Je suis chez moi devant la télé. Sidérée. Un gars en costard cintré est là, sur une scène de paillettes et de lumière et il chantait. Douce France, je crois. Un sourire faux et un ton enjôleur. C’était le nouveau président de la République. Les gens l’applaudissaient. C’était le jour de la Victoire.
C’était arrivé doucement. On s’était habitué à voir les scores monter et on avait minimisé les choses. Mais non, cela n’avait rien à voir avec l’Allemagne d’Hitler. Mais oui, les fachos d’aujourd’hui étaient bien plus respectables que ceux d’hier.
Changement de décor. Le rêve ne me laisse pas de répit et me transporte devant ma fenêtre. Le ciel orange, chargé de pluie, prenait des allures exotiques pour faire oublier que le mois de novembre avançait, avec son lot de froidures, de grisaille et de jours raccourcis. De bouleversements politiques.
J’avais envie, cependant, en regardant le soleil se couchant dans une lueur étrange, de ne retenir que le fin liseré bleu qui soulignait l’horizon. Je repensais à cette phrase de Camus, sur l’invincible été. Je ne savais pas trop si je l’avais, moi, cet invincible été, au milieu du mois de novembre. Au milieu de ce marasme électoral. Mais ce bleu faisait tout de même briller mes yeux et c’était déjà ça.
J’avais 50 ans à l’époque.
Le monde était à nouveau en train de tourner vinaigre, sur fond de dérèglement climatique et de gouvernements autoritaires.
Sous ma fenêtre de cuisine, un évier inutile : le robinet ne délivrait plus d’eau qu’une heure par jour, les bons jours. Malgré cela, le gouvernement continuait de prôner l’agriculture intensive, les moteurs thermiques, les vols low-costs pour des week-ends à Barcelone. Les chaînes télés privatisées n’apportaient aucune nuance. Fermons les yeux, fermons les portes et les frontières.
C’est à travers le mur que passa Trump, la mèche orange volant au vent, l’air furieux. Et puis je me retrouvais au milieu d’un désert, devant un panneau indiquant qu’ici, autrefois, coulait une rivière. Et dans ce désert, soudain, un camp de migrants se dressa. C’était cauchemardesque, encore une fois. Des dizaines d’enfants maigres levaient leurs yeux désespérés sur moi, leurs grands yeux dignes d’un dépliant de l’UNICEF, leurs grands regards de faim et de souffrance. Cela semblait loin, quand on parlait du Soudan, du Pakistan, de Gaza. Mais l’enfant prit la parole et me dit dans un français impeccable : « Vois ce que la Corrèze est devenue. »
Et Trump ricana comme un diable de comédie en criant : « Water ! »
Je me retrouvais alors en sueur, assise au milieu de la pièce blanche où clignotais une loupiotte verte dans un coin. Je répétais le mot de Trump ; « Water ! » Une deuxième lampe s’alluma. Orange comme le visage de l’ancien président des USA. Faisons le point. « Vole ! » C’est vert. « Water ! », c’est orange. Je ne comprends rien.
Je me suis assise, il y a du progrès.
J’étais en sueur à mon réveil, mais soudainement, je suis sèche, complètement, comme si ma transpiration avait été aspirée de ma peau.
J’ai pris conscience de ma nudité, à ce moment précis.


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