lundi 10 décembre 2012

Je n'ai rien choisi

La nature...
J'entends et je lis en ce moment un argument d'un autre âge : "l'homosexualité est un choix de vie. C'est une mode, ceux qui le sont le font exprès." Hormis une profonde ignorance et une bêtise crasse, c'est un manque de retour sur soi. En effet, est-ce qu'un hétérosexuel a choisi quoi que ce soit ? Ce que je rétorque à ceux qui me disent cela, c'est "Essayez donc, parce que c'est à la mode ou juste pour vous confronter au problème, par bonne foi scientifique, de devenir homosexuel, juste pendant une heure..."

Parce que pour choisir de "devenir" homosexuel, il faudrait avoir le profil d'une victime. Prendre délibérément la décision d'être rejeté par ses parents, moqué dans la cours de récré, placardisé au boulot, parodié à la télé, caricaturé dans les médias. Il faudrait avoir de solides tendances maso.

A l'adolescence, on m'aurait dit : "Allez, on arrête de t'embrouiller les hormones, désormais, ce n'est plus pour Simone que tu frissonnes, mais pour John.", j'aurais dit "Banco !". Sans réfléchir. Juste parce que je n'aurais pas presque tué mon père en lui apprenant ça. Juste parce que j'aurais eu une vie bien tracée, que j'aurais pu me marier et que j'aurais eu des enfants, sans me poser des questions. Je suis quelqu'un de simple, je n'ai pas de rêves hors de ma portée. J'aurais aimé ça, moi, être hétéro. Mais la nature a voulu autre chose pour moi.

Vous allez me dire comme mon père, sans doute : "Tu n'as pas essayé, tu n'es pas tombé sur le bon..."

J'ai essayé. Je ne suis pas du genre qui renonce. J'ai tenté de forcer la nature. Je me suis dit, peut-être qu'un pénis me fera voir les choses autrement. Je suis de nature rieuse, alors j'ai ri. Mais ça n'a rien changé. Je n'ai pas frissonné et je n'ai pas cessé de penser à Simone. Je ne suis pas tombé sur le bon, qui sait. Pas sur les bons...Mais mis à part Elvis Presley - jeune - qui aurait fait une belle gouine à mèche, aucun homme n'a provoqué d'émotions profondes en moi. C'est comme ça.

Il y a donc eu un moment où je me suis rendue l'évidence. Pour vivre heureuse, il faut que j'assume ce truc naturel qui m'est tombé dessus : j'aime les filles, alors je suis lesbienne et je vais tenter d'être heureuse quand même. Et je le suis, merci. Je vis avec l'amour de ma vie. (Non, c'est pas Simone, finalement...)

Mais aujourd'hui, ce débat et tout ce qu'il provoque me fait mal. Il réveille des souvenirs que j'avais réussi à endormir...Et pourtant, je n'ai rien choisi.

CC

8 commentaires:

  1. Vraiment bien balancé ce billet. Intime et bien au-delà.

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  2. "Hormis une profonde ignorance et une bêtise crasse". L'ignorance n'est pas très grave (on ne peut pas tout savoir... et je me rappelle d'une discussion à la Comète...), c'est la bêtise qui me gêne et cette faculté qu'ont certains de faire un jugement rapide.

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    1. Je suis tout à fait d'accord...Je répète chaque jour à mes élèves que l'ignorance, ce n'est pas grave !
      Mais les gens changent, certains, en tout cas. Mon père a changé, d'ailleurs...

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    2. Sûr que s'il y avait plus d'homos, plus de parents changeraient leur regard :-)

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    3. Hum...s'il y avait moins de parents homophobes, il y aurait peut-être plus d'homos -vivants-bien dans leur peau-...

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  3. C est vraiment beau et poignant, ta façon de le décrire

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