dimanche 22 février 2026

Il n'y a rien - Saison 4 - Le Pouvoir - Épisode 1


 Avant de rentrer dans le bureau, j’essaye de faire le point sur la situation. Sur ce dont je me souviens de la politique, de la géopolitique et tout ce bazar du XXIe siècle…J’ai eu une vie chaotique et j’ai passé 20 ans dans un coma forcé. Cela n’aide pas. Mais reprenons : au début du siècle, le monde était plutôt bien organisé entre les démocraties libérales capitalistes, les pays communistes capitalistes et les pays pauvres, capitalistes aussi. Tout le monde trouvait son compte dans le capitalisme décomplexé : tant qu’on peut vendre, tout va bien. Et puis tout s’est déréglé quand le capitalisme s’est emballé et que les riches sont devenus de plus en plus riches tandis que les pauvres étaient de plus en plus nombreux, de plus en plus manipulables, de plus en plus drogués. Alcool, jeux, écrans, maladies mentales...

Au cœur des années 2030, après le deuxième mandat de Trump, qui a banalisé les démocraties illibérales, le capitalisme est devenu une sorte d’oxymore : on voulait produire plus chacun chez soi pour vendre aux autres, sans accepter les produits des autres. 

 Oui, c’est ce qui s’est passé : Make America Great Again, Make China Great Again, Make Russia Great Again, tous les uns contre les autres. Et l’Europe a été obligée de rentrer dans la danse, elle aussi : MEGA. Ainsi que les pays du sud. Chacun ses coutumes, chacun ses frontières, chacun ses taxes frontalières, tous les uns contre les autres. 

Le capitalisme était perdant. Au cours des années 2040, les conflits était constants, les multimilliardaires lâchaient les politiques, les politiques étaient de plus en plus extrémistes. La pauvreté était insoutenable pour les trois quarts de la population. 

Évidemment, comme les scientifiques – que plus personnes n’écoutaient depuis les années 2020 – l’avaient prédit, les dérèglements climatiques se sont accélérés : montée des eaux, sécheresses, tornades, grands feux de forêt…L’agriculture intensive ne fonctionnait plus, des années de pesticides et d’intrants avaient épuisé les terres arables, les conditions environnementales ne permettaient plus de faire des cultures telles qu’on les avait inventées depuis la fin du XXe siècle. Les gens mourraient de faim. 

C’est à la fin des années 40 qu’on a donc généralisé la cellulose protéinée, sous l’impulsion d’une idée tout droit sortie de l’iA : implants d’enzymes dans l’estomac pour tout le monde, recyclage des milliards de tonnes de déchets textiles, papier et cartons, produites par des décennies de capitalisme…et protéines humaines, j’en avais pris conscience il y a peu de temps. 

Il faut dire que les gens mourraient beaucoup. 

La démographie mondiale avait continué de s’effondrer. Les complotistes imaginaient que c’était une volonté des touts puissants. C’était juste la conséquence de tous les facteurs environnementaux et sociaux de ces terribles années. L’éducation et la santé n’étaient plus les priorités des gouvernements illibéraux. Bien au contraire. Maintenir l’ignorance des peuples était un moyen commode d’asservissement. Et faire payer très cher pour la santé permettait de constituer des castes, des privilèges… 

Ma vision était partielle, partiale...J'avais eu la chance d'être vaguement épargnée, navigant à vue dans une carrière professionnelle décousue, reine de la débrouille, capable de m'adapter... 

Mais après mes 20 ans de sommeil, comment cela pouvait avoir tourné ? Je ne me faisais aucune illusion. Si j’avais bien compris, une sorte de technocratie mondiale illibérale avait pris le pouvoir : l’iA dirigeait le monde. On avait cédé à l’idée que la technologie nous sauverait… 

Je n’en sais pas plus et c’est pour cela que je suis là. Au moment de rentrer dans le bureau où je vais être reçue, je ne m’attends à rien. 

J’ai été accueillie par une femme empressée, sévère, une brune peu accorte et polie par habitude, souriant mécaniquement. « Je suis la chef de cabinet de Monsieur le président. » m’avait-elle dit rapidement. « Il va vous recevoir. » Son regard sur mes vêtements en disait long. Elle est vêtue d’un tailleur qui découpe à la hache son corps sec. 

J’entre dans un autre monde.

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