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mercredi 25 mars 2020

Journal de guerre contre un virus #8

Le poirier du balcon n'a jamais eu autant de fleurs
Je n’ai pas de fièvre.

J’ai réussi à assez bien dormir. J’ai éteint la lumière vers 23h30, je me suis presque aussitôt endormie, ce qui est un miracle, j’ai ouvert les yeux à 6h30. Sans réveil nocturne. Cela faisait longtemps que je n’avais pas fait une nuit complète comme ça.

Vous dormez bien, vous ?

J’ai fait le rêve étrange de chanter au paradis avec Kurt Cobain. I was speaking english in my dream. Je demandais, avec mon accent français épouvantable : “Where are we ? I love your album “Unplugged live at New York”...” Il me répondit, bizarrement avec le même accent pourri que moi : “We are at Paradise. It’s a “Unplugged ‘dead’ at paradise”. You’re welcome.”

Bon, j’étais morte, mais j’avais ma guitare et Kurt a dessiné un coeur dessus.

Ceci dit, je ne suis pas pressée d’aller faire le boeuf avec Kurt. Et d’ailleurs, je n’ai pas encore le niveau, il faut que je bosse un peu mes accords.

Cet après-midi, soudain, je suis prise d’un certain découragement. Une fatigue. Sans doute à cause de tout ce qu’il faut traiter en direct, en permanence et à l’impossibilité que j’éprouve à lâcher l’affaire. Je n’arrive pas à déconnecter. Suivre en même temps la cellule de crise, mettre des choses en ligne sur Facebook, répondre à des messages pour la ville et en même temps à une collègue et à des élèves. Je m’épuise. Mais je n’arrive pas à couper le fil, parce que j’ai l’impression que si je m’arrête, je vais tomber.

Il faudrait sans doute que je m’autorise à me laisser tomber. C’est un drame, pour moi, je suis la nana solide, celle sur qui on peut compter et qui a toujours le sourire. C’est une drôle de réputation que je traîne depuis mon plus jeune âge. Je suis l’aînée et déjà quand j’étais petite, j’étais celle qui assure. Qui descend à la cave, dans le noir, sans avoir peur. Et c’est sans doute un peu vrai : je n’ai pas peur. Mais cette réputation fait qu’on s’appuie beaucoup sur moi. Ma grand-mère me disait “Ne pleure pas.” Et je ne pleure pas. J’ai une oreille attentive. On le sait, on se confie à moi. Souvent, Amandine me demande “Et toi, qui t’écoute ?”. Amandine m’écouterait, peut-être, si je parlais. Mais, moi j’écris : la meilleure façon de parler sans être interrompu comme disait l’autre. C’est une forme de discrétion - et de fierté mal placée. J’ai toujours l’impression de déranger, quand je parle de moi et d’être prétentieuse, en plus. Ou alors de paraître faible. Je ne suis pas à un paradoxe près.

Alors, je dépose mes états d’âme sur le papier, pour les tenir à distance. Ne lisent que ceux que ça intéresse. Les gens savent-ils lire ? Et cela intéresse-t-il vraiment quelqu’un ?

Pourtant, je ne suis pas sûre, une fois de temps en temps, de ne pas avoir envie d’avoir peur, de pleurer et de lâcher la bonde de la parole. Il le faudrait.

Amandine me dit aussi “Toi, tu as des petits coups de folies régulièrement, ça te permet de ne jamais exploser de manière violente.” Elle seule le sait, mais il m’arrive souvent de me mettre à sauter en l’air, de danser comme une insensée, de chanter à tue-tête...Mais peut-être qu’il faudrait que j’explose de manière violente…

Mais j’ai beau dire, je n’y arrive pas.

Et vous, comment gérez-vous cette période de crise ?

Allez, tenons, vaille que vaille !

Éloignons-nous des mauvaises ondes, des mauvaises nouvelles qui nous parviennent de partout. Nous devons nous protéger, et pas seulement du virus. Plus de nouvelles d’Italie, plus de statistiques alarmantes, plus de pensées négatives, plus d’articles décrivant les effets néfastes du confinement sur nos psychismes. Plus d’image de gens intubés.

Et pourtant...ma mère, si loin...Mon frère, sa femme, leur bébé...Non, ne pas penser. Ils vont bien, ils sont prudents, tout ira bien. Je les ai au téléphone tout le temps, tout va bien.

Et ces amis qui ont chopé cette saloperie. Non. Ils sont solides, ils tiendront le choc.

Nous tiendrons.

8 commentaires:

Nicolas a dit…

Je dors très bien... ce qui me surprend.

Cycee a dit…

Le silence, peut-être...

Laurent a dit…

Habituellement je dors comme une marmotte et là l'inquiétude fait son travail de sape, je me raisonne, je lis, j'écris, je m'occupe (chômage partiel), mon homme télétravaille et quelque part ça me donne quelques jalons, ça me rassure. La bise confinée de Marseille

Cycee a dit…

Oui...Et puis une nuit de temps en temps, l'épuisement prend le dessus...
Courage. On s'en sortira !
Bises prophylactiques !

Elodie Jauneau a dit…

Je suis épuisée. Lessivée. Mais je dors très mal... la charge mentale sans doute. Celle que tu décris si bien...

Cycee a dit…

Oui, charge mentale, anxiété, manque d'activité physique, manque de sommeil...On s'inflige une torture terrible...
Courage ! Des bises, Elodie...Et des apéros virtuels, puisqu'il n'y a plus que ça.

noelle grimme a dit…

chère Celine
j'ai super connu cela lors du combat qui a durer 3 ans chez l'Epée j'étais moi aussi la personne forte toujours là jamais défaitiste etc je me permettais moi de lâcher le soir de pleurer un bon coup toute seule avant de repartir
alors fais comme moi ou lis un livre très triste et pleure dessus l'histoire ça fais du bien!!
sinon je m'étonne d'être aussi sage avec les recommandations je reste confinée heureusement beaucoup de livres à lire et des apéros virtuels sympa
bises on te lis et on te fais pleins de bisous amicaux dors bien

Cycee a dit…

Merci Noëlle. Ton message me fait du bien. Tu es un modèle de femme combative, de battante, pour moi.
J'espère que tu prends bien soin de toi et que tu ne manques de rien !
Bisous !