mi-clos laissant filtrer la lourde torpeur du soleil, les parties de Monopoly, les salades de tomates et le melon. C’est un havre, ce sont des souvenirs. On a envie d’être là, malgré la poussière, malgré les toiles d’araignée, il y a une douceur de vivre. Et j’ai tout de suite envie de vivre là. 

Nicolas me ramène encore sur terre violemment : « Il fait plus froid dedans que dehors, dans cette baraque ! » 

Visiblement, la maison était chauffée avec une pompe à chaleur, électrique. Il n’y a qu’un petit insert dans le salon. Un élément de déco plutôt que de chauffage…Et ça, c’est rédhibitoire. Je remarque alors des panneaux solaires sur le toit…Serait-ce une solution ? Mais le rabat-joie se moque : « Tu as des compétences en électricité, toi ? Surtout avec des panneaux solaires qui ont peut-être 50 ans ? » 

Il faut chercher une autre maison. 

Nous parcourons le village désert, les anciennes prairies qui redeviennent lentement de la forêt. Le temps est lumineux et glacial. 

Dans l’autre monde, celui d’avant, j’avais eu la chance de devenir propriétaire à 50 ans. J’avais fait des tas de visites aussi. Mais là, visiter des ruines, cela commençait à me lasser. Je n’ai même pas d’appareil photo pour faire de l’urbex. C’est dommage : c’est un témoignage pour l’Histoire que j’aurais pu faire ! Des maisons de grands-parents, des appartements de hipsters, des pavillons bourgeois. 

Mais à chaque fois, des masures délabrées, des vieilles bicoques sans chauffage. Alors quand on est entré dans ce logement attenant à un corps de ferme, rénové en gîte, sans doute, dans les années 2050, vu les couleurs vives, on a su immédiatement que ça serait là. On a tout de suite validé le fourneau trônant au milieu de la petite cuisine ouverte sur le salon. Une salle de bain. A l’étage, une chambre. Chaleureux et chauffable immédiatement. Pas trop sale, pas trop vieux. Un bon coup de ménage, une bonne aération et l’odeur de poussière devrait vite disparaitre. 

Devant la maison, un petit terrain en friche à cultiver. 

On est dans l’ancien chef-lieu, au bord de la route devenue presque impraticable. Autour, il reste des lieux inexplorés : j’aurai de quoi aménager quelque chose. 

Pour la journée, c’est bien assez. Alors retour au chaud, chez Nicolas. Je dors comme un bébé sur son canapé.

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