samedi 1 décembre 2012

Le silence des sentiments

Quand j'étais enfant et pendant mon adolescence, j'écrivais un journal.

Ce n'était pas un journal intime, même si j'avais écrit en énorme, de mon écriture maladroite, sur la couverture : "Journal intime de CC". Sur ce simple cahier, pas de cadenas. Je le laissais bien en vue sur mon lit. Ma mère respectait mon intimité pourtant je ne souhaitais que le contraire. Je voulais que ce truc soit lu.

Ecrire pour soi, je trouvais cela idiot. Ce que je voulais garder pour moi et pour moi seule, je le laissais dans un coin de mon cerveau. Ma mémoire était là pour cela.

Un jour, j'avais laissé mon journal ouvert sur le lit. Tout juste si je ne soulignais pas les passages qu'il fallait lire en priorité. Ce jour-là, j'avais décidé de faire comprendre à mes parents mon homosexualité. Ce fut un moment violent, même si l'écrit n'avait pas suffit et qu'il a fallu, quelques années plus tard que je confirme cela par oral, avec preuve à l'appui.

J'aurais pu parler, dire simplement les choses avec la voix, les yeux dans les yeux. Mais je ne savais pas. Je n'avais pas d'exemple, d'ailleurs, autour de moi. Dans la famille, nous ne parlions que du concret et du factuel. Jamais un mot sur les sentiments. D'ailleurs, quand j'allais passer des vacances chez mon oncle et ma tante, j'étais toujours épatée par ce que j'entendais. On disait "J'aime, je n'aime pas". On expliquait pourquoi. On disait "J'ai peur" ou "Je suis bien..." C'était nouveau. J'en étais un peu gênée, je crois, parce que j'avais contractée une grande pudeur, à force de côtoyer le silence des sentiments.

Cette pudeur ne n'a pas tout à fait quittée, mais je crois que la vie me soigne. Quand on perd trop tôt ceux qu'on aime, on se rend compte qu'on ne leur a pas dit assez "Je t'aime."

CC

9 commentaires:

  1. C'est un très joli texte...Merci...

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  2. Bah ! On n'est pas là pour dire aux gens qu'on les aime mais pour les aimer...

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    1. Je ne suis pas tellement d'accord...Les deux, c'est mieux...

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  3. Voilà, vous êtes fière de vous ? Vous nous avez rendu le gros frisé philosophe ! Je ne sais pas si on pourra le ravoir…

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  4. Les mots ce n'est pas si mal parfois, ça fait du bien, ça répare. Encore faut-il savoir ou pouvoir les dire.

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